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A la une / Reportage

Deux ans après la chute de Ben Ali

Descente aux enfers du tourisme en Tunisie

En 2011, après la chute du régime Ben Ali, le tourisme en Tunisie a connu l'année la plus catastrophique. Une légère reprise cette année mais mollement, contrairement à ce qu'avancent le ministère de tutelle et l'Office national tunisien du tourisme qui tendent de gonfler les chiffres pour minimiser la gravité de la situation que vit le secteur.

Trois millions trois cent mille visiteurs sur les six premiers mois en 2012, une fréquentation en baisse de 18% par rapport à la même période en 2010. Avec tous les événements qui ont marqué l'actualité en Tunisie ces derniers mois et un gouvernement islamiste au pouvoir, les étrangers s'inquiètent parfois de ne plus pouvoir être libres dans le pays. Un député d'Ennahda a d'ailleurs récemment affirmé que “le tourisme était une forme de prostitution”, sans plus d'explication. La réplique du ministre du Tourisme, Elyes Fakhfakh, a été rapide. Il accuse le député de “pitrerie” et d’“incompréhension”. évidemment, après une mauvaise saison hivernale, les voyagistes français, comme presque d'habitude, enchaînent avec une saison estivale décevante, juillet ayant même été “catastrophique”, selon un premier bilan de l'Association des tour-opérateurs (Ceto) publié il y a une semaine. “On rejoint le mouvement général dans le tourisme”, a déclaré à l'AFP René-Marc Chikli, le président du Ceto, faisant référence à la conjoncture économique très difficile qui a pénalisé l'ensemble de la profession. “Juillet est catastrophique. Les départs sont en repli de 7,7% en termes de chiffres d'affaires et de 11% en termes de trafic” (nombre de voyageurs ayant acheté un forfait vol et séjour), a-t-il souligné. En revanche, M. Chikli rassure : “La bonne nouvelle, c'est qu'août n'est pas aussi mauvais. Les tendances de réservation sont stables (+0,6%) par rapport à l'an dernier.” Cependant, la saison affiche un repli de 6,7% entre mai et juillet, par rapport à la même période de 2011. “On s'oriente vers un été exécrable”, a-t-il averti. à la fin du moins de juin, René-Marc Chikli affichait déjà une grande prudence concernant la saison estivale, en raison du souci d'économie de la clientèle et de ses réticences devant le moindre trouble politique après “le printemps arabe”. Les destinations jugées trop chères enregistrent un repli cet été, comme la Croatie (-14%), l'Espagne continentale (-28%) et insulaire (-16% pour les Baléares et -10% pour les Canaries), ou l'île Maurice (-12%). La Turquie affiche un recul de 17% en raison “d'une appréhension” liée à sa proximité avec la Syrie voisine, en proie à la guerre civile. Au chapitre des bonnes nouvelles, la Tunisie, boudée après le printemps arabe, et le Maroc reprennent des couleurs avec respectivement des hausses de 29,5% et 16%. La Tunisie se place en tête des destinations estivales avec 56 000 touristes français. La Turquie en a accueilli 42 800, la Grèce et ses îles 40 000, le Maroc 30 000 et les états-Unis 29 000 (stable). L'Asie tient son rang: stabilité pour la Chine, +18% pour la Thaïlande, +9% pour le Cambodge et +4% pour l'Indonésie.

Rush sur les frontières terrestres
Illico presto, dès le 2e jour de l'Aïd, les voyagistes algériens, les habitués ou ceux venus pour la première fois, ont pris d'assaut les différents postes- frontiéres de l’est pour passer quelques jours de vacances en Tunisie et rattraper ce qui restait du mois d'août, dont  trois semaines ont été broyées par le mois sacré. à notre arrivée au poste frontalier d'Oum Tboul, situé à 10 km de la première localité côtière tunisienne, il y avait embouteillage avant même le premier contrôle des policiers algériens. Une fois franchi ce poste, le parking était archicomble. Les retardataires qui arrivaient au fur et à mesure après 8h se garaient n'importe comment et n'importe où. Le parking, pourtant assez grand que celui du poste frontalier tunisien, situé à 50 m de là, ne pouvait contenir toutes les voitures immatriculées quasiment des 48 wilayas d'Algérie et de l'étranger qui affluaient sans répit.
Du coup, douaniers et policiers algériens se montraient plus souples devant ce rush plus ou moins inespéré. à l'intérieur du poste frontalier (PAF), des dizaines de personnes de tout âge font la chaîne pour les formalités policières et douanières. D'autres, notamment femmes et enfants, préfèrent attendre sur un espace vert en raison de l'exiguïté de la salle et de la chaleur. La majorité était en partance vers les stations balnéaires de Hammamet, Nabeul et Sousse.  Il n'y a qu'à faire un tour sur place pour se rendre compte de cette affluence. Une attente qui peut durer plusieurs heures, notamment côté algérien. Chose tout à fait normale. Les agents de la PAF ne ménageaient aucun effort pour accomplir leur pénible tâche. Même le sympathique chef de poste des frontières prêtait main-forte à ses agents. Malgré le débordement, il n'a pas manqué de déclarer gentiment à Liberté : “Comme vous le constatez, nous sommes débordés depuis le 2e jour de l'Aïd. On ne s'attendait à cette affluence. On reçoit quasiment 8500 personnes par jour qui passent la frontière et le nombre tend à augmenter. Pour assurer le bon déroulement des formalités des voyageurs, on a mis en place tous les moyens humains et matériels.” Beaucoup parmi les habitués de la Tunisie se sont contentés de fêter le premier jour de l'Aïd à domicile pour ensuite passer les quelques jours qui restent avant la rentrée sociale dans ce pays voisin. Les plaques minéralogiques renseignent sur la provenance des Algériens venus des quatre coins du pays. Ce rush s'explique par la volonté de rattraper, un tant soit peu, des vacances bouleversées par les examens de fin d'année et le Ramadhan.
Pas que ceux-là. D'autres ne sont que de passage pour prendre le bateau à partir de Tunis pour rentrer chez eux, notamment en Europe, après avoir passé quelques jours de vacances en Algérie auprès de leurs proches. Comme c'est le cas de Nadia qui prenait l'air avec ses deux enfants dans un espace vert où elle attendait son mari qui se chargeait des formalités. La famille devait se rendre à Londres.
Hammamet et Nabeul, fiefs des Algériens
Une autre femme, qui partait à Hammamet avec son mari pour quelques jours de vacances, nous dira : “Je pars quasiment chaque année en Tunisie. Il n'est presque plus possible de passer des vacances en Algérie en raison de l'insécurité et encore moins oser se baigner en maillot. C'est ainsi mais en Tunisie on se sent plus à l'aise et en sécurité.” Une déclaration qui n'est plus, hélas, d'actualité depuis un certain janvier 2011. Tout simplement pour qui veut bien l'entendre, la Tunisie est depuis cette date sur un terrain miné et connaît malheureusement chaque jour des cas d'agression, de violence, de vol même au niveau des stations balnéaires. Abdelaziz, la cinquantaine, un émigré vivant à Grenoble et accompagné de sa femme, rencontrés à Hammamet, nous déclare : “Dans l'ensemble, l'accueil est chaleureux et on n’a pas eu à se plaindre du point de vue de la propreté de la ville. L'architecture des maisons et autres édifices est magnifique, et les gens sont sympathiques. Seulement, on regrette le fait qu'à l'hôtel où on loge situé à Hammamet-sud, la restauration laisse à désirer pour un 4 étoiles. L'eau n'est pas servie à table au déjeuner comme au dîner. Alors que le standing des chambres ne répond pas aux normes. Ceci sans parler des fuites d'eau, de l'absence d'une télécommande télé et de la connexion internet (wifi). Heureusement que les soirées étaient animées au niveau des plages de l'hôtel par un disc-jockey afin de créer une certaine ambiance chez les clients de l'hôtel.” Bref, l'on remarque des centaines de voitures aux matricules jaunes sillonner à longueur de journée et de soirée les rues des côtes de Hammamet et Nabeul. à telle enseigne que l'on se croirait en Algérie. Ce voyageur n'a pas tort dans la mesure où les prestations de service de beaucoup d'établissements hôteliers ont été critiquées par d'autres touristes étrangers. Ce qui pousse ces établissements actuellement à vivre une situation critique.


I. O.