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A la une / Reportage

FAUT-IL INTERDIRE OU TOLÉRER L’ARRIVÉE DES ETRANGERS DANS L’HEXAGONE ?

L’enjeu de l’immigration dans la course à l’Élysée

Emanuel Macron, candidat à l'élection présidentielle de 2017. © D.R.

La plupart des candidats développent un discours approximatif à ce sujet. Leur objectif : gagner les voix d’un électorat de plus en plus xénophobe.

La présidente du Front National a beau traiter son rival d’En Marche d’immigrationniste. Mais Emanuel Macron n’est pas du tout un partisan de la venue massive des étrangers en France. Dans son programme électoral, il se dit plutôt favorable à “une immigration des connaissances” qui cible les individus qualifiés. “Des actions complémentaires peuvent être menées, sans reprise générale de l’immigration professionnelle”, propose par ailleurs l’ancien ministre de l’économie en évoquant entre autres l’allègement des procédures d’obtention des visas “talents”, destinés aux créateurs d’entreprises, aux universitaires et aux artistes ainsi que la simplification des modalités d’accès au travail pour tous les étudiants détenteurs de master en France. Sur la question des réfugiés, le candidat se montre humaniste tout en estimant que “l’Union Européenne ne peut pas accueillir sur son sol tous ceux qui sont en quête d’une vie meilleure.”  
En regardant de plus près, on peut donc remarquer qu’Emmanuel Macron n’est pas très diffèrent dans le discours de ses concurrents, y compris de Marine Le Pen qui propose de descendre à un solde migratoire de 10 000 personnes par an (contre 200 000 aujourd’hui). Sur certains sujets, la responsable frontiste semble même avoir fait des progrès. Sans renoncer à quelques propositions extrêmes comme la suppression du droit de sol ainsi que l’aide médicale d’État (AME) pour les individus en situation irrégulière, elle promet de négocier l’application d’autres chapitres de son programme sur l’immigration avec le peuple en les soumettant, si elle est élue, à un vote référendaire. Elle a annoncé par exemple vouloir engager une consultation sur les conditions d’accès des étrangers à la nationalité française mais aussi aux régimes de protection sociale. “C’est aux français et à eux seuls de dire à quelles conditions par exemple de cotisations préalables, de garanties de l’État dont ils sont ressortissants, de nouveaux arrivants peuvent bénéficier de prestations sociales, à quel niveau et comment”, a fait savoir, ces derniers jours, la fille de Jean-Marie  Le Pen dans un meeting électoral.
En plaidant pour des mesures consensuelles, la candidate entend d’abord et surtout ratisser large, dépasser le cercle restreint des partisans du FN et convaincre les plus réfractaires à ses idées. Pour de nombreux spécialistes, sa démarche entre de la cadre de la politique de dédiabolisation du parti, entamée depuis quelques années déjà. Mais cela ne réussit pas toujours. Car dans le fond, les idées de Marine Le Pen concernant les immigrés n’ont pas beaucoup changé. “Je veux interdire l’immigration et je l’assume”, a-t-elle clamé devant ses concurrents lors d’un débat télévisé. Pour faire vendre sa proposition, elle n’hésite pas à manipuler les chiffres, quitte à se voir constamment contredite. Selon la candidate, les étrangers ont un accès prioritaire aux logements sociaux. Les statistiques montrent de leur côté que 80% de ces habitations reviennent aux français de naissance.
Elle affirme par ailleurs que de plus en plus de personnes arrivent en France. Or officiellement, l’immigration est restée stable depuis plusieurs décennies.
François Fillon, lui aussi, joue avec les chiffres afin de faire valider auprès des électeurs son programme migratoire. Il joue aussi avec les peurs des français en proposant à ceux qui ont honte de voter Marine Le Pen des idées tout aussi extrêmes dans un emballage républicain. Au cours d’un meeting organisé fin janvier sur les terres du FN, à Nice, il a notamment promis de réduire au minimum l’immigration et de contrôler drastiquement les procédures d’octroi du droit d’asile. En guise de solution, le candidat de droite n’a pas cherché loin. Il a exhumé une vieille recette que l’ancien président Nicolas Sarkosy, dont il était le Premier ministre, n’a pas réussi à mettre en application. Dans la pratique, Fillon veut soumettre l’immigration légale à la fixation chaque année par le Parlement de quotas en fonction des besoins économiques de la France et de ses capacités d’intégration. Il entend aussi durcir la procédure qui autorise le regroupement familial, en faisant sa propre interprétation de la convention européenne des droits de l’Homme.
Pourtant ce traité est clair. Ses clauses se basent sur le respect des droits humains les plus élémentaires comme le droit de vie en famille. C’est d’ailleurs sur cette base que le candidat du parti socialiste à l’Élysée a articulé ses propositions en faveur d’une politique migratoire “plus généreuse de la France”. Benoît Hamon défend surtout la cause des demandeurs d’asile, estimant que la France a le devoir d’accueillir les réfugiés et de tout faire pour faciliter leur insertion.
Au sujet de l’immigration économique en revanche, les propos de l’ex-ministre de l’Éducation de François Hollande restent plus vagues. Ce qui ne l’empêche pas de s’en prendre à son rival du Parti de gauche, Jean-Luc Mélechon, lui reprochant de céder à la tentation populiste en reniant ses engagements en faveur des étrangers.
Dans le fond, Hamon n’a pas tout à fait tort. Le revirement de Mélenchon est bien visible. Celui qui disait lors de la campagne présidentielle de 2012 que “l’immigration n’est pas un problème” estime aujourd’hui qu’elle “constitue une souffrance pour celui qui part”. Bien qu’il reste favorable à la régularisation des travailleurs sans papiers, le candidat estime néanmoins que l’action de la France comme celle des autres pays développés est d’aider les moins nantis à prospérer et vivre en paix afin de ne pas pousser leurs populations sur les chemins de l’exil.  

Les idées reçues sur les étrangers
Le livre Avec l’immigration de François Heran tombe comme un cheveu dans la soupe électorale. L’ancien directeur de l’Institut national des études démographiques (Ined) y donne une leçon aux politiques et spécialement aux candidats à la présidentielle qui ont élaboré des propositions sur l’immigration, uniquement sur la base de leurs croyances ou de leurs fantasmes. Un triptyque “mesurer, débattre, agir”, éclaire le titre de l’ouvrage qui questionne la faisabilité des promesses électorales à ce sujet. François Heran, qui a à de nombreuses reprises, par le passé, déconstruit les idées reçues sur l’immigration, épingle les prétendants à l’Élysée qui désirent réduire l’immigration pour sauver les emplois des Français. Il rappelle à ce sujet que 10% seulement des 200 000 personnes qui arrivent annuellement en France le sont au titre de l’immigration du travail. “Dans le dossier migratoire, c’est la science sociale qui ramène les politiques au principe de la réalité, alors que ceux-ci commencent souvent par vendre du rêve avant de courir désespérément derrière les chiffres”, écrit-il notamment. En décembre 2016, l’Ined a mené une étude dont les conclusions représentent aussi un démenti aux discours sensationnalistes qui se sont développés au cours de la crise des migrants syriens.
L’enquête a permis de montrer que l’Europe n’est pas la première terre d’accueil des réfugiés et que ces derniers ne sont pas tous pauvres et illettrés.
Cela a d’ailleurs été le cas des  intellectuels algériens qui ont fui leur pays vers la France dans les années 90. Concernant précisément l’Hexagone, les statistiques détenues par les services migratoires, préfectoraux et sociaux sont éloquentes. La France accueille beaucoup moins d’étrangers que ses voisins.
Les immigrés sont plus susceptibles de percevoir des aides sociales uniquement parce qu’ils sont supérieurement touchés par le chômage. Pour autant, ils ne constituent pas une charge pour le système de protection sociale car ils représentent une population jeune, avec proportionnellement peu de retraités. Enfin, il a été démontré que la réduction de l’immigration ne résoudra pas le chômage en France car les principaux secteurs où sont employés les étrangers (bâtiment et restauration) sont boudés par les locaux en raison de leur pénibilité.


S. L-K.


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