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Récit de Yasmina Hanane

Louisa 40eme partie

Résumé : Le dîner se déroule bien, et pour une fois, il prend toute sa signification. Louisa discute avec Aïssa… Ce dernier devra désormais habiter dans un dortoir et manger dans des gargotes, alors qu’au bled, il pouvait vivre comme un pacha. Mais Aïssa est obsédé par l’Europe. Il n’acceptait plus sa condition de paysan.

Nna Daouia semblait offusquée, mais cela ne l’a pas empêchée de manger comme quatre et d’engloutir les morceaux de viande avidement.
Elle reprend du fromage, puis se saisit d’une pomme, avant d’opter encore pour une banane.
Repue, elle se passe une main sur le ventre et s’étire :
- Cela fait longtemps que mon estomac n’avait pas reçu autant de nourriture… J’espère qu’il ne va pas me le reprocher.
J’ébauche un sourire qui en disait long sur mes pensées et Da l’Hocine renchérit :
- Tu n’aimes pas trop bien manger Daouia… N’est ce pas ? Pourquoi donc cet subit intérêt pour la nourriture ce soir ?
- Heu… ? Tu ne comprends donc pas que je tente de faire honneur au dîner préparé spécialement à l’intention de notre Aïssa ?
Pour terminer, je prépare un thé que je fais accompagner de biscuits et de gâteaux secs.
Après avoir bu deux tasses et pris plusieurs biscuits et gâteaux, Nna Daouia, n’en pouvant plus, alla s’allonger sur son divan où elle ne tardera pas à sombrer dans un sommeil profond. Ses ronflements parvenaient jusque dans la cuisine où je faisais la vaisselle.
Je ne tenais plus sur mes pieds ! Kamel remarque ma fatigue et s’excusa pour se retirer dans notre chambre.
Je demeure encore un moment avec mon frère, avant de lui préparer son lit. Bien sûr, je ne pouvais le mettre ailleurs qu’entre les deux lits qu’occupaient mes beaux-parents. Un vieux matelas, une couverture miteuse et un oreiller… Aïssa s’affala sur sa couche rompu de fatigue.
Je rejoins Kamel qui m’attendait. Il voulait vraisemblablement m’entretenir de quelque chose.
Je souris :
- Tu ne dors pas encore ? Ton estomac n’arrive pas encore à digérer ce dîner inaccoutumé ?
Il me regarde d’un air mi-curieux, mi-approbateur :
- Oui.. Le dîner est tout bonnement succulent… J’aimerais manger tous les jours comme ça…
Je l’interrompt :
- J’y compte bien. Désormais c’est moi qui vais m’occuper du menu.
- Hein… ?
- Oui, tu as bien entendu… Je vais m’occuper des repas de cette maison… Tu ne vas plus manger ces ragoûts infects et ces bouts de pain rassis que te propose ta mère.
Il secoue sa tête :
- Ne me dis pas que tu vas tenir tête à ma mère ?
- Mais c’est déjà fait Kamel !
Il me regarde encore sans trop comprendre et je passe une main dans ses cheveux :
- Tu travailles toute la journée comme un dingue, et en guise de récompense on t’oblige à avaler une esquisse de repas qui ne peut même pas tenir tes tripes au chaud… Un jour ta santé s’en ressentira… Kamel, tu es jeune et vigoureux, tu as besoin d’être bien nourri pour faire face aux dépenses quotidiennes de ton organisme.
- Je ne te suis pas trop Louisa… Tu as tenu tête à ma mère ? C’est bien ce que tu disais ? Jusqu'à ce jour, personne n’a pu tenir tête à un dragon comme ma mère.
- Eh bien moi je l’ai fait.
- J’aimerais bien savoir comment.
Je lève une main suppliante :
- Kamel… Je tombe de sommeil… Je t’assure que ta mère n’est pas un dragon… Il suffirait de la comprendre et de savoir lui faire voir certaines vérités en face… Je me suis tout simplement contentée de la menacer, et elle a marché.
- Tu l’as menacée ?
-Oui… Mais pas de la manière dont tu le penses… Ta maternelle vénère l’argent… Je lui ai démontré que je pouvais en gagner à la pelle par la voyance… Elle devrait donc me laisser diriger la maison à ma guise, au risque de me voir arrêter de travailler et de perdre ses avantages, c'est-à-dire le pourcentage qui lui revenait de droit, comme elle le prétendait. Elle a donc pris peur et répondu favorablement à toutes mes propositions.
Kamel me contemple un moment avant d’éclater de rire :
- Sacrée Louisa (Il m’attire contre lui). Tu es la seule personne qui arrive enfin à affronter les réactions coléreuses de ma mère… Tu es maligne toi… Ma mère avait toujours pensé qu’on me mariant au bled, elle aurait affaire à une femme qu’elle pourra dominer à sa guise. Avec toi, elle s’en mord les doigts.



(À suivre)
Y. H.