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A la une / Reportage

Travaux inachevés, tronçons fermés à la circulation, absence de stations de carburant

Autoroute Est-Ouest : voyage au bout de l’arnaque

Déviations, refection des fissures, affaissement, manque de signalisation, accidents spectaculaires sont le quotidien des automobilistes.

Présenté comme “le chantier du siècle”, l’autoroute Est-Ouest est en passe de devenir “le chantier d’un siècle”, tellement les travaux traînent et ne sont pas près de s’achever.

Lorsque le ministre du secteur et le directeur de l’Agence nationale des autoroutes, annoncent que cette autoroute serait payante à partir de 2016, on a l’impression qu’ils parlent d’une autre autoroute, située dans un autre pays, car celle se trouvant sur le territoire algérien ne semble aucunement concernée par une telle perspective, du moins dans un avenir raisonnablement proche.

 

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Les travaux ne sont pas encore achevés sur une partie du tronçon Est reliant Constantine à la frontière tunisienne, sans parler des éternels travaux de réfection des tronçons bâclés, ouverts, puis fermés à la circulation. Mais c’est surtout les aires de péage que l’on ne voit toujours pas le long du tracé de l’autoroute. Ce n’est certainement pas en neuf mois qu’on risque de les réaliser. Ce n’est pourtant pas la fameuse route 66 qui joignait Chicago (Illinois) à Santa Monica (Californie) sur une longueur de plus de 3600 kilomètres, et ce n’est pas non plus l’autobahn allemande qui sont de véritables pistes de course automobile, où la seule limite de vitesse se résume à la puissance du bolide que l’on conduit. C’est juste une route à grande circulation, de trois voies, qui devrait permettre aux automobilistes algériens de parcourir 100 ou 200 kilomètres dans des délais plus ou moins raisonnables. Une route qui aura battu tous les records en termes de surcoûts, de scandales et de retards. Pour mieux décrire l’état actuel de ce projet, qui a coûté plus de 13 milliards de dollars, et qui devrait engloutir encore d’autres milliards de dollars, nous avons traversé tout le tracé, pour constater de visu ce qui s’y trouve.

L’ouest est mieux que l’est
Ceux qui partent vers l’ouest sont, indéniablement plus chanceux que ceux qui prennent la direction de l’est. À partir d’Alger, on peut gagner Oran ou Tlemcen en quatre ou cinq heures sans grande peine. Mais cela ne veut pas dire que tout est nickel sur cet axe.
En sortant d’Alger, le tronçon Blida-Oued Djer, pourtant refait à maintes reprises, demeure extrêmement dangereux, et des éternels travaux de rafistolage s’y déroulent toujours. Complètement gondolé, avec des nids-de-poule, des fissures, des chantiers pas suffisamment signalés, il représente un véritable danger pour les automobilistes, surtout ceux qui roulent la nuit.
D’Oued Djer à Hammam Righa, le tronçon reste dangereux de jour, mais surtout de nuit, en raison de l’état lamentable de la chaussée. À l’entrée de Hammam Righa, des travaux de réfection sont en cours, obligeant les automobilistes à rouler en double sens. Il en est de même à l’entrée d’Aïn Defla. Un peu plus loin, près de Djelida, des enfants vendent du café, des œufs aux automobilistes, de même que devant le barrage de gendarmerie à l’entrée de Chlef. Des pratiques qui exposent les autres automobilistes au danger. Il n’y a pas si longtemps, ces vendeurs à la sauvette étaient pourchassés par les gendarmes. Aujourd’hui, ils sont tolérés. Une sorte de relais routiers clandestins, avec toutes les conséquences que l’on imagine. Du côté de Oued R’hiou, ce sont carrément des baraques qui sont installées des deux côtés de l’autoroute. Plus loin, entre Sidi Bel-Abbès et Tlemcen, des sacs de pomme de terre et de petits pois sont proposés aux automobilistes qui font leur marché en pleine autoroute.
Et pourtant, sur tout l’axe ouest, beaucoup de relais Naftal sont ouverts et accueillent les automobilistes sans arrêt. Seulement ces relais disposent du strict minimum : pompes à essence, cafeteria, une supérette, des toilettes, des salles de prière et des aires de parking. Pas d’espace pour les enfants ou les familles, et si l’on est contraint d’y passer la nuit, on doit le faire dans sa voiture ou dans la cafeteria.
Dans ces stations-relais, la saleté est frappante, même si les agents chargés du nettoyage n’arrêtent pas de pester. “Je fais le nettoyage trois fois par jour et c’est toujours sale, et les gens se plaignent de la saleté”, affirme l’un d’eux. Les toilettes ont subi des dégradations notoires, malgré le fait qu’elles soient payantes et que des agents s’affairent à longueur de journée à nettoyer comme ils peuvent.
Nous poursuivons notre route vers l’ouest. Une autoroute qui ne dispose pas de clôture, où les passerelles se comptent sur les doigts d’une main, tout le long du tracé et où l’on tombe, souvent, sur des piétons qui traversent n’importe comment. Une autoroute qui n’est pas éclairée et qui en temps de pluie ou de neige constitue un danger mortel. Nous l’avons constaté sur notre chemin de retour, où la pluie, conjuguée à l’obscurité, ont provoqué pas moins de trois accidents spectaculaires.
Salah, un transporteur de marchandises qui passe son temps sur l’autoroute, est furieux : “Les médias parlent de terrorisme de la route, mais omettent de parler de l’état des routes. Quand vous roulez à 100 km/h et que vous tombez sur un trou de 50 cm en pleine autoroute, vous faites quoi ? Quand vous tombez sur des flaques d’eau en pleine autoroute, vous réagissez comment ? Quand la neige s’amoncelle sur une bonne partie de l’autoroute, en pleine descente, vous faites quoi ? Quand vous tombez sur un chantier improvisé, sans signalisation aucune ou un semi-remorque en panne, ou un véhicule à l’arrêt sur la voie rapide, vous faites quoi ? Sur toute l’autoroute, il n’y a pas une seule cabine téléphonique pour les cas d’urgence. Si on tombe en panne, on risque de se faire agresser bien avant l’arrivée des secours.”
Effectivement, sur la route, nous avons assisté à plusieurs accidents et nous avons croisé des automobilistes qui organisaient eux-mêmes, avec des moyens rudimentaires, les secours.
Mais poursuivons notre route vers l’ouest. à la sortie de l’aire de repos de Tiberkanine, aucune plaque pour signaler les travaux en cours. Ces derniers s’étalent sur 8 km, contraignant les automobilistes à rouler en double sens.
Entre Chlef et Relizane, la route est plus ou moins praticable, en raison surtout du relief plat. Elle le sera davantage jusqu’à la pénétrante d’Oran.
Mais juste après, en allant vers Sidi Bel-Abbès, la route est complètement détériorée. Plusieurs déviations, plusieurs chantiers pour réparer une route fissurée, affaissée et nécessitant de sérieux travaux de confortement. Sur ce tronçon, plusieurs pistes sont utilisées par les automobilistes de la région et qui débouchent directement sur l’autoroute, sans aucune signalisation, constituant un véritable danger. L’autoroute s’arrête aux portes de Maghnia, précisément à Hammam Boughrara. Le reste du tronçon qui mène aux frontières marocaines est fermé. Le barrage des douanes fait office de limite de l’autoroute.
Sur le chemin du retour, la pluie aidant, le risque d’accidents est omniprésent. Avec la tombée de la nuit, la visibilité devient quasi nulle, surtout que l’autoroute ne dispose pas de balises lumineuses.
Si, dans l’ensemble, l’axe ouest de l’autoroute est fluide, il ne faut pas omettre que lorsque la noria de semi-remorques se met en branle, surtout sur les axes à double sens, c’est carrément l’enfer pour les automobilistes, mais aussi, en arrivant aux portes d’Alger, notamment au barrage de Baba Ali où l’on risque de perdre tout ce que l’on a gagné de temps, tout le long du trajet. Mais sur l’ensemble de l’axe ouest, seul le tronçon Chlef-Oran est praticable, le reste en chantier ou nécessite des travaux de réfection.

L’enfer de la route de l’Est
Prendre la route de l’Est relève de l’exploit. Ceux qui sont contraints de le faire quotidiennement ou hebdomadairement souffrent le martyre, en raison des innombrables chantiers de réfection, et des embouteillages qu’ils occasionnent. Faire cent kilomètres dans pareilles conditions pourrait prendre parfois six heures. Un “exploit” dû à ce “projet du siècle”. Les départs et retours de week-end sont carrément cauchemardesques, tout comme la circulation aux heures de pointe, avec tout ce que supporte l’axe Alger-Bouira, comme pression, notamment des poids lourds et autres bus.Même si les automobilistes peuvent à présent éviter les goulots de la RN5, entre Boumerdès et Thenia, en passant par Boudouaou, il n’en demeure pas moins que l’entrée de Lakhdaria, par l’autoroute Est-Ouest, reste complètement délabrée, et les éternels travaux de rafistolage, qui se prolongent jusqu’à Bouira et même au-delà, notamment du côté de Gare Aomar, constituent un véritable cauchemar pour les automobilistes.
Que l’on se trouve dans un sens ou dans un autre, l’axe Lakhdaria - Bouira, maintes fois rafistolé, reste un véritable point noir, y compris les axes ouverts à la circulation et il faudrait user de tous les trésors de patience et de concentration pour en sortir indemne. En quittant Bouira, ses chantiers éternels et ses embouteillages, on entame la descente vers les Bibans, ou “Portes de fer” pour les anciens. Là, le tronçon est de bonne qualité, et on peut rouler à l’aise jusqu’aux Babors, en traversant Bordj Bou-Arréridj, Sétif, El-Eulma et Tadjenanet sereinement. Mais attention, ceci n’est valable qu’en cas de beau temps. Car lorsque le temps se gâte, c’est une autre histoire, surtout en cas de chutes de neige, qui sont fréquentes sur ce tronçon. Nous l’avons vérifié sur le chemin du retour, puisque la voie rapide était complètement enneigée, et donc impraticable, avec toutes les conséquences qu’on imagine. Et des accidents spectaculaires, il y en a eu durant cette matinée, pourtant ensoleillée mais qui n’avait pas encore permis la fonte totale de la neige.
Le décor changera totalement à l’approche de Constantine où le tronçon ouvert reste très dangereux en raison de l’état délabré de la chaussée qui oblige les automobilistes à slalomer afin d’éviter les nids-de-poule et autres affaissements. Mais le pire reste à venir. Puisque l’autoroute s’arrête pour annoncer le début du cauchemar. On plonge dans les interminables embouteillages de Constantine, déjà soumise à une forte pression, mais davantage pressée par les chantiers lancés tous azimuts. Là, il faudrait s’armer de patience, veiller à ne pas s’enfoncer dans de véritables trous béants, et trouver la meilleure issue pour quitter au plus vite ce cauchemar en ayant une pensée pour les Constantinois qui endurent ce calvaire au quotidien. L’enfer continuera en longeant la localité de Didouche-Mourad en allant vers Skikda. Cette route sinueuse, à double sens, constitue l’unique voie vers l’est, et la noria de camions rend furieux les automobilistes dont certains s’adonnent à des manœuvres dangereuses. Sur la route, on peut apercevoir de haut le grand chantier du tunnel de Djebel-Ouahch, dont l’ouverture est attendue par tous les automobilistes de l’Est. Sur place, un impressionnant parc matériel est déployé pour venir à bout de ce tunnel qui devrait éviter aux automobilistes de passer par Constantine. Mais ce n’est pas demain la veille. On doit prendre encore son mal en patience et rouler doucement jusqu’à El-Ghedir, avant le branchement de Skikda, pour replonger de nouveau dans l’autoroute. Sur une distance d’une centaine de kilomètres, le tronçon fraîchement ouvert est quasi désert, faisant surtout le bonheur des couples. On y croise rarement un camion, dans un sens comme dans l’autre. Mais cela fait du bien de pouvoir rouler loin des encombrements et sur une route praticable.
Alors que la pénétrante vers la ville d’Annaba n’est pas encore réalisée, l’autoroute s’arrête près de Dréan. Le reste du tronçon devant relier la frontière tunisienne par El-Kala, sur 68 kilomètres, est à l’arrêt. Le chantier, avec tout ce qu’il comptait comme matériel, aurait été transféré vers Djebel-Ouahch, selon les dires des citoyens d’El-Kala qui désespèrent de voir le projet enfin livré.
Dans les stations relais, les pompistes soufflent un peu après la récente crise du carburant : “Nous avons vécu l’enfer durant quinze jours”, dira l’un d’eux, dépité. “Le pompiste du sud du pays perçoit presque le double de notre salaire, alors qu’il lui arrive de travailler une fois par semaine, et nous, avec toute la pression que nous subissons, nous n’avons même pas droit à une prime exceptionnelle. Si je pouvais, j’irais travailler au Sud”.
Sur le chemin du retour, c’est le même topo, avec, notamment, le cauchemar constantinois, mais surtout les flocons de neige qui viennent compliquer davantage la situation, rendant l’autoroute très dangereuse. Les abondantes chutes de neige, qui ont duré toute la nuit de dimanche, ont rendu la chaussée dangereuse, surtout sur la voie rapide. Malgré l’apparition du soleil dans la journée de lundi, la neige obstruait encore la voie rapide, confirmant le bâclage des travaux. Sur tout le tronçon, l’évacuation des eaux pose problème : souvent les bouches d’évacuation se trouvent en amont, alors qu’elles sont censées se trouver en aval. Des accidents aussi spectaculaires les uns que les autres s’y déroulent quotidiennement, et l’état de la chaussée n’y est pas souvent étranger.
Sur le chemin du retour, et en dehors du calvaire constantinois, il faudrait affronter l’horreur du tronçon Bouira-Lakhdaria, surtout aux heures de pointe, avec des bouchons qui s’étendent sur des kilomètres et qui peuvent durer plusieurs heures, faisant dire à un chauffeur de bus : “Je sais quand je sors de la gare de départ, mais je ne sais jamais quand je vais atteindre la gare d’arrivée. Je le dis souvent aux voyageurs qui n’aiment pas cette réflexion, mais que faire ? C’est la triste réalité”.
Si, sur l’axe ouest de l’autoroute, la circulation est plus ou moins fluide, celui de l’est reste problématique. Non seulement, les interminables bouchons rendent la vie dure aux automobilistes, mais surtout, les interminables chantiers de réfection et les tronçons qui n’ont pas encore été livrés laissent penser que cet axe attendra encore longtemps avant d’être plus ou moins fonctionnel de bout en bout. En tous cas, l’autoroute Est-Ouest, telle qu’elle se trouve présentement, ne pourra en aucun cas être livrée totalement en 2016, et aucune aire de péage n’a vu son chantier démarrer sur aucune des pénétrantes fonctionnelles jusqu’à ce jour. Mais le plus dramatique dans tout cela est que le projet livré à la circulation est, en grande partie, impraticable et subit des travaux de réfection, ou devrait les subir incessamment. Ce qui fait dire que les sommes faramineuses englouties par ce projet, et celles nécessaires à son parachèvement et autres réfections, ont un seul mérite : faire de ce projet, l’un des plus coûteux au monde, sans pour autant que le résultat final soit à la hauteur des attentes.

A. B.


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