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A la une / Reportage

Pr Mohamed Tazir, chef du laboratoire de microbiologie au CHU Mustapha à “Liberté”

“La Méditerranée est la mer la plus polluée au monde”

© D. R.

Dans cette interview, le professeur Tazir, chef du laboratoire de microbiologie au CHU Mustapha-Pacha et ancien directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie évoque les risques de contracter des maladies infectieuses après baignade dans les plans d’eau douce, potentiellement pollués.

Liberté : Quels sont les risques sur la santé, liés à une eau de baignade de mauvaise qualité ?
Professeur Tazir : Les eaux de baignade de mauvaise qualité sont à l’origine de nombreuses pathologies infectieuses de gravité variable, mais qui peuvent s’avérer sévères. Rappelez-vous l’épidémie de conjonctivite, qui a sévi en 2003 ou 2004. Elle était due à un entérovirus qui a contaminé beaucoup de baigneurs dans les plages de la région d’Alger. Le virus s’est  propagé par le contact des mains, embrassades, ustensiles non décontaminés correctement... Les gens peuvent être victimes de gastroentérites virales ou bactériennes. Le contact avec des  pathogènes, au-delà d'une certaine concentration présente dans les eaux de baignade, peut entraîner des pathologies de la sphère oto-rhino-laryngologique, de l'appareil digestif (gastro-entérite) ou des yeux. La baignade en eau polluée augmente le risque d'apparition de troubles de santé. Ce risque dépend du niveau de contamination de l'eau par des germes pathogènes, mais aussi de l'état de santé du baigneur lui-même et de ses pratiques (lorsque cette eau polluée est avalée ou lors des fausse routes dans les bronches, selon aussi la durée de la baignade, immersion de la tête, etc.).

Quels sont exactement les agents pathogènes et est-ce que leur effet sur la santé peut être définitif ?
En plus des germes pathogènes déjà cités, entérobactérie et entérovirus sont surtout largement présents dans les eaux usées non traitées qui se déversent directement dans la mer. Les effets sur la santé ne sont bien sûr pas définitifs sauf exceptionnellement chez des personnes déjà fragilisées par une affection chronique sérieuse. Des infections de la peau peuvent également être observées. Il peut y avoir d’autres germes dangereux pour la santé comme par exemple de nombreuses espèces de leptospires. Celles-ci sont présentes dans l'environnement, mais toutes ne sont pas pathogènes. Les espèces responsables de  maladies sont des bactéries (leptospires) portées par certains animaux infectés qui les rejettent par leurs urines. Les leptospires sont présents dans les eaux douces et les berges boueuses. Beaucoup de mammifères sauvages ou domestiques, principalement les rongeurs, (rats, bétail, chiens, ...) peuvent être infectés et constituent les principaux disséminateurs de leptospires. La leptospirose est une maladie infectieuse se présentant sous différentes formes. L’une d’entre elles est une fièvre ictéro-hémorragique traduisant une atteinte du foie et des reins. L'évolution de la leptospirose est habituellement favorable moyennant l’emploi d’un traitement antibiotique adapté. Toutefois, les formes graves nécessitent une prise en charge hospitalière et peuvent conduire dans des cas exceptionnels au décès. À l'origine, la leptospirose était surtout connue comme la maladie professionnelle des égoutiers. Elle touche aussi les professions en contact avec les animaux infectés (éleveurs, agriculteurs, vétérinaires, personnels des abattoirs). Cela concerne surtout les eaux douces et stagnantes, les berges des oueds. Mais il faut dire concernant cette maladie que le pourtour méditerranéen est peu concerné, bien que la Méditerranée soit la mer la plus polluée au monde.

En votre qualité de spécialiste en microbiologie, comment évaluez-vous la qualité de l'eau ?
Dans l’eau de mer, il existe une certaine autoépuration des rejets, caractéristique de la dispersion des rejets des courants marins, mais cela est loin d’être suffisant face à la concentration urbaine phénoménale et au déversement massif des eaux usées non traitées. La qualité des eaux de baignade doit être surveillée et évaluée de façon régulière, surtout pendant la période estivale, par des laboratoires spécialisés et un personnel technique compétent (les laboratoires de la wilaya-Urbal- ou de l’Institut Pasteur).
Il ne faut pas oublier qu’en dehors des germes bactériens, viraux et parasites, il y a aussi le déversement de produits chimiques plus ou moins toxiques qui constituent un très grave danger pour les baigneurs.

Près de 300 plages sont interdites à la baignade, sans compter les barrages, les oueds... Pensez vous que les risques sont sous-estimés par les services sanitaires ?
Aujourd’hui, je ne pense pas que les risques soient sous-estimés.
Je crois que contrairement aux années passées, les autorités ont pris conscience de la gravité du problème.  C’est surtout l’énorme retard  dans la mise en place des moyens en infrastructures de dépollution et   en personnel formé qui pose problème. Il faudrait construire des dizaines de stations d’épuration le long de toute la côte. Il ne faudrait plus qu’une seule goutte d’eau usée soit déversée directement en mer. Il ne faut pas oublier les villes de l’intérieur où les lits des oueds sont devenus de vastes égouts à ciel ouvert, lits de parasites de toutes espèces, vecteurs de graves maladies. L’équipement en stations d’épuration de ces agglomérations de l’intérieur, améliorera certainement la santé des populations environnante et pourra produire de l’eau recyclée pour le développement de l’agriculture.
Pour revenir aux eaux de baignade, il est utile de rappeler quelques conseils simples aux amateurs du bord de l’eau, il faut donc : éviter de se baigner en dehors des zones définies par les autorités locales et sanitaires qui font l'objet d'un contrôle sanitaire, en particulier près des points de rejets ; respecter les interdictions qui pourraient être prononcées en cours de saison par les gestionnaires ou les services de contrôle locaux et éviter de se baigner après des orages violents susceptibles d'avoir conduit à des rejets non maîtrisés.
Il faut s’informer auprès des autorités locales (quand cela est possible) sur la qualité de l'eau (les analyses doivent être affichées à proximité du site de baignade, ce qui est rarement le cas) et se renseigner sur les sources de pollution potentielle qui existent à proximité (nature du rejet, emplacement).

 


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