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A la une / Reportage

LES VACANCES S’ACHÈVENT

L’affluence était-elle au rendez-vous à Béjaïa ?

Les plages de Béjaïa ont été envahies par les estivants. ©D. R.

C’est bientôt la rentrée scolaire, prévue cette année le 4 septembre prochain. Il ne reste donc aux familles, venues de l’intérieur du pays, que quelques jours pour profiter de la plage et de veiller jusqu’à des heures tardives de la nuit.

Sur les routes de Béjaïa, on continue à croiser des véhicules, immatriculés des quatre coins du pays. Mais il est vrai que l’on est loin du grand rush, atteint il y a quelques semaines.
On en profitera pour faire, d’une part, le point sur cette saison estivale, que d’aucuns avaient qualifié de particulière et, de l’autre, de s’interroger, si véritablement, il y a eu moins d'affluence que les années précédentes. Et si oui, quelles en seraient les véritables raisons ?
Pour le simple citoyen, les plages béjaouies ont été littéralement envahies par des estivants, venus de toutes les régions d’Algérie. Preuve de cette affluence : les bouchons qu’il y a aux Quatre-Chemins à l’entrée de Béjaïa pour aller sur la côte est (Tichy, Aokas, Souk El-Tenine et Melbou) et à Amriou pour rejoindre la côte ouest (Boulimat, Saket, etc.). Il faut s’armer de patience avant d’atteindre les plages.
Et ceux qui en souffrent le plus, ce sont notamment les habitants des villages de l’arrière-pays béjaoui, obligés de faire avec ces bouchons interminables alors qu’ils doivent se rendre au travail. Abdenour, qui travaille dans une pharmacie d’officine, appréhende de prendre la route dans les deux sens : “Il faut mettre entre 30 et 40 minutes pour faire 7 kilomètres depuis Aamriou y compris en soirée et je ne quitte la pharmacie que vers 21h.” Forcément, il fait partie des gens qui ne croient pas à une baisse d’affluence cette année. Du moins, elle n’est pas perceptible pour lui. Les routes sont encombrées en direction de la côte ouest.
Abdelhafid, qui doit venir chaque jour du cap Aokas, n’en pense pas moins qu’Abdenour. Après avoir consommé son mois de congé, entre juillet et août, il avait appréhendé, lui aussi, la reprise. Il n’ignore rien du calvaire de la route ; cette fois-ci du côté est de Béjaïa. Il faut des heures pour atteindre le chef-lieu de wilaya. Et il essaie de rentrer en milieu d’après-midi pour éviter les bouchons, interminables, aux Quatre-Chemins, à l’entrée de Tichy et d’Aokas. “Ceux qui habitent les autres stations balnéaires ou les communes de l’arrière-pays sont bien sûr logés à la même enseigne”, s’empressera-t-il de préciser.
Autre indice : les prix des fruits et légumes mais aussi des viandes, rouges et blanches, des poissons ont littéralement explosé — quoique ceux de la sardine et de l’anchois soient devenus relativement abordables par rapport aux mois précédents. Beaucoup de commerçants, explique-t-on, profitent de la saison estivale et de l’arrivée, jugée ou prétendue massive, d’estivants de tout le pays, pour augmenter exagérément leurs prix. Ce qui fait de Béjaïa l’une des wilayas les plus chères du pays avant même la capitale.
Une cherté observée, par ailleurs, dans les tarifs pratiqués par les bailleurs de bungalows, de villas et d’appartements. Conséquences : une baisse de la fréquentation sur une longue période. “Les estivants étaient contraints, a expliqué un agent immobilier, de réduire leur séjour : une semaine au lieu de deux ; 10 nuitées au lieu de 20, etc. La crise n’est pas en reste bien évidemment, mais je pencherai plutôt sur les tarifs pratiqués.” L’agent immobilier, qui active à Tichy, les juge excessifs. “La preuve, précisera-t-il, quand ils ont vu que le chiffre d’affaires de leur activité, non déclarée, risquait de baisser, ils se sont empressés de revoir à la baisse leurs tarifs.”
Les pouvoirs publics devraient intervenir pour organiser sérieusement cette activité. Et ce sera une source de revenus aux collectivités locales, qui ne bénéficient en rien de la présence, souvent importante, d’estivants, qui choisissent Béjaïa comme destination de choix. “Pourquoi pas ne pas répertorier les propriétaires de ces bungalows, villas et appartements, et arrêter avec la Fédération nationale des agences immobilières les prix à pratiquer en haute saison et en basse saison, à l’instar de ce qui se fait à l’étranger ? Ce n’est pas sorcier”, a déclaré, avec instance, l’agent immobilier.
Le problème, a indiqué son confrère de Souk El-Tenine, est ce que l’État perd dans cette histoire. L’argent, expliquera-t-il, va directement de la poche du locataire dans celle du bailleur.
La transaction n’est pas déclarée auprès d’un notaire, lequel aurait officialisé et authentifié l’acte, payé le service enregistrement en fonction du montant déclaré et de la durée du séjour. Et sur ses honoraires, le notaire aurait payé la TVA et un timbre fiscal.


La côte béjaouie compte beaucoup de sites paradisiaques. ©D. R.

Pourquoi alors ne pas réglementer une activité, qui aurait renfloué les caisses de l’État et permis en même temps à la direction du tourisme de connaître les disponibilités en matière d’accueil.
C’est ce qui se fait avec les établissements hôteliers et autres sites d’accueil.
Autres mécontents de la saison estivale, inattendus il faut le dire, ce sont précisément les gérants d’hôtel. L’un d’eux est allé jusqu’à saisir les médias et les agences de tourisme, qui ne savent pas, selon lui, “vendre la destination Algérie”, en premier lieu aux Algériens. Pour lui, “dire que les prix des hôtels dans tel ou tel pays sont attractifs et plus bas que ceux pratiqués dans notre pays n’est que pure affabulation.
Qu’a-t-il de laid ce merveilleux pays ? Il est plus beau que ces pays qui ne vendent que du soleil en hiver tels que la Floride, Cuba… Dieu ne les a pas gâtés, seule la main de l’homme a apporté quelques aménagements que certains admirent sans raison”. Il s’est rappelé, non sans nostalgie, ces touristes russes, polonais, yougoslaves, notamment, qui séjournaient à l’hôtel Hammadites ; ils se baignaient en hiver, face aux montagnes pittoresques et enneigées. C’est vous dire que les Algériens n’apprécient pas à sa juste valeur un pays qui est naturellement un produit touristique.
Nous avons interrogé un directeur d’une agence de tourisme et de voyages, qui a pignon sur rue à Béjaïa-Ville, sur les raisons qui font que les Algériens, ceux qui ont les moyens bien sûr, préfèrent partir passer leurs vacances à l’étranger, en Tunisie notamment ; la Turquie est momentanément boudée par les touristes, qui sont par définition craintifs. Sa réponse est sans appel : “Comment voulez-vous vendre le produit Algérie quand le prix, pratiqué localement, équivaut à celui des tour-opérateurs tunisiens, puisque vous avez cité la Tunisie ?”
On aimerait bien faire du réceptif, affirmera-t-il. “C’est notre raison d’être. On exerce ce métier par amour. Mais il faut créer les conditions et tout le monde doit jouer le jeu. Ce qui n’est pas le cas”, déplorera-t-il. “Prenons le cas de Béjaïa, on a attendu le début de la saison estivale pour lancer des projets tous azimuts. Vous n’avez pas remarqué que toutes les routes du chef-lieu de wilaya font l’objet de travaux ? Ce sont des désagréments pour les estivants. On ne peut pas faire du tourisme dans ces conditions. Il faut savoir ce que l’on veut.”
Et concernant le cri de détresse lancé par les gérants d’hôtel qui sont dans les stations balnéaires, plus particulièrement, un retraité de la restauration dans un hôtel urbain a rétorqué que ces gérants d’hôtels exigent du client des offres en demi-pension. “Pourquoi exiger du client qu’il mange chez vous ? Il loue déjà une chambre à un prix relativement cher, pour être gentil. Et il faut  l’obliger  en  plus à consommer ? Si la restauration est bonne, le client mangera chez vous à condition bien sûr de ne pas exagérer en matière de prix. J’irai plus loin, ils mettent des khaïmas où des cacahuètes sont vendues à 150 ou 200 DA. Mais c’est quoi ça je vous en prie ?”
Il ne faut bien sûr ne pas mettre tout le monde dans le même sac, mais c’est l’amère vérité, a fini par avouer le directeur de l’agence de tourisme et de voyages, qui a voulu éluder la question avant que son ami ne pointe du doigt le problème.
Il a évoqué notamment le problème d’absence de qualification ; ce qui se répercute négativement sur le métier, qui a besoin d’un coup de balai, selon ses propres mots. “Ce n’est pas bien de se défoncer sur les agences de tourisme et de voyages, il faudrait d’abord que l’on balaie devant sa porte. Et je m’adresse à tous les acteurs directement concernés.” Il a fini par appeler à la tenue des états généraux sur le secteur du tourisme, qui gagnerait à être la véritable locomotive de l’économie algérienne.

M. Ouyougoute


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