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A la une / Reportage

LE P-DG VINCENZO NESCI ÉVOQUE LE DOSSIER DE LA 3G À ROME

Djezzy cherche du temps dans la ville éternelle

“Habemus Djezzy.” (Nous avons Djezzy). Alors que le nouveau pape se faisait élire, la rencontre  à Rome avec le P-DG de Djezzy, Vincenzo Nesci, à quelques mètres de la place Saint-Pierre, avait des airs d’incantation. À défaut de prier pour que le gouvernement algérien débloque les millions de dollars gelés depuis 2009, Djezzy a appris une vertu quasi religieuse : la patience.

La barbe poivre et sel qui lui mange le cou, une chemise bleu siglée à son nom, deux Black Berry posés sur la table dont les SMS rythment son attention, Vincenzo Nesci est  un mélange d’Orson Wells et d’Umberto Eco. Le premier était un réalisateur américain de génie. Le second était un auteur italien visionnaire. Le P-DG de Djezzy doit avoir les deux, du génie et de la vision, pour sortir Djezzy de l’équation qui se pose à elle et qui semble insoluble : comment vendre (et à combien ?) les 51% de l’opérateur Optimum Télécom Algérie à l’État algérien, tout en ne se fâchant pas avec lui afin de trouver l’argent nécessaire pour acheter des équipements et entrer dans la bataille de la 3G que ce même État s’apprête à lancer ?

Nesci le négociateur
Actuellement, Djezzy vit la situation d’un champion du monde, convaincu de dopage, qui se prépare aux Jeux olympiques sans être autorisé à y participer. En bloquant leurs fonds en devises depuis 2009, la Banque d’Algérie a plombé le développement de l’opérateur historique qui caracole, malgré tout, en tête du marché de la téléphonie mobile avec 18 millions d’abonnés et une santé financière insolente symbolisée par une relation avec le client algérien, assez passionnelle. “C’est comme dans un mariage qui dure depuis beaucoup de temps”, rectifie le P-DG de Djezzy. “C’est une crise qu’on a réussie à surmonter, grâce à nos clients, mais surtout due à nos collègues, les meilleurs ambassadeurs qui se sont identifiés à l’entreprise. Notre chance est d’avoir des clients très fidèles, quelques-uns nous ont abandonnés des faits épisodiques après le match de foot agité, mais je suis fier d’avoir pris la tête de cette entreprise”... qui pèse au demeurant 4 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects.
Nommé depuis moins d’une année, ce Franco-Italien tranche avec ses prédécesseurs. Il n’a pas le côté extraverti et exubérant du Libanais, Hacene Kabbani ni le côté austère et effacé de l’Égyptien, Tamer El-Mahdy. Sous ses airs débonnaires, Vincenzo Nesci n’en demeure pas moins un négociateur ferme et patient. Ces 40 ans d’expérience dans le domaine, souvent dans des pays compliqués comme le Maroc ou le Pakistan et le fait qu’il soit un Franco-Italien, natif du Sud italien, font de lui un gestionnaire mesuré et qui a les pieds sur terre. Sa tâche étant de ramener Djezzy vers plus de compromis et de sérénité notamment à l’égard des pouvoirs publics qui commencent à apprécier le côté sage et tempéré du personnage.
Finie l’époque de l’esbroufe. Place au pragmatisme. C’est ainsi, que depuis le rachat d’OTA (la défunte Orascom) par le groupe russe Vipelcom, la communication à l’adresse du pouvoir algérien semble emprunter aux courbes tout en rondeur de son P-DG. Dans son diagnostic, Nesci semble avoir compris ce que les autorités algériennes ne supportaient pas dans l’attitude des anciens patrons de Djezzy et notamment le médiatique casse-pied mégalomane qu’est Naguib Sawiris. “Nous sommes fiers de notre marque, mais pas arrogants”, confirme le P-DG de Djezzy, qui n’en demeure pas moins subtil dans ses messages à l’adresse d’Alger. “Il ne faut pas avoir peur des multinationales, de l’ouverture des frontières. L’Algérie fait bien partie du village global.” Et d’ajouter l’œil malin : “Nous sommes un opérateur mondial, ni local ni régional, nous avons une expérience globale.” Ce qui veut dire, sans friture sur la ligne, que Djezzy joue dorénavant dans la cour des grands.

Wind et l’expertise technique
Et pour le démontrer, la presse algérienne s’est retrouvée à Rome et à Milan afin de se voir expliquer que Djezzy, version moscovite, a les moyens de faire basculer le marché algérien de la téléphonie dans une autre galaxie technologique. Dans la troisième dimension. Celle de la 3G que Djezzy espère mais également Ooredoo (ex-Nedjma) et Mobilis. Les trois opérateurs bavent sur le prochain appel d’offres que le MPTIC va lancer. Le tout est de savoir quand.
Djezzy est donc partie du côté de Milan pour solliciter l’expertise d’une filiale sœur de Vipelcom, l’italien Wind, un des trois opérateurs phares en Italie, dont le palmarès est connu pour être un des leaders européens dans la qualité de la relation client et possède le meilleur réseau 3G d’Italie. Après une orgie (on est bien en Italie) de conférences, de graphes, de courbes, de schémas, de diapos et de photoshop qui étaient là pour définitivement nous convaincre que Djezzy va maîtriser la 3G, le P-DG Nesci esquisse ce que sera ce futur : “Nous avons accès à tout cela, le client algérien va bénéficier de cette expertise, Ce savoir-faire, cette connaissance dont nos collègues sont en train de s’approprier nous la faisons nôtre et nous permettons à l’Algérie d’en bénéficier mais surtout à l’utilisateur final (…) On a beaucoup parlé de la 3G et d’innovation. Notre mission va bien au-delà de la 3G qui est une étape qui s’inscrit dans une continuité de 10 ans. Ce saut technologique, qui va être apporté à tous les citoyens, permettra l’accès à Internet à haut débit. Djezzy aura sa façon de réussir dans les datas après avoir réussi, il y a 10 ans, dans la voix.” La communication de la direction de Djezzy est rodée, comme le sont les équipes de cadres marketing, commerciaux, communication et techniques de l’entreprise en formation à Milan ou à Amsterdam pour être réactives dès que le marché de la 3G sera une réalité. Djezzy sera prête si l’on considère qu’elle bénéficiera, non seulement en amont du savoir-faire italien, mais surtout en aval du transfert technologique, mais également du fait que ses cadres algériens seront concurrentiels et formés aux exigences de la 3G. Mais face aux rumeurs qu’un concurrent a déjà une longueur d’avance dans son installation des radio-stations, le P-DG Nesci anticipe sur le fair-play qui doit caractériser la procédure. “Il est important qu’on parle de la 3G, mais c’est tout aussi important que cela se fasse dans une concurrence saine, loyale et équitable pour le bien du consommateur.” Le message a le mérite d’être clair.

Le “Sheitan” Sawiris

Le P-DG Nesci ne cite à aucun moment le concurrent Ooredoo (ex-Nedjma) dont il est évidemment question. Question d’éthique. Comme il ne veut pas piper mot sur l’actuelle négociation pour l’introduction du FNI (Fonds national d’investissement qui va racheter pour le compte de l’État les 51% mis en vente) dans le capital d’OTA. Le P-DG de Djezzy respecte à la lettre les clauses de confidentialité dans les négociations. Certaines informations parlent d’une signature de l’accord de prise de participation pour la fin mars 2013, mais certains points sont loin d’être réglés.
Le fisc algérien, par exemple, a porté les différentes pénalités contre Djezzy à presque 1 milliard de dollars depuis 4 ans ! Est-ce que ces pénalités sont intégrées dans le prix de vente ? On ne sait rien aussi si dans l’achat est comprise la reprise du câble de fibre optique Transmed que Vipelcom a racheté aussi dans le package proposé par le magnat égyptien ? Plus compliqué aussi de faire la part des choses entre les arbitrages menés par les cabinets internationaux mandatés par Vipelcom et ceux que vient de commander Sawiris, pour son propre compte, afin d’exiger des dommages et intérêts à l’État algérien.
Sur ce point, le P-DG Nesci réagira de manière catégorique. “Sawiris est sorti de Djezzy le 16 août 2012. Donc, c’est lui qui prend l’entière responsabilité de ses actes. Et nous nous n’en sommes pas responsables. Il veut faire ses arbitrages pour d’autres raisons en Europe, c’est son problème pas le nôtre”, tranche Visconi Nesci qui admet que leur ancien associé, Naguib Sawiris, est quelque peu encombrant du fait de l’image troublé qu’il possède en Algérie. “Chaque fois qu’il y a référence à Orascom, c’est la photo de Naguib qui sort. C’est le Sheitan.”
Cette perception est résumée par le brillant Toufik Lerari, jeune cofondateur de l’Agence algérienne de conseil d’image, Allégorie, qui accompagne dorénavant Djezzy dans ses choix marketing et qui était également présent à Rome. Pour lui, “la réalité qui nous est retournée au quotidien, au-delà des études d’opinion, les gens vous jugent sur vos services et non pas que sur l’image. Ce qu’on demande à Djezzy, c’est d’abord en avoir pour son argent. Le consommateur ne se soucie pas si Djezzy est détenue par un Égyptien qui claironne ou un groupe international qui est très musclé. C’est d’abord, que son téléphone fonctionne, qu’il lui coûte moins cher dans le temps, donc si on garde l’équilibre entre la promesse en termes d’image et le service rendu, on a de bonnes chances de minorer ces effets financiers”. Les 4 millions d’abonnés gagnés alors qu’on disait que Djezzy est en crise lui donnent raison.

Lever l’hypothèque de la Banque d’Algérie
Mais dans le dossier de la 3G, face aux rumeurs que le concurrent qatari est prêt depuis des semaines à entrer de plain-pied sur la 3G, Djezzy à un ennemi de taille : le temps. L’opérateur qui est spécialisé à facturer le temps d’appel semble en manquer pour se préparer à l’appel d’offres. Son déploiement technique, soutenu par le savoir-faire de Wind et des équipes Djezzy sur préparées est hypothéqué par la décision de la Banque d’Algérie qui tarde à lever l’interdiction de disposer de ses propres fonds en devises. Djezzy ne peut pas importer du matériel, et si cela se débloque, le déploiement prendra au moins 6 mois dans le meilleur des cas. Ce qui ramènerait l’appel d’offres à début septembre 2013. Il se dit qu’à l’ARPT, l’option du lancement de la 3G a été arrêtée à juillet. Ce qui va, de facto, éliminer Djezzy de la course au profit de son concurrent qatari qui est solidement adoubé par le Palais Royal à Doha. Alors que Djezzy ne semble s’appuyer que sur les incertitudes politiques. Reste que pour les spécialistes des télécoms, la probabilité de freiner Djezzy dans l’acquisition du matériel pour la 3G est, en effet, une démarche suicidaire. Si certains pensent que les pesanteurs politiques peuvent jouer dans ce dossier, d’autres considèrent que le gouvernement algérien doit trouver des arguments pour écarter… 18 millions de consommateurs de l’accès à la 3G. Car, en définitive, c’est de cela qu’il s’agit et qui serait une résultante désastreuse. En attendant, à Rome, dans la ville éternelle, au-delà de la formation sur la 3 G ; les responsables de Djezzy font aussi l’apprentissage de la patience.


M. B.