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A la une / Reportage

“LIBERTÉ” pénètre LES SECRETS DE LA CRIMINALISTIQUE

La délicate mission des experts

Pour la première fois, Liberté pénètre les secrets de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC). La visite exclusive nous mène au cœur des départements chargés d’apporter la preuve matérielle, sans laquelle l’innocent restera en prison et sans laquelle l’auteur du crime y échappera.

“Je préfère cent criminels dans la nature, qu’un innocent en prison !” Ce maître mot s’impose au regard de tout visiteur qui franchit l’INCC de Bouchaoui (Alger), relevant de la Gendarmerie nationale. Un véritable joyau au plan organisationnel, infrastructurel, mais surtout au plan de la qualification humaine qui assure une “veille criminalistique” permanente au service de la justice et du citoyen, donc de l’État de droit. Ce maître mot n’est pas lâché fortuitement par le DG de l’INCC, le colonel Abdelhamid Messaoudi. Celui-ci exhibera de facto la preuve : l’INCC a trois objectifs. D’abord, fournir la preuve matérielle aux magistrats instructeurs, pourvoir une assistance, en cas de besoin, aux unités techniques répartis sur les 48 wilayas et, enfin, assurer une formation de qualité en interne pour ses personnels, mais aussi technique aux établissements militaires. D’ailleurs, l’INCC verra bientôt la sortie de la première promotion en master, à l’USTHB de Bab-Ezzouar, spécialisée en criminalistique. Au total, 17 cadres sont déployés pour cette prestation scientifique et viendra renforcer les besoins des unités au service de la justice. Ici, on assure les travaux pratiques pour cette promotion. L’INCC est, par ailleurs, une pépinière de preuves psychologiques et sociologiques, mais surtout fournit des études approfondies sur les phénomènes en criminologie. Des causes du délit ou du crime, du passage à l’acte, du mode opératoire, de l’environnement où l’auteur a évolué, rien ne se fait au hasard. Mais l’institut recèle autant de services et de compétences qu’à chaque fois qu’on avance, on pénètre dans les secrets les plus délicats pour comprendre, enfin, le boulot pénible, mais noble, qui se fait à chaque instant de la journée.

Mais, qui ne laisse pas son empreinte ?
En fait, tout commence au centre nerveux de l’INCC, en l’occurrence le bureau des saisines scellées. Ici, tous les dossiers et les scellés portent un code. Pas plus. Aucune indication identitaire de l’individu. Ni de l’auteur, ni du complice, ni de la victime. Le colonel Sid-Ahmed Bouremana nous révélera d’emblée que 14 345 scellés ont été enregistrés dans cette cellule de base depuis janvier dernier. Véritable point de chute des crimes, toutes activités confondues, les enquêteurs reçoivent une moyenne quotidienne de 30 à 40 scellés et entre 10 et 15 dossiers, tous classés par ordre d’importance. Il faut dire que la méthodologie repose sur la discipline, la concentration, l’opinion de chacun, la recherche et, au bout de la chaîne, la précision.
L’erreur n’est pas permise à l’INCC qui constitue l’espoir des victimes et la preuve tangible et irréprochable des bourreaux. Peu importe les affaires élucidées, l’activité principale de l’INCC s’arrête à la seule et difficile tâche d’émettre la preuve. La science prime. Pour preuve, un individu indélicat qui venait de subtiliser 700 millions à Djelfa à son voisin venait d’être identifié grâce aux empreintes digitales qu’il avait laissées sur un écran de télévision. Amateur qu’il est, le mis en cause était tenté par cet écran, en plus de la somme d’argent. Dans ce département, Amar Mouhoub, nous explique que rien ne pourrait échapper aux méthodes de détection des empreintes des auteurs. C’est le cas du faux et usage de faux qui a élucidé plus de 250 dossiers en moins de 8 mois. Monnaies, documents administratifs, documents scannés et autres manuscrits, tout passe à la loupe du commandant Achour, aguerri aux situations complexes.
Là aussi, notre interlocuteur nous dira  que 85% des cas de trafic sont élucidés. Le reste, en cours de traitement. Ici, on compare tout : les écritures, les signatures, les spécimens et autres documents écrits, comme les lettres de menace. Les jours ouvrables ne suffisent pas aux experts de l’INCC. Ils travaillent de jour comme de nuit, les week-ends, les jours fériés et sans répit pour sauver des vies et déterminer la chose matérielle.

Le hasard et la science, un ménage impossible
La visite guidée se poursuivra au service pyrotechnique. Un département à hauts risques où chaque chambre est munie d’une porte blindée et isolée pour ne pas affecter d’autres services en cas d’impacts inattendus et fâcheux. Placées sous haute surveillance, ces chambres sont dotées de matériels hypersophistiqués pour tester les produits explosifs et ceux utilisés dans les incendies. Tellement le risque “zéro” n’existe pas, aucune porte ne s’ouvre sans que l’autre ne se ferme. C’est ici qu’on teste également les engins explosifs, comme les bombes artisanales que les terroristes activent à distance ou dissimulent sous la chaussée. Juste à côté, un autre officier était à ses dernières retouches sur une arme à poing récupérée sur 4 terroristes capturés dans les maquis de Jijel. Il faut noter que l’automate d’analyse de résidus d’incendies est le second au monde après celui de Bruxelles. C’est dire qu’aucun pays au monde ne dispose de toutes sortes d’expertise et que l’INCC, ayant obtenu la certification Iso 17 025 (standard international d’accréditation de laboratoires de criminalistique), sera, à moyen terme, un pôle d’excellence. L’étude de la balistique est également le point fort de l’INCC qui passe toutes les pièces et indices relevés sur la scène du crime, comme le sang, le vêtement, les armes et autres ADN pour faire la lumière sur n’importe quel acte. C’est le cas aussi de l’accidentologie et de l’entomologie (études des insectes). Et si l’INCC a réussi à effectuer 5 551 expertises en 2011, ce chiffre a été doublé en huit mois seulement en 2012 pour atteindre les 12 391 évaluations. Ce qui dénote de l’intérêt que portent le citoyen et la justice à la recherche de la vérité.
Au plan international, cet établissement est sollicité dans plusieurs disciplines, comme l’accidentologie, le profilage du cannabis et autres drogues et, enfin, la formation de cadres et d’experts. Quand au coût, l’INCC a sensiblement réduit la facture à l’État algérien en effectuant analyses, formations et expertises aux standards économiques nationaux. “En plus des trois objectifs de notre institut, il est temps d’enraciner la culture criminalistique chez les Algériens, mais surtout chez les professionnels du droit pénal, comme les magistrats et les avocats”, dira encore M. Messaoudi.


Repères

L’INCC recèle 135 analystes, dont 99 experts judiciaires, 31 laboratoires de criminalistique et 18 de criminologie, un mini-labo monté sur véhicule, 916 équipements techniques et scientifiques de pointe, 124 types de prestations de service et une unité d’identification des victimes de catastrophes.
À la requête des magistrats, des enquêteurs et des autorités habilitées, il établit les preuves permettant d’identifier les auteurs des crimes et délits et étudie des facteurs de la criminalité, les processus de passage à l’acte, les modes opératoires et les moyens de prendre en charge les phénomènes criminels, sur les plans préventif et opérationnel.
L’INCC organise et contribue aux séminaires, conférences et colloques, au niveau national et international, aux formations postgothagraduées dans les spécialités des sciences criminelles, aux formations continues et/ou spécialisées des personnels de la GN.
En 2012, l’INCC a effectué 22 missions d’assistance criminalistique aux unités opérationnelles, 27 rapprochements documentés en balistique (dont 22 ayant un lien avec le terrorisme), 4 rapprochements documentés en électronique informatique (liens téléphoniques).
Durant le premier semestre de 2012, l’INCC a réalisé 21 391 analyses pour un coût total de 120 millions de dinars.
L’INCC vise à promouvoir la culture criminalistique et criminologique, notamment chez les professionnels du droit pénal et les auxiliaires de la justice, pour renforcer l’édification de l’État de droit, à poursuivre les efforts tendant à l’accréditation des méthodes d’analyses et des laboratoires en vue d’intégrer le gotha mondial de criminalistique et de se faire une place parmi les organismes similaires étrangers et à valoriser et exporter l’expertise de l’INCC/GN vers les pays amis.


F. B.