Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Reportage

20 ans après la révolution de 1989

la Pologne, ou l’exemple d’une transition réussie

Quelle visage offre la Pologne d’aujourd’hui, vingt-trois ans après la Révolution de 1989 ? De toutes les ex-républiques de l’Est, satellites de l’ex-Union soviétique, le pays de Lech Valesa, un héros aujourd’hui à la retraite, est celui qui a le mieux réussi sa transition démocratique.

Si bien que Marek Ostrowski, chef du bureau international de l’hebdomadaire Polititika, rencontré par une délégation de journalistes algériens, hésite à choisir entre “succes story”  et “miracle polonais”.
Signe de cette réussite : ce taux de croissance de plus de 4% pour l’année 2011, au moment la quasi-totalité des pays de l’Union européenne sont en proie à une crise économique systémique. Varsovie, la capitale, vit une mue architecturale avec des  tours en verre, symbole du capitale triomphant, qui font de l’ombre aux bâtiments "style stalinien", masses de bêton lugubres noircies par la patine du temps.
Les vieux châteaux de la Pologne royale sont restaurés à l’original, comme pour réaffirmer la profondeur historique du pays et dans le même temps circonscrire sur l’échelle du temps la parenthèse communiste de 1945 à 1989. Des enseignes internationales comme Mc do, Quick, Auchan, Carrefour, symbole du mode de consommation à l’occidentale, jalonnent les grandes avenues de Varsovie,  où croiser une vieille Lada soviétique devient presque un fait insolite au milieu des grandes marques comme Renault, Peugeot, Mecédès, Volkswagen, Opel.
La mise à niveau est telle que le visiteur d’un jour aura du mal à trouver des différances entre les villes de Varsovie et Cracovie et leurs homologues en France, en Allemagne où en Italie. Il faut vraiment sortir dans la campagne pour tomber sur les vieilles babouchka, qui rappellent l’époque du communisme.
C’est dire à quel point les Polonais de 2010, les jeunes en particuliers, désirent tourner cette page pour s’affirmer, se voir, se sentir pleinement ancrés dans l’Union européenne, comme l’explique Malgorzata Bonikowska, directrice d’un think tank. Cette bonne santé économique, tirée au départ de la transition par de gros investissements étrangers, notamment allemands, français et américains, dans le segment de la PME/PMI, s’est accompagnée d’une liberté de pensée sans précédent.

Liberté du marché,  liberté de pensée
Aujourd’hui en Pologne, think tank à l’américaine, fondations animées par des universitaires et experts de hauts niveau se multiplient.
Leur but : éclairer les décideurs politiques et économiques. “On a la vocation d’aider les dirigeants à prendre des décisions politiques, avoir une perspective”, confie encore Malgorzata Bonikowska, qui dirige un des think tank les plus courus sur la place de Varsovie. Il organise des conférences, des rencontres avec des chefs d’entreprise (12 000 ont bénéficié de ses prestations), il édite une revue trimestrielle et des numéros spéciaux consacrés au management, au leadership. “On fait beaucoup de choses en Europe, car la Pologne veut se redéployer et retrouver sa palce dans cet espace”, ajoute encore cette universitaire entre deux âges, revenue pour mettre au service de son pays son know how acquis sur les bancs des plus prestigieuses universités américaines. La Fondation Stefan Batory, dont l’existence remonte à l’époque communiste, a su opérer sa mue en se mettant aux standards de la libre pensée.
Aujourd’hui, ses travaux de réflexion, centrés sur des thématiques, comme la promotion de la démocratie, le libre marché, la bonne gouvernance, la transparence, font école. Le Pr Alexandre Smolar, son président, qui chapote une équipe d’universitaires, insiste lui aussi sur l’apport de sa fondation pour baliser le chemin de la réflexion politique, qui n’est plus du seul ressort des politiques, comme au temps du communisme.
Petit bémol cependant : le nerf de la guerre commence à manquer. “C’est une grande fondation pour la Pologne, mais  aujourd’hui nos fonds sont moins importants. Nos pourvoyeurs de fonds, les Américains, considèrent maintenant que cette fondation doit se prendre en charge ou se faire aider par des Européens ; malheureusement les entreprises qui existent chez nous n’ont pas cette culture d’aider”, regrette le Pr Alexandre Smolar.
Le nouveau visage de la Pologne post-communiste se voit aussi à travers l’ouverture de l’audiovisuel. Le Bouquet privé Polsat en est une preuve vivante avec sa tour en verre de plusieurs étages à la périphérie de Varsovie.
Boguslaw Chrabota, lui aussi, est  revenu des lointaines Amériques pour mettre son expérience au service de son pays dans ce domaine. Il est actuellement directeur de la section journalisme. “En 1990, j’avais acquis l’expérience aux USA, j’étais le seul à avoir une expérience dans ce domaine. Il y a vingt ans, j’avais l’opportunité  de participer à la création de cette chaîne (Polsat), j’étais dans tous les postes (management, gestion) ; et maintenant que la boîte est bien structurée, je suis revenu au journalisme”, savoure ce journaliste spécialiste du Moyen-Orient et auteur de plusieurs livres , dont un est consacré au “carrefour des civilisation” pour contrecarrer la thèse du philosophe américain Huntington sur “le choc des civilisations”.
Ces quelques secteurs, pris au hasard des rencontres organisées à l’attention de la délégation de journalistes algériens, donne la mesure de la révolution tranquille opérée en 1989 en Pologne.
Mais derrière ce changement, il y avait un contexte régional et il y avait surtout des hommes, comme le rappelle E. Nathanski, ex-ambassadeur de Pologne en Égypte, qui manie la langue d’El-Mutanabbi avec un accent slave. Pour cet ambassadeur, qui ne tarit pas d’anecdotes sur Kadhafi (à qui il avait servi de traducteur lors de sa visite en Pologne),  Moubarak résume les ressorts de la révolution de 1989.
Trois hommes : Gorbatchev avec sa politique de Glasnost et Perestroïka, qui avait compris que l’ordre issu de Yalta était bien fini. Lech Valesa, le tumultueux mineur des chantiers de Gdansk, aujourd’hui à la retraite, et surtout l’autre enfant du pays, Carol Voytilla, archevêque de Cracovie, élu pape Jean paul ll en 1978. Selon cet ancien ambassadeur, ces trois hommes étaient les catalyseurs de ce basculement historique de la Pologne.
Mais des trois, c’est incontestablement Jean Paul II qui imprègne l’imaginaire de la Pologne post-communiste. Cet homme de religion est l’objet d’un immense  culte dans son pays. Ses statuts trônent partout. Ses portraits ornent des vitrines. Ses objets personnels sont des reliques. Il est même devenu un objet de marchandising à travers les menus souvenirs proposés aux touristes.

Quelle coopération avec l’Algérie
Quid des relations avec l’Algérie ? Les Polonais connaissent mieux le Maroc et la Tunisie, deux destinations touristiques low cost prisées par les touristes venus de la Vistule. De l’Algérie, ils ont une vision plutôt figée qui remonte aux années 90. Époque où les trois syllabes "al gé rie" rimaient avec violence terroriste. Une vision décalée. Mais les Polonais sont disposés à mettre leur expérience de transition politique au service de l’Algérie. “On peut aider pour le changement du système au niveau des lois, de l’administration, le marché libre, le développement du secteur privé”, pense Malgorzata Bonikowska, qui admet néanmoins que le modèle polonais n’est pas forcément extensible à d’autres pays, qui ont leurs propres expériences historiques.L’amitié historique entre l’Algérie et la Pologne, remontant à l’époque communiste, peut aujourd’hui servir de tremplin pour la relance de la coopération bilatérale, estime pour sa part Milowit Kunski, président du centre de la pensée politique. “Il y a beaucoup de choses à faire, les sociétés polonaises peuvent participer dans le bâtiment, la construction des routes, le secteur de l’hydraulique, la maîtrise de l’avancée du desert”, dit-il en expliquant que son pays veut aussi avoir sa part du marché algérien. La coopération pourrait être envisagée aussi au niveau universitaire.
D’autant plus faisable que de nombreux universitaires polonais avaient enseigné dans les années 70/80 à Boumerdès, Bab-Ezzouar, à l’université d’Annaba. Mais en attendant une hypothétique concrétisation de cette coopération, les intellectuels polonais se posent tous une qestion sur l’Algérie : pourquoi n’est-elle pas touchée par le vent dévastateur du "Printemps arabe" ? Notre collègue Mohamed Baghali, rédacteur en chef d’El-Khabar, dans une remarquable conférence devant les étudiants de l’institut des études orientales de l’université de Varsovie, énumérera les raisons historiques, politiques et socioéconomiques qui fondent “la spécificité de l’Algérie”.


O. O.