Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Reportage

Reportage

La longue attente d’une paix durable des réfugiés maliens

Visiter le camp des réfugiés maliens de M’Berae, à 1 420 km au sud-est de Nouakchott, à 20 km de Bassikounou, est un passage obligatoire. La mission d’information de l’UFL s’y rend pour la seconde fois, et va à la rencontre des victimes de l’exode massif provoqué par les groupes terroristes, les rebelles et l’intervention étrangère.

Dans cet immense camp, le plus grand dans toute la région du Sahel, ils sont plus de 60 000 réfugiés maliens, auxquels se sont ajoutés 5 000 autres venus après l’intervention étrangère pour déloger les terroristes du nord du pays.
Mais le drame est aussi sur la route qui mène à cette extrême circonscription agropastorale qui subit quotidiennement l’inconscience des chauffards qui provoquent un véritable génocide animalier.
En effet, les bas-côtés de la route sont jalonnés, à un “rythme” régulier, de cadavres d’animaux comme une offrande aux corbeaux et corneilles qui inondent le ciel local. Mais devant le drame des réfugiés, cette histoire est reléguée au second plan des priorités de l’heure.
Le camp, planté de centaines de tentes, n’est pas clôturé, mais la sécurité est assurée par des gendarmes positionnés tout autour. La frontière avec le Mali est à 60 km, ce qui facilite le contrôle des accès au camp. En plus du contrôle au passage autorisé de Fassala, les réfugiés sont encore une fois fouillés à leur arrivée au camp, a expliqué Sidi Mohamed Ould Jeddou, le capitaine en charge de la sécurité. Les réfugiés sont libres de circuler et de quitter le camp, mais toute absence est signalée et passe par une procédure.
Au départ, en 2012, quand la première vague est arrivée, il n’y avait que les autorités et les citoyens pour venir en aide à ces réfugiés. Et ils étaient très nombreux.
Un peu plus de 60 000, avec lesquels les Mauritaniens avaient partagé tout ce qu’ils avaient. Alimentation, mais surtout pâturages et eau alors que la région subit, depuis des années, la sécheresse. Mais comme l’a souligné l’ex-maire de Bassikounou, ce ne sont pas des réfugiés pour nous, ce sont des invités. La deuxième vague, 5 000 réfugiés, est venue après l’intervention étrangère et est issue en majorité de la région de Tombouctou et ses environs. Et comme les problèmes avec Bamako subsistent, les réfugiés ne veulent pas y retourner, par peur de représailles, sans accord définitif, la stabilité, la sécurité et la paix durable, a affirmé Mohamed Ag Malha, dit Momo, coordinateur du camp. “Sans la paix, l’existence de l’être humain n’a pas de sens”, dit-il.
D’ailleurs, les réfugiés ont décidé de rester dans le camp jusqu’au moment de s’assurer qu’ils ne revivront pas la même situation et seront obligés encore une fois  de fuir leur pays. Amalou Salah Ould Mohamed, membre de la coordination du camp et ancien élu municipal à Tombouctou, se rappelle s’être réfugié dans ce pays en 1991, être retourné au Mali après les accords et y être revenu encore après les troubles de 1995.

Des réfugiés “récidivistes”
Cela dit, nombre de réfugiés rencontrés avouent ne pas se sentir comme tels, étant donné que tout est fait pour qu’ils se sentent à l’aise. La preuve est donnée par les habitants de Bassikounou, les associations qui ont affirmé avoir accepté de partager leurs pâturages, les points d’eau avec les réfugiés même s’ils ont des troupeaux plus grands. “Nous les avons acceptés comme ils sont venus et nous avons tout partagé avec eux”, a déclaré un responsable d’association locale. Et l’arrivée tardive des ONG internationales a accentué la pression sur les ressources de la région et ses habitants. Malgré quelques vols de cheptel, réglés par les services de sécurité, le préfet de Bassikounou reconnaît qu’il y a une parfaite cohabitation entre les autochtones et les réfugiés.
Un seul incident a été enregistré dans le camp. Des femmes affiliées au MNLA ont manifesté pour avoir soupçonné les dirigeants du mouvement de négocier en solo à Nouakchott en lui prêtant des intentions de “vendre le destin de l’Azawad”. Après explications, elles ont compris surtout que toute activité politique est interdite dans le camp. Les responsables civils et militaires ont réfuté l’existence d’armes ou d’infiltration de terroristes dans le camp. Toutes les entrées et sorties des réfugiés sont enregistrées.
À l’entrée du camp, un petit plateau est transformé en gare routière d’où partent les véhicules 4x4 chargés de passagers et de marchandises. Les réfugiés commercent et partagent le marché local avec les commerçants de la région.  Le camp est immense. Une immensité couverte de tentes qu’il est impossible de parcourir en une seule journée. Les ONG, passage obligatoire, sont en week-end, nous dit-on. Pourtant, le coordinateur de l’ONU pour ces ONG, le Libanais Houig Etyemezian, affirme le soir travailler, mais fuit les questions.
Il le prouvera le lendemain en exigeant, par le biais de la responsable HCR du centre de santé du camp, une autorisation pour y accéder. On ne savait pas le HCR si bureaucratisé. On pouvait cependant photographier en cachette ces poubelles remplies de déchets médicaux, de seringues, de pochettes de sérum, de boîtes de médicaments utilisés et jetés dans “ce n’importe où”. Le second centre mis en place par la Mauritanie était grand ouvert devant la mission de l’UFL !

L’espoir IBK
La délégation des représentants des réfugiés a déjà pris place dans un espace prévu pour les rencontres. Pour le coordinateur du camp, Mohamed Ag Malha, le grand défi à relever est la sécurité malienne. Réfugié depuis 2012, il affirme souvent oublier les uniformes des gendarmes en charge de la sécurité du camp tant la sécurité est “parfaite”. Outre la crainte des représailles une fois de retour au Mali, ce notable s’oppose au bilan de l’opération Serval qui dit en avoir fini avec les groupes terroristes.
“Nous ne partageons pas cette idée. Nous n’avons pas vu de morts”, dit-il. Évidemment, la majorité préfère rester dans le camp en attendant de “voir”, en attendant le retour de la paix. Ancien élu municipal, Amalou Salah Ould Mohamed évoque le fait inédit qui est le vote des réfugiés à la présidentielle malienne. “On était de bonne foi. C’est un président légitime que nous avons”, a-t-il déclaré tout en reconnaissant que le fond du problème est entre les fils du Mali. Il émet à l’occasion quelques propositions politiques comme un nouveau découpage administratif, la création de nouvelles régions pour insuffler plus de démocratie dans le pays. Mais, dit-il, malgré la sincérité et la bonne volonté du nouveau président, I. B. Keita, sa démarche est entravée par ceux qui ne veulent pas la paix. Il avoue à la fin “être fatigué de cette situation de vie en va-et-vient entre le Mali et les refuges”. Représentante des femmes du camp de M’Berae, Maya Ould Mouhamadoun souhaite une accélération des négociations entre Bamako et les rebelles. Elle évoque, par ailleurs, avec une pointe d’émotion, la situation des enfants et des jeunes scolarisés qui ont déjà perdu 2 ans de leurs cursus. Une vingtaine de bacheliers attendent des bourses pour poursuivre leurs études. Manque aussi dans la couverture sanitaire, a-t-elle relevé, en mettant en exergue les différentes pathologies qui ont affecté plusieurs réfugiés, notamment les enfants.
Comme les autres représentants, elle a dénoncé le contenu du panier distribué mensuellement par le HCR qui ne tient pas compte des habitudes alimentaires des réfugiés. Une population nomade dont l’alimentation est composée essentiellement de lait et de viande. “Ils nous donnent des petits pois que nous ne mangeons jamais. Alors nous les donnons aux chèvres”, raconte Ould Mohamed.
L’Unicef a installé des écoles primaires dans des tentes où des enfants ont repris l’école depuis une semaine, selon un enseignant. On trouve deux catégories d’élèves. Une première avec des enfants âgés entre 5 et 15 ans et une autre avec des enfants plus âgés. Hamou Ag Ibrahim, enseignant de français, a expliqué cela par le fait que certains élèves n’ont jamais été à l’école de leur vie. D’où leur intégration en première année. L’infrastructure est sommaire et pas commode, et les élèves manquent de tout. Certains ont juste un cahier Unicef et un stylo ou un crayon. Les enseignants ont demandé à ce qu’on vienne en aide aux élèves en leur offrant des trousseaux scolaires. Ils réclament aussi des encouragements, notamment en matière de salaire, et l’enseignement (contenu) malien.

D. B.