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A la une / Reportage

Cuba fascine ses visiteurs

Au pays du Che, de la légende et du savoir-vivre

 


En hommage au Che ! Par un heureux hasard, cet article paraît 44 ans après son dernier combat en Bolivie ! Argentin ou Cubain ? Le “Che” est le héros mythique depuis les années 1960 à nos jours ! Tout le monde connaît Cuba ! Pour sa révolution, pour sa musique, ses cigares, son rhum ! Qui parle des Castro, sans oublier leurs prénoms : Fidel & Raul ? Et le “Che” le plus cubain des Cubains ?

L’image des révolutionnaires se brouille un peu et, en première ligne, apparaissent les Cubains. Les 11 millions, dont près de 80% vivent dans les villes ; ce qui donne une idée des changements structurels de l’économie cubaine et de ses perspectives... Il suffit de rappeler que cela fait 43 ans que Cuba est privé de développement par son puissant voisin.

Mais, aujourd’hui, il n’est pas question de cela : il y a urgence à partager une idée du vivre-ensemble qui reste marquée par la fierté, l’aspiration au bonheur, la claire conscience des problèmes et la dignité à les supporter en faisant les efforts nécessaires afin de les surmonter.

Sans grandiloquence et sans démagogie : le peuple cubain sait vivre ! Le climat de l’île y est-il pour quelque chose ? Ou la culture et ces valeurs collectives, cet inconscient collectif qui font de chaque jour une surprise, un don mystérieux, une source de vitalité et de dépense d’énergie dans l’action et dans la fête au quotidien !

Aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, embarquement des voyageurs pour Cuba ; quatre voyageurs en partance vers cette destination attirent l’attention de tous : ils portaient des panamas blancs sur lesquels on pouvait lire “Algérie” ! Ce sont des médecins qui repartaient chez eux en vacances, revoir leurs parents et amis à Cuba et se ressourcer. Ils sont médecins détachés à Djelfa, chef-lieu d’une zone steppique et d’élevage, au climat aride et sec, bien différent de la douceur de vivre de l’Île-mère !

 

Des souvenirs d’enfance,

le Che à Annaba, c’était en 1963

D’emblée s’est créée une osmose entre nous : de questions en conversation ; de fous rires en souvenance, le voyage se passe en joyeux échanges “Cuba Libre” ! Deux mots qui évoquent pour moi l’amitié algéro-cubaine : en 1963, Che Guevara sortant de l’hôtel d’Orient à Annaba, en partance pour d’autres visites programmées à travers l’Algérie ; quand on a dix ans et qu’on se retrouve en face de lui, on pense à immortaliser cet instant. De fait, le grand révolutionnaire a accepté de se photographier avec moi, jeune Algérien déjà marqué par les deux révolutions, la nôtre et celle de Cuba !

Arrivée à La Havane, au cours des deux semaines passées sur l’Île, nous avons, grâce à de multiples petits riens, fait tomber le stress, la fatigue nerveuse, la tension des situations crispées de pays en mutation, les tic et les toc des pays hyper-développés qui nous robotisent..., nous façonnent autrement…, au point de brûler nos vies, nos pays ? Par d’autres pseudo-révolutions programmées sur Facebook ?

Ici, à Cuba, le ciel est bleu et tout semble fraîchement lavé ou mieux apprêté pour nous faire plaisir : plaisir des sens : des flots de lumière dorée envahissent la chambre de l’hôtel Commodoro à La Havane, à travers les voiles de rideaux diaphanes ; il flotte dans l’air une odeur sucrée de tabac et de fleurs. L’haleine du port et de la mer me parviennent par bouffées en brise légère... Les bains de mer seront pour la fin de l’après-midi, avant de se laisser prendre par la musique et les chansons. Les danses et le grand et superbe spectacle du cabaret Tropicana ou du café Parisien “à nul autre pareil” !

 

Un savoir-vivre bien ancré

On ne connaît pas Cuba, pas plus que ses onze millions de citoyens. Commençons par nommer ses voisines, ce chapelet d’îles qui font briller les yeux et déclenchent un nombre infini de stimuli : la Jamaïque ! Les Bahamas ! Haïti et la République dominicaine ! Puerto Rico ! Plus des rochers qui permettraient à des géants de sauter de l’un à l’autre pour atteindre Cuba, à partir du Venezuela proche. L’île de la canne à sucre et des manufactures de cigares est la plus grande ; elle s’étire sur près de 1200 km et a donc plus de 2500 km de côtes ! Autant de portes d’entrées et de sorties légales ou illégales... Avec une largeur entre les deux bras de mer qui l’enserrent de 200 km, elle reste néanmoins imprenable !

Elle reste pourtant le symbole de la liberté sur le continent américain ! D’autres nations ont choisi ce principe : le Pérou, la Bolivie, le Nicaragua, El Salvador, le Guatemala bougent ainsi que le Paraguay (ils étaient l’exemple des dictatures sanglantes du XXe siècle.).

Simon Bolivar avait libéré l’Amérique du Sud du joug des Espagnols ; aujourd’hui, l’Alliance bolivarienne réunit tous ces pays pour le développement, l’éducation et la santé. Les résultats sont là : les fruits commencent à briser les freins voulus par les voisins du Nord…

Son rayonnement est porté par un nationalisme exalté qui a engendré chez les Cubains un solide complexe de supériorité ! Non sans raison : car dans quel domaine l’île n’a-t-elle pas laissé son empreinte ? Depuis un siècle, ses rythmes et ses danses (mambo, cha-cha-cha, rumba, salsa) ont envahi le monde entier ; sans parler du succès planétaire des mélodies nostalgiques du Buena Vista Social Club.

La qualité de ses cigares et de son rhum est légendaire. L’île est le pays qui a engrangé le plus de médailles olympiques en un demi-siècle. Cuba est le pays où tout le monde a appris à lire et à écrire ; où l’on peut se rendre à l’hôpital sans un sou ; où la majorité de la population est propriétaire de son logement.

Cuba ressemble bien au reptile évoqué par le poète Nicolas Guillén : “Dans la mer des Antilles, sous le soleil qui la persécute et le vent qui la repousse, Cuba navigue sur sa carte : un long ‘’lézard vert ou crocodile’’, avec des yeux de pierre et d’eau.”

Une carte suffit pour comprendre les relations entre Cuba et la Floride : à vol d’oiseau, La Havane n’est qu’à 150 km de Key West, le dernier îlot de la Floride. Avant la révolution des ferries traversaient quotidiennement le détroit et des avions assuraient la navette. De nos jours, quelques charters desservent à nouveau cette ligne, mais elle est réservée aux Cubano-Américains en visite familiale.

Pourtant, des touristes canadiens, européens, scandinaves, belges, italiens, allemands et français sont de plus en plus nombreux à venir. L’envie de tout voir, pour tout raconter est si pressante que le temps ne suffit pas pour parcourir toute l’Île, surtout lorsque les finances sont justes ! Il n’empêche : de La Havane à Caya Largo, Santiago de Cuba, Santa Clara, Camaguey, Cienfuégos, Trinidad, Santa Lucia, on a l’impression de marcher aux côtés d’Hemingway, d’Humphrey Bogart et Laurène Baccal, d’Al Capone, de Gabriel Garcia Marquez dont les héros de son extraordinaire et fantastique livre Cent ans de solitude semblent avoir emprunté des noms de lieu pour en faire des personnages ; et Remédios est vraiment belle et semble capable de s’élever dans la clarté brutale de midi comme un mirage ! J’ai vainement cherché Auréliano Buendia, sans surprise introuvable, mais sachant qu’il reparaîtra. Garcia Marquez, aussi cubain que Ché Guevara, Aléjo Carpentier, dont les notes du Concert baroque volent au-dessus de Venise, est le patriarche des lettres cubaines.

Nous avons visité les musées qui reflètent l’histoire et les réalisations de ce peuple, des résumés véridiques et instructifs. A Santa Clara, la Sierra Maestria était bien là, et le seul geste mémoriel est de se recueillir sur la tombe du Ché ! A ses côtés sont déjà construits et attribués les tombeaux de ses héroïques compagnons, toujours en vie !

Cuba ! Des compagnons de voyage légendaires parmi lesquels Omara Portuondo “la Warda Djazairia cubaine” ont rythmé les étapes touristiques : “Véridiques” ou historiques, les chants et les mélodies prennent leurs essors rythmés et dansants, communiquant à l’auditoire l’onde de partage et le son qui expriment la joie, la fierté, la nostalgie, les amours triomphants ou les chagrins à fendre l’âme, on pense à El-Anka qui psalmodiait “Si je disais mes malheurs les pierres se fendraient !”. Sans voiture et sans gratte-ciel, La Havane est une ville où l’on vit dans la rue. A l’abri du soleil, devant des maisons aux portes ouvertes à l’année. On est fasciné par cette fluidité du dehors et du dedans. Ajouter à cela que les couleurs cubaines sont métisses. Dans ses poèmes, Guillén évoque ses deux grands-pères, l’un blanc l’autre noir : “L’esprit de Cuba est métis, et de l’esprit vers la peau nous viendra la couleur définitive : la couleur cubaine.” L’identité cubaine a été modelée par les populations tainos, Espagnols, Africains d’Angola, du Nigeria, du Sénégal, Chinois, Japonais, Français, Libanais, Haïtiens, Jamaïcains, Canadiens, Russes et bien d’autres. Pendant cinq siècles, des hommes et des femmes venus du monde entier ont construit Cuba.

Omara se produit souvent au Cabaret Tropicana, où elle a entretenu la ferveur qui entourait les “Légendes” de la musique cubaine Eliade Ochoa, Compay Secundo, Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzales. La musique cubaine est une clé pour être de plain-pied heureux là où on est, en accord avec la nature et les gens, qu’ils soient cubains, canadiens, argentins, brésiliens, européens, français, algériens, africains, latino-africains ou latino-américains.

Les choses vues, la qualité de l’accueil des opérateurs et guides de Cubatur, avec leur impeccable tenue vestimentaire et professionnelle, font de cette destination une rude concurrente pour les pays de soleil et de mer !

Tout ce qui est de surface, pourrait-on dire, les routes et les lieux de repos et de loisirs, les musées, les commerces et les prestations sont en all-inclusif, avec grâce, avec un art qui confine à une haute idée de l’hospitalité et du respect du visiteur. La politique touristique de Cuba est entièrement intégrée, offrant ce qu’il y a de plus moderne et de plus “in” : des hôtels 4 ou 5 étoiles avec tout le confort, des restaurants “all inclusive”, c’est-à-dire sans limite de consommation, des lignes d’autobus climatisées, ultramodernes servies par un personnel stylé reconnaissable à sa griffe Cubatur. Le charme de l’habitat ancien autour du Capitole à La Havane, de l’urbanisme et de l’architecture du 19e siècle est sous protection de l’Unesco, mais l’habitant est autorisé à recevoir des touristes en proposant des locations. Ce sont le plus souvent soit les Canadiens ou les émigrés cubains en visite dans leur pays d’origine qui en sont le plus demandeurs : ils retrouvent alors un cadre familier qui permet le travail de mémoire avec ceux des parents qui les retrouvent…

Visiter Cuba, c’est trouver un lien de parenté avec ce peuple qui nous renvoie son courage, sa longue patience, son partage, son amour pour le visiteur, son immense sens de la dignité et son humanité !

Des héros vivants sont les témoins de l’histoire ; leur légende se confond avec celle du Ché, de Fidel Castro, de Camillio Cienfuégos, de José Marti l’âme de cette nation aimante et qui n’oublie rien : en cet anniversaire de la mort du Ché en Bolivie le 9 octobre 1967, il est tentant de lui associer un prénom : Arezki. Celui qui le porte est un musicien cubain rencontré à Santa Lucia, dont la maman de huit mois enceinte de lui l’a ainsi nommé, émue par l’héroïsme et le sacrifice d’un moudjahid algérien, dont l’histoire a été portée à l’écran dans un téléfilm projeté à la TV cubaine, il y a 39 ans… au cœur de la fresque collective du peuple algérien ! C’était aussi le moment de la visite du Lider Màximo Fidel Castro en Algérie en 1972 ! Elle fut plus qu’une visite d’Etat, plus qu’une preuve d’amitié et de solidarité ; elle fut la fusion de deux révolutions qui survivent malgré les aléas et les chocs de l’histoire. Voir Cuba et reprendre espoir !

En guise de conclusion ! Ce carnet de route ou de voyage s’est attaché à raconter notre visite et dire le peuple cubain, sa culture, son art de vivre, son inextinguible soif de liberté, son sens de la fête et son attachement à sa terre : toutes les choses qui échappent à l’éphémère, au factuel, au conjoncturel, au passager.

A la mémoire du “Ché” mort en héros en Bolivie… Vive Cuba des sensations et des persistances rétiniennes !

Amine REDA