5 ème partie
Les pèlerins d’Abadiania
Par : Mehdi CHERIET
Une chose en entraînant une autre, je prends la direction la Casa de la Soupe pour m’informer du fonctionnement des dons.
Après avoir tourné en voiture dans le centre-ville, pris plusieurs ronds-points et m’être perdu, je finis par trouver la maison dans une rue calme, presque déserte.
La façade peinte en bleu turquoise et blanc est surmontée d’un portrait d’Inacio de Loyola (saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus), la thématique architecturale est la même que celle de la maison mère.
La porte grillagée est ouverte, je pénètre dans un hall aseptisé. Le sol est astiqué, les murs immaculés. On se demande s’il faut prendre des chaussons pour ne pas salir le plancher. Je demande à parler au responsable. Quelques minutes plus tard, une femme brune, d’une trentaine d’années, se présente avec un timide sourire. Son accueil est chaleureux, sa simplicité touchante. Elle fait visiter les lieux sans aucun protocole.
« Cela fait sept ans que nous avons ouvert. Dans cette pièce sont rassemblés les dons qui viennent du monde entier et des cadeaux que Seu Joao a achetés pour offrir aux enfants à Noël. Nous sommes en train de préparer 4000 cadeaux et d’autres vont encore arriver. Les habits qui arrivent, nous les lavons – quand c’est nécessaire –, d’autres sont déjà propres ou neufs. Nous faisons l’enregistrement de toutes les familles qui ont besoin de dons. »
Les cadeaux sont des dons ou les bénéfices de la vente des produits de la Casa ?
« Non, ce sont de dons. Seu (marque de respect) Joao ne laisse jamais manquer de rien ici. Il y passe beaucoup de temps, sauf quand il est à la Casa. Il habite juste à côté. Bon, ce n’est pas sa maison officielle qui se trouve à Anapolis mais il passe beaucoup de temps à Abadiania. »
Nous montons à l’étage visiter les pièces où sont entreposés les dons. Rien n’est laissé au hasard. La logistique semble rigoureusement contrôlée, les jouets et les vêtements sont rangés avec soin. Nous entrons successivement dans une salle de réunion et une salle de repos. Pas de faste. Les maîtres mots semblent être propreté et sobriété. L’admiration de mon accompagnatrice pour Joao de Deus n’est pas feinte. (Voir photo 14)
« Oui, ici tout est gratuit. Il y a des tableaux peints par des médiums. Une peinture de Seu Joao qui le représente à l’époque où il était tailleur. C’est une salle de réunion, de méditation. Les gens qui viennent peuvent regarder des vidéos ici. Voici une photo de la mère de Seu Joao. Il est très présent dans la Casa avec sa femme Dona Ana. » (Voir photo 15)
La soupe est servie trois fois par semaine, le mardi, mercredi et jeudi. Et le nombre de bénéficiaires est assez important pour une ville de cette taille.
« Il y a environ cinq cents personnes par jour. La Casa ouvre à 7 heures du matin. Nous servons le petit déjeuner tous les jours – du lundi au vendredi. Les autres jours, il y a aussi la soupe. On fait la soupe et un plat également, car on a eu un don de riz. On prend la viande avec laquelle on fait de la soupe pour préparer un repas avec du riz, des haricots et de la viande. » (Voir photo 16 et 17)
Avant de sortir, nous passons par les cuisines et nous arrêtons devant une machine à fabriquer des esquimaux destinés aux enfants démunis. Les employés m’offriront une glace faite maison et une belle hospitalité. Je quitte la maison de la soupe avec le sentiment que la quête de guérison et de spiritualité profite également aux plus pauvres. (Voir photo 18)
Retour à la Casa Dom Inacio. Dans la rue qui mène au complexe, la profusion de restaurants, de cybercafés, de magasins de souvenirs et d’agences touristiques nous fait oublier que nous nous trouvons dans une région rurale du Brésil.
La plupart des commerces appartiennent à des personnes qui participent au travail de la Casa. Il n’est pas rare de voir derrière le comptoir un visage que l’on a croisé dans une salle de méditation.
Le ballet incessant des visiteurs étrangers ne provoque même plus la curiosité des gamins du cru. Ils font désormais partie du paysage.
Tous viennent soulager une grande souffrance morale ou physique, certains repartent sans résultat. D’autres disent trouver leur voie spirituelle. Ceux qui disent avoir guéri de maladies incurables ne manquent pas de revenir. Les plus convaincus s’installent et se consacrent entièrement à la cause de Joao de Deus.
Même si les autorités locales contrôlent rigoureusement les prix pratiqués par les commerces, quelques habitants profitent de cet exceptionnel essor pour réaliser des bénéfices.
Au bout de la rue se dresse un arbre au milieu d’un enclos avec un panneau sur lequel est inscrit For Sale (à vendre). Le propriétaire du terrain a sans doute compris que la fortune ne dure qu’un temps. (Voir photo 19 et 20)
M.C



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