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A la une / Reportage

Lutte contre le terrorisme au Sahel

Au cœur du Cemoc à Tamanrasset

Profitant de la tenue de la conférence sur le Sahel à Alger, nous nous sommes rapprochés des responsables chargés du volet militaire afin de pouvoir visiter, de l’intérieur, le dispositif mis en place par les pays du champ. Le Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc) est installé à Tamanrasset. Quatre journalistes des pays du champ sont invités à cette visite du Cemoc et de son dispositif offensif. Un journaliste malien, un algérien de Liberté, un mauritanien et un nigérien.

Tamanrasset semble dormir d’un lourd sommeil dans sa nuit chaude, qui fait remonter un air de “la ville s’endormait, j’en oublie le nom…”, de Jacques Brel. L’été semble s’éterniser dans son ciel, avec une chaleur torride qui s’étend jusque tard dans la nuit. La ville silencieuse s’ouvre avec ses extensions qui lui donnent la forme d’une immense agglomération. Les trois journalistes étrangers essaient de décrypter "la ville" à travers ses lumières, comme on tente de percer un secret.
Passée la surprise, le lendemain commence un autre jour de découverte. La chaleur s’installe tôt dans les lieux. Enfin le Cemoc, cet état-major regroupant les quatre pays du champ (Algérie, Mali, Mauritanie et Niger), est effectif. En effet, lors de l’annonce de sa création - par les politiques - personne n’y a cru, connaissant les responsables politiques incapables d’entente. Capables surtout de s’attaquer les uns aux autres.
Non loin de la région militaire, le Cemoc a pris ses quartiers dans de nouveaux blocs.

À nouvelle menace nouveau
dispositif
À peine l’entrée franchie, le comité d’accueil est déjà en place. Le général malien Adamo Kanikomo en tête, suivi de plusieurs officiers dont on reconnaît les nationalités à leurs uniformes. Les officiers affectés à cet organisme commun gardent la tenue militaire de leur pays d’origine. Le commandement est assuré par un officier supérieur selon une rotation annuelle par ordre alphabétique. Le comité dispose de tous les services liés au commandement des forces armées postées des deux côtés le long des frontières entre l’Algérie et les trois pays voisins. La mission n’est pas de tout repos.
L’activité de l’Aqmi dans la région, conjuguée à la crise libyenne qui a généré d’autres craintes liées à toutes ces informations concernant l’acquisition par les terroristes d’une partie de l’arsenal de Kadhafi. Le ministre nigérien des Affaires étrangères a révélé l’interception d’une quantité d’explosifs en provenance de Libye.  Le général a mis l’accent, dans son bref exposé, sur l’organigramme et le fonctionnement du Cemoc, sur les difficultés rencontrées sur le terrain. Des contraintes liées au relief et à l’étendue de la zone d’activité opérationnelle. Une frontière longue de 1 956 km avec une profondeur de 933 km. Le territoire peut également être élargi au Tchad et à la Libye en cas de nécessité.
Le Cemoc est composé d’un état-major et de quatre cellules : opération, renseignement, logistique et transmissions. Il dispose également, depuis peu, d’un service de renseignement, l’Unité de fusion et de liaison (UFL) dont le siège est à Alger. “Notre petit bébé qui a commencé à travailler, qui nous est d’un grand apport même s’il n’est pas encore bien installé”, a indiqué le général Kanikomo. L’UFL travaille aussi en étroite collaboration avec le Caert, le Centre de recherche africain contre le terrorisme. “Ils ont produit de bonnes analyses. Un travail professionnel que nous pouvons aussi exploiter dans nos missions”, a souligné M. Francisco Caetano Jose Madeira, premier responsable du Caert.
En plus des cellules, le Cemoc a sous sa coupe les unités des forces armées mises à sa disposition par les quatre pays du champ, selon l’explication du général.
Les missions du Cemoc, détailla son premier chef, sont le suivi, l’analyse, la coordination des actions dans la zone opérationnelle ; mener des opérations de recherche de localisation et de destruction des groupes terroristes ; enfin, assurer le suivi de la situation sécuritaire dans la région.
Le Cemoc travaille en coordination avec la Libye et le Tchad pour empêcher l’extension des activités terroristes. Il a d’ailleurs émis le vœu d’étendre le champ d’action du Cemoc en profondeur à la frontière mauritano-malienne et tchado-nigérienne. Mais, a-t-il reconnu, cela demande davantage de moyens.

Le Cemoc pour contrer l’Aqmi
Après une visite des installations, toujours entourés de la constellation d’étoiles décontractée, place aux questions auxquelles le général longiligne répond avec aisance. Des questions sur l’Aqmi et toutes ces informations concernant le renforcement de ses capacités militaires, le choix de l’Algérie pour abriter le Cemoc, la coopération étrangère… Pour l’officier supérieur, l’Algérie dispose d’une expertise en matière de lutte contre le terrorisme, d’où son rôle de pays pivot, mais également de moyens. Au sujet de l’Aqmi, il rappellera qu’avec l’argent des rançons, les terroristes ont réussi à s’équiper et à recruter de nouveaux éléments. S’ajoutent à son arsenal ces armes lourdes -les Américains ont émis l’hypothèse d’acquisition de missiles anti-aériens par l’organisation- issues des dépôts libyens, ainsi que des véhicules 4x4. La menace est sérieuse. D’autant plus, a-t-il précisé, que l’Aqmi opère avec de petits groupes très mobiles. Il a par ailleurs rappelé le consensus autour du refus catégorique de toute ingérence étrangère dans la région. Si cela arrive, l’Aqmi trouvera un argument supplémentaire pour intensifier ses attaques, considérant les Occidentaux comme des mécréants. Mais, a souligné le commandant du Cemoc, nous avons besoin de leur coopération, surtout en matière de formation et d’équipements. Le message a été bien reçu et l’optique confirmée lors de la conférence d’Alger.
Pour le bilan du mécanisme, on se contentera d’un aperçu sommaire, notamment sur la reconnaissance sur le terrain. Il date de l’année 2010. Cette première journée s’achève avec, toujours au dessus des têtes, ce soleil qui rappelle le plein été. Après ce plein plutôt théorique, demain sera un autre jour, un jour de terrain, de pratique.
Tôt le matin, la patrouille prend le chemin de Bordj Badji-Mokhtar que beaucoup ne connaissent qu’à travers le bulletin météo. À l’arrivée, le temps annonce déjà un pic de température. La sueur apparaît pour la première fois. Le dispositif est en place. Un bataillon, composé de trois compagnies, ainsi que des moyens aéroportés sont à la disposition du Cemoc de ce côté de la frontière avec le Mali. Deux hélicoptères équipés et prêts à intervenir et deux autres de transport de troupes. Et un avion de reconnaissance. Surprise ! On ne savait pas qu’on disposait d’un tel appareil doté de moyens de détection de jour comme de nuit, équipé d’une caméra infrarouge et thermique. Un appareil en constante connexion avec le poste de commandement. Le commandant du bataillon détaillera le matériel, répondant au général sur certains aspects des appareils, armements, autonomie de vol, calibres… Impressionnant !

Corridor sécuritaire
Second point, visite du PC avancé, un mini Cemoc conçu à l’identique pour servir de commandement en cas d’intervention. “En cas d’intervention, nous nous déplaçons tous ici pour superviser les opérations”, a indiqué de chef du Cemoc. Enfin, dernière étape, les soldats du bataillon. Alignés, avec armes et bagages, ils sont en alerte. On le voit au brassard triangulaire qui indique à sa couleur orange le second échelon de l’alerte. “Ils sont prêts à intervenir à n’importe quel moment”, a déclaré leur chef. Les lieux sont neufs, propres et équipés de tous les moyens pour le confort des soldats. Chalets, cantine, espace de distraction, infirmerie… Tous les bâtiments sont climatisés.
La journée n’est pas terminée. La visite aussi. On quitte BBM et sa chaleur exceptionnelle pour aller de l’autre côté, vers l’est, à la frontière avec le Niger.
Des officiers, dont un général de la 6e région et de Tamanrasset, rejoignent le groupe avant de quitter BBM. Direction alors Aïn Guezzam. Petite oasis plantée à un jet de pierre du Niger, tout comme BBM pour le Mali, Aïn Guezzam a longtemps servi de zone de transit à la contrebande et à l’immigration clandestine. Pas l’ombre d’un cas pour l’instant. Depuis le déclenchement de la crise libyenne. La prolifération des armes et le renforcement du dispositif sécuritaire ont eu raison des téméraires clandestins qui ne se risquent plus dans la région.
Le dispositif est identique à celui de BBM. Quatre hélicoptères, dont deux de combat et deux de transport. Des installations complètes et un bataillon prêt à agir à tout moment.
On en sort alors, passé l’effet de surprise, avec un constat et un grand enseignement. En effet, a-t-on remarqué après le retour à Tamarasset, c’est la première fois que des pays de la région ont pris conscience de la réalité de la menace et ont mis en place, ensemble, un dispositif pour lutter contre le fléau. Une prise de conscience, mais aussi une volonté commune de faire face à la menace. En effet, politiques et militaires des pays du champ sont, pour une fois, d’accord et unanimes sur cette question. Le Cemoc n’est qu’une étape d’un grand programme qui doit toucher aux autres aspects liés à la vie quotidienne des populations de la sous-région.
En plus de sa mission de renseignement, l’UFL est chargée de l’identification des besoins de la population et de l’élaboration des programmes socioéconomiques et culturels qu’elle nécessite. Prochaine étape, visite des dispositifs mis en place de l’autre côté de la frontière et sous commandement du Cemoc.