Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Reportage

Dans l’ex-“zone interdite” d’Ouled Gacem (Zbarbar)

La vie reprend ses droits, doucement mais sûrement…

La région de Ouled Gacem offre des paysages paradisiaques. ©Ramdane Bourahla/Liberté

Les habitants d’Ouled Gacem (commune de Zbarbar, daïra Lakhdaria, à 78 km au nord-ouest de Bouira) vivent dans une précarité extrême.

En effet, cette petite bourgade d’à peine 3 500 âmes, selon les statistiques de 2015, perchée sur les hauteurs de Zbarbar et frontalière avec la wilaya de Médéa, à une altitude de 1 015 m, peine à revivre. Pour s’y rendre, il faudrait emprunter l’escarpé chemin de wilaya (CW) 1, tout en prenant le soin d’aborder délicatement les multiples virages constituant cette route sinueuse. Avant d’arriver à Ouled Gacem, il faut d’abord dépasser la commune de Mâala, puis celle de Zbarbar et ensuite bifurquer à gauche, en prenant la route qui mène vers la commune de Tablat (Médéa). Une fois sur place, on se rend très vite compte de la gravité de la situation dans laquelle “vivotent” les villageois de cette bourgade reculée et complètement enclavée. Et pour cause, ce hameau semble figé à une époque qu’on croyait révolue, ou du moins qui tire à sa fin. Une époque où les gens font leurs commissions à dos d’âne faute de routes ou de pistes carrossables. Une époque où les femmes font leur lessive sur les rives d’un ruisseau, faute d’eau courante… Cette localité donne l’impression que l’horloge du progrès et du développement s’est arrêtée. Ces conditions de vie, qui semblent remonter aux archives de l’Algérie coloniale, ou bien des archétypes des villages kabyles d’antan sont hélas l’insupportable quotidien des citoyens d’Ouled Gacem. Certains d’entre nous verraient “le cachet” de la Kabylie profonde ou bien la sauvegarde d’un mode de vie ancestral. Cependant, la population de ce village voit les choses différemment, à savoir un isolement total de leur localité et une léthargie sans fin.
 
“Seul Dieu peut pardonner…”

Le villageois d’Ouled Gacem, à l’instar des autres bourgs de la région, semblent se remettre doucement, mais sûrement, du traumatisme des années de feu et de sang. Zbarbar, Guerrouma ou Mâala étaient une dizaine d’années en arrière des “zones interdites”, où les sanguinaires du GIA et du GSPC régnaient en maîtres absolus sur les lieux. Ces “fous de Dieu” avaient instauré une sorte “d’émirat” dans ces massifs boisés où la terreur et les massacres étaient le lot quotidien des populations. Certains villageois rencontrés, à l’image de Bachir Djeffal, se remémorent, non sans une certaine douleur, cette période et ses séquelles indélébiles. “Après la mort de notre fils, dans une embuscade près de la commune de Tablat, dans la wilaya de Médéa, en 1997, nous fûmes à notre tour menacés de mort, et j'ai été victime d'un kidnapping dont je me suis échappé par je ne sais quel miracle”, a-t-il témoigné, le regard hagard. Pour d’autres, à l’exemple de Hlima, la soixantaine bien entamée, “seul Dieu peut pardonner” les criminels qui ont décimé son village, lors d’une chaude soirée de juillet 1996. “Les terroristes ont débarqué en pleine nuit, ils m’ont demandé où était mon mari (…) ensuite ils sont repartis, et une heure plus tard ils sont revenus et ont entamé leur massacre. C’était une nuit épouvantable. J’ai perdu mes deux petits-enfants et mon fils aîné”, a-t-elle raconté, en essayant de retenir ses larmes. Ces témoignages glaçants ne sont qu’un infime échantillon des souffrances qu’ont endurées les villageois d’Ouled Gacem pendant plus de dix ans. Toutefois et malgré cette sinistre période, les habitants réapprennent et reprennent goût à la vie. Aujourd’hui, cette localité renoue avec la vie malgré les insuffisances relevées plus haut. Toutefois, cette paisible localité recèle d’énormes potentialités qui peuvent briser les chaînes de cette précarité présumée sans fin.

Des terres arables… laissées en jachère
L’un des nombreux atouts de cette localité est sans conteste l’agriculture, précisément l’arboriculture. En effet, à l’instar des autres localités de la daïra de Lakhdaria, Ouled Gacem offre des terres fertiles extrêmement propices à la culture des agrumes, oranges, mandarines, citrons, double fine, thomson, clémentines… D’ailleurs, c’est à cette activité que s’adonne la quasi-majorité de la population. À ce propos, un agriculteur de la région notera que “le Bon Dieu nous a donné une terre riche et fertile, qui, pour un minimum de travail, nous offre des récoltes très significatives. Je vous laisse imaginer qu’est-ce que ça serait si tous les moyens humains et financiers étaient mis en œuvre. Un véritable paradis terrestre”. Avant de regretter “l’abandon” par les autorités locales de cette richesse. “Notre village ne demande qu’à prospérer. Néanmoins, pour ce faire, il est impératif que les autorités locales mettent la main à la poche et décident une fois pour toutes d’investir dans la région. Car cette terre a besoin d’être irriguée, travaillée, afin qu’elle puisse livrer ses richesses…”, dira-t-il, convaincu. Et de conclure : “Que l’État se décide à nous donner le coup de pouce nécessaire, et vous verrez le résultat.” Ce témoignage reflète bien la capacité de cette localité à se surpasser en matière de production d’agrumes et autres arbres fruitiers.

L’artisanat, un atout sous-exploité
L’autre facteur économique qui pourrait tirer cette localité de sa torpeur est l’artisanat. Cette activité, indissociable à la région et à sa culture, semble avoir été complètement délaissée par la population. Pourtant, ce segment économique est quasi vital pour la renaissance de cette localité. Et il vit pourtant toujours dans les chaumières… À l’image de cette poterie modelée à la main, qui est le plus souvent d’un usage domestique et par là même possède un caractère utilitaire (plats à galettes et à couscous, pots à eau ou à sauce, marmite, cruches à eau, à huile, à vinaigre, à graisse, pots à miel, à semoule et à beurre, lampes, etc.). Ces “trésors” restent méconnus du grand public, du fait que ni les citoyens, encore moins les autorités locales ne daignent s’y intéresser, comme l’expliquera El-Hadj Ahmed, un artisan de la région : “Certes on n’a pas fait de grandes études, d’ailleurs pour ma part, je n’ai jamais mis les pieds à l’école, malgré cela nos mains peuvent réaliser de véritables prodiges. Je me rappelle d’un temps où je façonnais la terre glaise à ma guise, afin d’en faire des cruches et autres pots pour les touristes… Eh oui, il y en avait. Je me rappelle bien avoir marchandé avec des Français, des Suisses et même des Allemands.” Avant d’ajouter : “Notre village ne paie pas de mine de prime abord, je vous l’accorde. Toutefois, il suffirait de peu pour qu’il dévoile toutes ses richesses et que la population se retrousse les manches… Et ce ‘peu’ ne peut venir que des autorités locales.”


Malgré la difficulté du terrain, la vie est fort agréable. ©Ramdane Bourahla/Liberté

Le tourisme “otage” du mur de la peur
Outre l’agriculture et l’artisanat, cette localité présente des paysages grandioses, qui peuvent relancer un tourisme moribond. En effet, la nature s’est donnée à cœur joie : végétation luxuriante, vue imprenable sur les monts de Lala Boussad et le barrage de Koudiet Acerdoune ; et bordée par le col des Deux Bassins, relevant de la wilaya de Médéa. Cette beauté et féerie à l’état brut pourraient aisément donner naissance à un tourisme florissant… Pourtant, il n’en est rien. La raison est simple : l’insécurité… Cependant, et selon les villageois, les “résidus” de groupes terroristes ont été exterminés par l’armée lors de l’offensive de mai 2015. “Nous n’avons plus de terrorisme ici”, attestent-ils. D’ailleurs, lors de notre virée sur les lieux, rares étaient les convois de l’ANP à sillonner la région.
Certes, des postes de surveillance demeurent installés, mais aucun acte majeur n’a été signalé. En tout état de cause, et à la lumière de ce qui a été relaté, Ouled Gacem possède les moyens nécessaires qui peuvent la faire sortir de sa longue agonie. Et faire oublier son cauchemar. Cependant, l’on déplore l’attitude passive et l’immobilisme des autorités. Une attitude qui a provoqué récemment “la révolte” de la population, qui a pris pour cible le siège de l’APC de Zbarbar, pour le non-raccordement de leur village aux réseaux de gaz de ville et d’AEP, le manque d’un centre de soins et aussi l’insalubrité et la misère qui font la loi dans ce petit hameau.

R. B.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER