Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Reportage

Anarchie, dysfonctionnements et insalubrité sont le lot quotidien

EPH Bouira : un hôpital qui se meurt

“Notre hôpital ne peut faire face à un tel afflux, c’est impossible. Nous recevons des malades de Bouira et des communes avoisinantes, ce qui engendre forcement certains dysfonctionnements”, explique le directeur de l’établissement.

Dimanche, 13 août 2017. 12h30.  Une femme médecin qui s’est retrouvée devant un malade allongé sur un brancard et se tordant de douleur, n’a même pas pris le soin de le consulter, ou tout simplement s’enquérir de sa situation. Elle fait mine de ne pas le voir, tout en ayant les yeux rivés sur son smartphone. Ce patient venait d’avoir un accident de la route et son état inspirait de l’inquiétude.
Près d’une vingtaine de minutes plus tard, un des pompiers qui l’avait acheminé vers cet hôpital, s’est écrié : “Que fait-il encore là ? Ce monsieur risque de mourir et personne ne l’a pris en charge !”. Cet agent de la Protection civile s’est ensuite démené pour le faire admettre au bloc opératoire. Une scène qui témoigne de la médiocre qualité de la  prise en charge des malades. Des patients souvent désemparés, livrés à eux-mêmes et en manque d’orientation. Autre cas illustrant cette situation désolante : un patient souffrant d’une intoxication alimentaire affirme avoir eu de la peine à se faire soigner. Chose aisément constatable, dimanche.  

Le calvaire des parturientes
Les conditions de prise en charge dans le service maternité sont identiques à celle des urgences. Le visiteur est frappé par l’état d’insalubrité des lieux. Des gobelets en plastique, des sachets noirs “ornent” cet endroit qui devrait être clean pour éviter les contaminations. Mais le pire, c’est souvent l’accueil réservé aux parturientes. Certaines, qui viennent pour leur contrôle de routine, se voient carrément renvoyées par des sages-femmes particulièrement indélicates. Le père d’un nouveau-né, qui venait chercher son épouse, montrait plein d’anxiété et de colère. “Ce n’est pas un hôpital”, lâche-t-il à notre endroit, dépité. Cet autre époux n’est pas plus serein. “Cela fait plus de six heures que ma femme est admise dans ce service, sans que je sache si elle a accouché ou non. Franchement je crains pour sa vie et celle du bébé”, déclare-t-il d’un air inquiet. Dans le hall d’attente, les visiteurs et accompagnateurs sont assis à même le sol.
Les patients hospitalisés ne se sentent guère mieux. Les pavillons sont insalubres : tabac à chiquer et mégots de cigarettes jonchent les sols. Côté sanitaire, ce n’est guère mieux : lavabos couverts de sang, toilettes bouchées et odeurs nauséabondes. “Je suis ici depuis 15 jours. Je devais être opéré le 25 juillet, mais par manque de médecin, mon opération a été retardée au 15 août (aujourd’hui, ndlr)”, confiera un vieil homme qui souffre d’un kyste à l’estomac. D’autres malades affirment que les prises en charge sont lamentables. “Imaginez-vous que je suis contraint de faire mon lit tout seul, malgré mon handicap. Les infirmières passent uniquement pour apporter à manger puis elles disparaissent”, témoignera Amar, lui aussi en attente d’être opéré.

Le directeur de l’EPH relativise
Devant un tel état de fait, le directeur de l’EPH Mohamed-Boudiaf, Djamel Boutmer, tente de relativiser la situation. “À aucun moment, nous avons refusé de soigner un malade. C’est notre devoir”, a-t-il tenu à préciser. Et d’ajouter : “Chaque malade qui se sent lésé par notre personnel doit nous informer ou porter plainte. C’est une directive que je ne cesserai jamais de répéter.”  Toutefois ce responsable admet que “tout n’est pas parfait”. “Comme partout ailleurs, nous avons des carences que nous tentons de combler du mieux que nous pouvons.” Pour lui, l’hôpital de Bouira connaît une “grande affluence”. “Nous recevons de 400 à 500 malades par jour. Du malade souffrant d’un simple mal de tête aux cas les plus graves”, a-t-il indiqué. Selon M. Boutmer, l’hôpital de Bouira est “extrêmement surchargé”. “Notre hôpital ne peut faire face à un tel afflux, c’est impossible. Nous recevons des malades de Bouira et des communes avoisinantes, ce qui engendre forcément certains dysfonctionnements”, explique-t-il.
Pour notre interlocuteur, il faudrait impérativement un second “point de chute” pour les patients. “La polyclinique d’Oued Dhous n’ouvre pas la nuit, l’EPSP du Château d’eau est également sous pression. Personnellement je préconise la mise en place d’un autre service afin d’absorber le trop-plein de malades.” Interrogé sur certains dysfonctionnements de la maternité de Bouira, ce responsable réfutera le terme de “dysfonctionnements”, lui préférant celui de carences. «Certes nous enregistrons des carences, mais c’est également lié à l’afflux des parturientes. Nous comptons 30 à 40 accouchements par jour. C’est infernal !”, a-t-il expliqué, précisant que “ce grand nombre de patientes et pris en charge par 25 sages-femmes travaillant par brigade, un effectif incapable de satisfaire toute la demande exprimée en la matière”.  S’agissant du manque d’hygiène au sein de sa structure, ce responsable s’est montré quelque peu hésitant avant de déclarer : “Nous avons, certes, un problème avec un contrat de gestion des déchets, mais si cela ne tenait qu’à moi, je préfèrerais la prendre en charge en engageant du personnel dédié, au lieu de faire appel à une entreprise privée.”  Enfin et concernant le manque de médecins observé à Bouira, Djamel Boutmer révèlera que “sur les 44 médecins que compte l’hôpital 10 sont en congé de maternité, 5 en congé annuel et quelques-uns en congé de maladie. Pour ce mois d’août, notre hôpital tourne avec 15 médecins seulement”.


R. B.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER