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Autres / Récit de Yasmina Hanane

Récit de Yasmina Hanane

Brûlures de l’âme 29eme partie

Résumé : Dans l’attente de sa deuxième intervention, Nazim passait beaucoup de temps à lire dans le grand jardin de la clinique. Il eut l’occasion de rencontrer des cas désespérés comme lui, et d’autres moins dramatiques qui venaient pour des “retouches”. Il repense au Dr Lyès et à sa longue solitude.

Il repense à sa situation. Il était seul lui aussi. Seul et mutilé ! Il eut alors une énième pensée pour Feriel. Un moment de faiblesse… Il se passe une main sur le visage et touche les bandages qu’on venait de lui changer. Les pansements étaient élastiques et bien moins volumineux que ceux qu’il portait auparavant. Il ressentait même parfois des démangeaisons. Preuve que sa peau renaissait. Elle était aussi très sensible sous le front et Nazim savait que, de ce côté-là, il n’aurait plus à s’inquiéter. L’infirmière qui lui avait changé ses bandages le matin même lui avait certifié que son front et le haut de son nez avaient “bien pris” et qu’aucun risque d’infection n’était à craindre.
Il était en train d’effectuer sa promenade matinale dans le jardin, avant d’aller s’asseoir sous son chêne habituel pour entamer un nouveau livre.
Le jeune homme s’était découvert des passions insoupçonnables pour la lecture, le cinéma, l’informatique et les différents arts. Son passe-temps favori c’est tout d’abord cette séance de lecture quotidienne sous son arbre préféré.
Loin de s’offusquer comme au début de son admission, il ne faisait plus attention aux regards des autres. C'est-à-dire des gens qui se rendaient dans cette clinique sans pour autant nécessiter un quelconque traitement. Ces derniers jetaient souvent des regards curieux aux nombreux opérés du visage qui ne manquaient pas dans ces lieux. Mais tout comme lui, la plupart de ces patients se conduisaient le plus normalement du monde. Ils discutaient entre eux, lisaient, s’amusaient ou recevaient des visites.
Un monde que seuls pouvaient créer ceux qui avaient touché le fond avant de rebondir.
Nazim jette un coup d’œil à sa montre-bracelet. Dans moins d’une heure, il devrait prendre ses médicaments. Il sourit à cette perspective. Lui qui n’aimait ni les médicaments ni les médecins, le voici soumis à une discipline médicale quotidienne et assez rigoureuse.
Les fioles qu’on lui avait remises contenaient du collagène, qui était la première charpente de la constitution cellulaire et des vitamines sous toutes leurs formes.
On le préparait déjà à la prochaine opération. Dans quelques jours, il devrait repasser sur le billard.
Il s’allonge à même l’herbe verte, assez intense en cette saison et ouvrit son livre.
Il ne voulait pas lire le résumé. Non… Il avait préféré découvrir le contenu au fur et à mesure de sa lecture. Une devise qu’il s’était assignée depuis qu’il avait constaté que les nombreux ouvrages disponibles dans la bibliothèque de la clinique étaient en grande partie très passionnants.
Le livre qu’il avait entre les mains parlait de la Deuxième Guerre mondiale et de ses séquelles physiques et psychiques. La chirurgie esthétique avait trouvé dans cette bêtise humaine un champ favorable à sa progression. C’est de là que tout est parti à vrai dire. Les greffes, les implants, les rafistolages… étaient certes à l’état primaire. Mais que d’efforts depuis ! Que de recherches !
Que de réussites ! Les greffes avaient remplacé les prothèses disgracieuses, et les liftings avaient pris beaucoup d’avance pour redonner aux visages leurs expressions et leur beauté initiale.
On était déjà presque au milieu de la journée. Nazim referme son bouquin et s’étire avant de se relever. Il regarde autour de lui et remarque que le jardin commençait à se vider. C’est bientôt l’heure du déjeuner.
Il lève les yeux vers le chêne sous lequel il s’était allongé et sourit. Le nid d’oiseaux était toujours là. Il avait assisté, bouche bée, à sa “construction” par des parents attentionnés, avant de les voir revenir portant leurs œufs avec précaution pour les déposer à l’intérieur de ce cocon.
La femelle les couva alors, et chaque matin Nazim s’attendait à voir les oisillons sortir de leur coquille.
Un monde merveilleux et innocent.
Il revint à son monde, se relève et se dirige vers le bloc de la clinique. C’est alors qu’il la vit.


(À suivre)
Y. H.