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Pollution à COLLO

La plaine de Taleza menacée

©D. R.

Aujourd’hui, cette plaine, qui regorge d’eau de par sa nappe phréatique, est menacée par les eaux usées, et ce, en l’absence d’un réseau d’assainissement, la multiplication de fosses septiques et par… Oued Cherka.
La plaine de Taleza, un véritable grenier de produits agricoles, alimente presque tout l’Est algérien en produits maraîchers. Une partie de cette plaine relevant de la commune de Collo est estimée à 350 hectares. L’autre partie, tout aussi importante et qui relève de la commune de Kerkera, est également utilisée dans la culture des produits maraîchers particulièrement sous serres. Au nord, il y a ce qu’on appelle la plage de Taleza et son extension sur celle de Ben Zouit, une plage longue de 6 km de sable fin. Elle renferme aussi une importante zone d’extension touristique (ZET) où sont érigés des centres de vacances, mais aussi une importante assiette devant abriter les projets d’investissement touristiques. Aujourd’hui, cette plaine, qui regorge d’eau de par sa nappe phréatique, est menacée par les eaux usées, et ce, en l’absence d’un réseau d’assainissement, la multiplication de fosses septiques et par… Oued Cherka. Le problème s’est accentué depuis la réalisation de logements sociaux au niveau de ce site en dépit de sa classification zone d’expansion touristique. Des logements qui n’ont été dotés que d’un petit bassin de décantation presque régulièrement débordé et, donc, polluant aussi cette terre. L’extension urbaine depuis une vingtaine d’années ne cesse de dégrader l’état de ce site à double vocation agricole et touristique. Le problème sera beaucoup plus crucial avec l’affectation des nouveaux logements sociaux construits sur ce site mais aussi après l’attribution d’un millier d’autres logements construits en amont de l’oued, pas loin de la plaine. Seuls des bassins de décantation sont prévus pour collecter les eaux usées.

Une Step qui tarde à voir le jour
Le chef de la daïra de Collo, M. Mourad Haddada, qui nous a reçus dans son bureau, minimise la gravité de la situation et le danger qui menace la plus importante nappe phréatique de la wilaya. Sachant que les agriculteurs ne trouvent aucune peine à puiser de l’eau à moins de deux mètres de profondeur. Notre interlocuteur évoque aussi la réalisation d’une Step, une
station de traitement des eaux polluées, pour épargner la nappe phréatique des rejets nuisibles. Le projet sera inscrit, selon lui, sur le programme PCD. Mais cette station Step, qui reste le seul rempart de protection de la nappe phréatique mais aussi pour la concrétisation de projets touristiques, tarde à voir le jour. En effet, une première tentative de réalisation de cette Step, au début des années 2000, a été infructueuse suite à l’opposition physique des habitants de la bourgade de Hadjria, limitrophe de Taleza. Depuis, cette région est abandonnée à son sort et le reflux des eaux usées au niveau des habitations, notamment pendant la saison hivernale, n’en finit pas. Les habitants subissent à chaque intempérie des inondations importantes, notamment lorsque l’Oued Cherka, qui traverse cette plaine, déborde, comme ce fut le cas au mois de décembre passé. Aussi, on voit mal des investisseurs sérieux, de par les importants projets touristiques inscrits dans le cahier des charges, venir construire. En fait, le site touristique de Taleza abrite l’une des plus belles et des plus grandes plages d’Algérie. Une partie de ce site est classée zone d’expansion touristique (ZET), et donc appelée à devenir un pôle touristique en raison des projets qui y sont inscrits, à l’exemple des centres de vacances et de détente ainsi que des hôtels. Mais outre la Step, des stations d’épurement ou de relevage sont aussi impératives pour lever définitivement la menace qui pèse sur cette importante nappe phréatique qui alimentait toute la région de Collo en eau potable avant la réalisation du barrage de Béni Zid. L’autre facteur qui complique encore plus la situation est la réalisation d’une route bordant le littoral avec une mauvaise étude de placement des buses de drainage des eaux sous un pont et qui refoulent les eaux de pluies, causant des inondations des vergers et aussi des habitations. Pire, Oued Cherka, censé collecter les eaux pluviales et aussi l’eau que déversent les nombreuses sources qu’abrite une partie du massif de Collo sur un trajet de 10 km. Mais ces dernières finissent leur course sur la plage de Taleza. Pourtant, cet oued était, dans un passé récent, très poissonneux. Il faisait vivre non seulement des familles mais il était aussi considéré comme un lieu de prédilection pour les pêcheurs en eau douce. Aujourd’hui, il est devenu un réceptacle des eaux usées et de divers rejets d’ordures ménagères, des huiles usagées, des gravats et divers déchets de béton émanant de trois communes. En sus, les intempéries du mois de décembre dernier ont non seulement causé d’importants dégâts aux vergers des agriculteurs de Taleza, mais ont aussi pollué ces terres devenues impropres à la culture pour plusieurs années.

Le camp de toile de la discorde
Pour le malheur de ces cultivateurs qui occupent ces terres depuis 1962, mais sans titre de propriété, ils ne peuvent prétendre à un dédommagement de l’État pour la perte de la volaille et d’importantes récoltes de produits maraîchers lors des catastrophes naturelles. Et comme le malheur ne vient jamais seul, une partie des terres cultivables de la rive Est de ce oued a été affectée à un particulier
pour la réalisation d’un camp de toile dans le cadre de la relance de l’investissement touristique. Ce projet empiète sur leurs terres cultivées. L’investisseur, lui, n’a pas trouvé mieux que de terrasser le véritable lit de l’oued au niveau de l’embouchure qui donne sur la mer pour viabiliser le camp et installer les tentes. Les eaux se trouvent, dès lors, sans issue de part et d’autre du pont, causant ainsi une remontée inquiétante des eaux polluées d’Oued Cherka. Nous nous sommes rendus sur les lieux où nous avons rencontré un agriculteur, Ahmed D., et son frère. Nos interlocuteurs exploitent une parcelle jouxtant le camp de toile que leur père a acquis en 1972 à l’époque de la révolution agraire, mais ils ne disposent que d’une déclaration de résidence avec une désignation d’une parcelle agricole à exploiter.
Aujourd’hui, leur terre est menacée par l’extension du camp de toile. L’eau bloquée par la fermeture de l’embouchure commence déjà à gagner les terres des deux frères agriculteurs qui subissent déjà des dégâts avec le dépérissement des arbres et de certaines cultures. Sur le site, en effet, on constate la remontée des eaux polluées qui arrivent au niveau du sol et les terres agricoles vont être submergées d’ici peu. La situation sera certainement dramatique au prochain orage qui va causer incontestablement d’énormes dégâts aux cultures, mais pas seulement. L’avenir de ces agriculteurs se retrouve également menacé. Pour Ahmed D., la réalisation de ce camp de toile insignifiant sur une berge d’un oued qui subit les agressions du remblai et les méfaits de la stagnation des eaux ne vaut pas les pertes qu’il va engendrer en matière de production agricole. Aussi, la population d’Ouled Maazouz, qui occupe ces terres, n’entend pas baisser les bras face à cette menace qui va spolier indéniablement leur source de vie.

La serriculture, une autre source de pollution
Outre les fosses septiques et les déchets divers qui représentent un danger imminent pour la nappe phréatique, une autre inquiétude nous a été soulevée par ammi Ali, un militant de la sauvegarde de la nature, et qui concerne le pompage abusif de l’eau de cette plaine pour les besoins des agriculteurs et particulièrement ceux s’adonnant à la serriculture. La proximité de cette plaine avec la mer risque de provoquer la remontée des eaux de mer et, partant, l’ensellement de l’eau de la nappe phréatique, ce qui conduira la population à vivre la situation des wilayas de Jijel et Oran durant les années 80. Cet état de fait lui a été révélé suite à une étude de terrain effectuée par des experts qui étaient pessimistes quant à l’avenir de cette plaine et de la richesse dont elle regorge. On recense plus d’une centaine de forages qui puisent l’eau de cette nappe phréatique pour les besoins de la culture sous serres. Les pesticides et les engrais, très utilisés dans ce genre de culture, s’infiltrent sous terre et risquent de devenir un véritable danger de pollution pour cette nappe phréatique.

Reportage réalisé par : Abderahmane Boukarine