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A la une / Reportage

Reportage

Alger : taraouih, délinquance et veillées nocturnes

Plus de 5 000 hommes ceinturent, chaque jour, le Grand-Alger. La baisse de vigilance n’est pas permise au vu de la grande affluence des Algérois vers les lieux de plaisance. Débarrassée de ses délinquants, Zéralda semble vivre l’accalmie tant souhaitée par sa côte qui, fort malheureusement, mérite mieux.
Il est 18h. Les derniers routiers appuient sur le champignon. Sur l’axe autoroutier Ben Aknoun-Zéralda, le flux automobile augmente au fur et à mesure que la rupture du jeûne approche. De l’autre côté du littoral, certaines familles préfèrent attendre la dernière minute pour quitter les lieux de plaisance. La sécurité est maximale. Rien n’est laissé au hasard. Le dispositif déployé par le groupement de la Gendarmerie nationale d’Alger sur cette côte est impressionnant. 18h30. On annonce la couleur : arrestation de neuf immigrants subsahariens en situation irrégulière. Au même moment, on confirmera le décès d’un automobiliste des suites de ses blessures lors d’un accident de la circulation. L’autre mauvaise nouvelle ne tardera pas à tomber comme un couperet, alors que nous étions à 500 m seulement du lieu du sinistre : un enfant de 9 ans venait de rendre l’âme sur la plage de Palm-Beach de Zéralda. La victime n’a pu être sauvée, et les sapeurs-pompiers l’évacuent, sous le regard impuissant de son père, vers l’hôpital. Le décor est on ne peut plus macabre sur cette côte autrefois réputée pour l’appellation de ses plages, comme Sable d’Or, Palm-Beach, ou encore Azur-Plage. Les rochers tassés çà et là en guise de brise-vagues ont déformé ce paradisiaque site touristique. Tout autour, c’est le calme plat, et les gendarmes du GIR (Groupement d’intervention et de réserve), comme d’ailleurs les unités de la compagnie et de l’escadron de sécurité routière (ESR) de Zéralda, redoublent de vigilance.

Cambriolages à l’heure des taraouih
À peine l’heure du f’tour passée, on annonce le démantèlement, à Bir-Mourad-Raïs, d’un réseau de 3 individus, spécialisé dans le cambriolage de domiciles et le désossement des voitures. Sur la route, les automobilistes reprennent du “service”, comme si l’heure du f’tour n’est qu’une courte “trêve” des longs bouchons de la capitale. Visiblement gâchée, la sortie des Algérois est vite réduite à une poignée de familles qui se dirigent vers le Casif de Sidi-Fredj. La chaussée est glissante à cause des légères averses de pluie. Les motards se déploient sur tous les axes pour faire ralentir les automobilistes afin d’éviter les carambolages. Nous sommes à Bir-Mourad-Raïs. Nous rencontrons les trois mis en cause qui se sont emparés de l’or volé dans les domiciles des victimes (plus de 80 millions de marchandise) et des accessoires automobiles sauvagement arrachés. Âgés entre 18 et 22 ans, les trois repris de justice sévissaient à Alger-Ouest. Les gendarmes n’ont pas clôturé leur enquête. Et pour cause, ils doivent attendre les victimes pour identifier leurs biens. “Ces vols sont perpétrés très tôt le matin ou à l’heure du f’tour où les citoyens relâchent leur vigilance. Aussi, ces individus profitent de l’absence des victimes, qui partent à la prière des taraouih, pour commettre leurs forfaits. Il nous a fallu plusieurs pistes pour arriver à leur arrestation, sachant que la tête du réseau habite à Mila”, explique le commandant Omar Touileb. Résultat : saisie de plusieurs accessoires automobiles, de l’or, mis aussi une dizaine de sabres, de couteaux et autres objets tranchants. Selon une récente étude, les dix derniers jours du mois du Ramadhan connaissent une forte croissance d’actes de vol et de violation de domiciles. Notre interlocuteur révélera une autre affaire, vite résolue. Il s’agit de l’arrestation de deux individus qui faisaient chanter une jeune fille, pharmacienne de son état, à propos de prétendues photos publiées sur Internet avec des commentaires peu convenables. En revanche, à Zonka (Birkhadem), les gendarmes interpellent deux autres individus pour coups et blessures volontaires. Des armes blanches sont récupérées.

Les squatteurs de plages traqués
23h20. Direction Sidi-Fredj. À première vue, il y a un monde fou. Erreur ! Le peu de circulation enregistrée est dû au contrôle de routine des gendarmes en pleine opération coup-de-poing. La Bridja dépassée, la circulation est fluide. Mis à part le Casif où la soirée semble être animée, le port de plaisance est quasiment vide pour un week-end. Ici, cette opération a permis aux gendarmes de saisir 66 chaises, 80 tables, 60 parasols et 70 accessoires, abandonnés par des jeunes qui ont squatté la plage. Au même moment, le commandant M. Hamamouche annonce l’arrestation de 10 Subsahariens de différentes nationalités pour immigration clandestine et trafic de fausse monnaie, avec des saisies de matériels dans un domicile à Mazafran où ils sont illégalement hébergés.
A Zéralda, ce sont 11 affaires qui sont élucidées et liées au vol, agressions et tentative de meurtre. “La criminalité a sensiblement baissé à cause du départ des 190 familles qui habitaient dans le bidonville de Sable d’Or. Le calme revient aussi au complexe touristique.” Au plan de la sécurité routière, l’ESR de Zéralda, le plus important à Alger, semble maîtriser la situation avec la multiplication des radars sur l’autoroute de jour comme de nuit. Avec moins de morts, certes, mais les sinistres sont monnaie courante.

Malgré la télésurveillance, les Algérois boudent la côte ouest
À Chéraga, la salle de trafic du Centre des opérations de Chéraga (CO) surveille le Grand-Alger avec des caméras à grande portée et coordonnent avec toutes les unités en cas d’incident. Alger 2014 semble connaître un changement profond dans la politique sécuritaire orientée vers les noyaux durs de la criminalité, avec en amont le renseignement, la télésurveillance et l’anticipation. Le chef d’état-major de la GN d’Alger, Bachir Salhi, a déclaré que les atteintes contre les personnes (270 cas) et les biens (419 cas) sont les deux aspects qui dominent les chiffres annuels. Grâce aux 30 opérations coup-de-poing exécutées à Alger, les gendarmes ont réussi à identifier 372 674 personnes et 100 879 véhicules, avec l’arrestation de 728 suspects et la récupération de 10 voitures volées. Le groupement d’Alger a sectionné le littoral en trois secteurs, à savoir Zéralda, Dar El-Beïda et Rouiba. Durant ce mois sacré, les affaires liées aux psychotropes dominent la tendance, même si le cannabis continue de faire des ravages dans les cités et les lieux publics. Côté accidents de la circulation, les gendarmes ont constaté en 6 mois 745 cas, dont 43 mortels, 532 corporels et 170 matériels, avec une nette augmentation de 80 cas, entre morts, blessés et dégâts matériels. À ce propos, pas moins de 15 864 permis de conduire ont été retirés, notamment à cause de l’excès de vitesse. 2h30. L’autoroute est pratiquement bouchée en direction de Dar El-Beïda. Il faut dire que l’est d’Alger domine la tendance en ce mois de Ramadhan en termes d’affluence. N’offrant pas d’espace de shopping et de détente à la mesure des exigences, les Algérois boudent la côte ouest. En attendant un retour en force vers ses plages une fois la fête de l’Aïd passée…

F. B.