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A la une / Reportage

Ils sont 100 000 à y avoir passé les fêtes de fin d’année

Les Algériens retrouvent “leur” Tunisie

An I de la révolution du Jasmin. La Tunisie a changé de régime mais sa convalescence, chaotique dans les premiers mois, est au centre de tous les regards arabes et des espérances démocratiques pour lesquels l’exemple tunisien est celui à suivre. Pour peu que le pays s’en sorte. Pour peu que la page du chaos soit définitivement tournée. Déchirée. De la Médina au fameux ministère de l’Intérieur, le boulevard Habib-Bourguiba, le Champs-Élysées tunisien.


Trois symboles d’une Tunisie qui s’agrippe à son tourisme, principal bailleur de fonds d’une économie exsangue, en espérant en finir définitivement avec les derniers bastions d’un système policier ostentatoire. Les vieux réflexes ont la peau dure mais pas seulement puisque la Tunisie, au sortir d’une saison touristique qualifiée de “fiasco”, doit également composer avec un nouveau gouvernement “vert” qui, vu de l’extérieur, fait planer un doute sur un redémarrage d’un secteur dont l’actuel souci est de fournir des garanties et une visibilité de son plan de charge. Un besoin vital pour essayer de recapitaliser un vécu touristique riche et de redonner confiance à une clientèle échaudée par des lendemains révolutionnaires, le moins que l’on puisse dire, incertains. Retour en arrière.   Accueillant en moyenne sept millions de touristes par an, dont deux millions de Libyens, plus d’un million d’Algériens et plus de quatre millions d’Européens, dont 1,4 million de Français, la Tunisie a vu fondre ses entrées en devises fortes sous le soleil d’une insécurité ambiante “exagérée” et a enregistré, en 2011, “la pire saison touristique de son histoire”, selon Mehdi Haouas, l’ex-ministre du Tourisme dans le gouvernement provisoire de Beji Caïd Essebsi. Ainsi, les événements de Libye et des rumeurs sur l’insécurité seront la principale raison qui ont freiné les touristes algériens, attendus en grand nombre, pour booster un été moribond. Plus de 130 établissements hôteliers ont mis la clé sous le paillasson et environ 2 000 salariés du secteur ont été licenciés au 10 juin dernier. Dans son édition du 6 juillet, l’hebdomadaire indépendant tunisien Réalités, dans sa version électronique, revient sur cette désaffection, perçue presque comme une “traîtrise” de la part des Algériens.
Considérés comme l’un des contingents les plus importants de touristes étrangers, les Algériens, quelque 1,2 million par an, sont également classés parmi les touristes les plus dépensiers. Selon des rapports tunisiens, le touriste algérien laisse derrière lui pas moins de 500 dollars par semaine, ce qui fait de lui un vecteur de revenu important en devises. Cet intérêt soudain pour l’Algérien trouve son essence dans la régression du tourisme à cause de la crise financière mondiale, et se cristallise par le changement de conduite aux frontières puisque les touristes algériens sont, depuis quelques années, chaleureusement accueillis avec la facilitation de l’accès et du contrôle qui ne prend plus trop de temps. En 2009, le nombre de touristes algériens est revu à la hausse avec 85% d’entre eux qui prennent la route notamment le passage de Oum Atouboul qui enregistre une affluence de  6 000 Algériens par jour.
Les chiffres révèlent également que la Tunisie est un pays de passage pour 65% des Algériens qui voyagent vers l’étranger. En marge de la 12e édition du Salon international du tourisme et des voyages d'Algérie (Sitev), Habib Ammar, le DG de l’Office national du tourisme tunisien, qui avait fait le déplacement en Algérie, a reconnu que le nombre de touristes maghrébins et européens en Tunisie a beaucoup baissé et a rappelé que le ministère a mis en place une stratégie à même de les drainer à nouveau. Il annoncera, par la même occasion, que 700 000 dinars tunisiens seront consacrés à l’organisation de campagnes promotionnelles en Algérie afin de stimuler la demande sur la Tunisie.

Un été pourri
L’objectif avoué était de séduire les Algériens et les convaincre de passer leurs vacances sous le ciel tunisien.
Un but qui n’a pas été possible de réaliser, à cause d’une contre-campagne orchestrée par certains journaux algériens qui tentent de ternir l’image de la destination, selon la lecture que fait la journaliste de Réalités. Une extrapolation puisée des articles parus dans des journaux algériens, fin juin, sur de prétendues agressions de touristes algériens sur le sol tunisien et l’enlèvement, à Sousse, d’une touriste algérienne en voyage de noces avec son époux. Selon une source sécuritaire autorisée auprès du district de la sûreté de la région de Sousse, citée dans l’article de presse en question, “la rumeur véhiculée dans les médias autour de l’enlèvement, à Sousse, d’une touriste algérienne en voyage de noces avec son époux, est dépourvue de tout fondement”. Quelque sept mois plus tard, c’est Wahid Ben Youssef, commissaire régional au tourisme de Sousse, l’une des destinations prisées par les touristes algériens, qui nous affirme que cet enlèvement n’est que pure rumeur.
Il revient sur un été catastrophique qui a enregistré 30% de moins d’entrées et un manque à gagner de 40% par rapport aux années précédentes, indiquant que 2012 sera encore difficile pour le secteur et que l’année prochaine sera celle de la véritable relance. L’un des principaux baromètres d’un retour à la normale est à chercher dans les vacances scolaires de mars même si les réservations n’incitent pas à un optimisme béat. “On s’est préparé pour recevoir les touristes algériens, libyens et européens pour mars et les mesures sécuritaires ont été prises au gouvernorat de la région”, souligne M. Ben Youssef, qui ne cache toujours pas sa surprise devant la désaffection des touristes algériens.
“On s’attendait à voir les Algériens à partir de fin juin sur les zones classiques, Nabeul Hammamet, Sousse, Tunis et Tabarka qui accueillent quelque 80% de touristes pendant l’été”, dira-t-il encore, tout en confirmant les difficultés rencontrées après la révolution du 14 Janvier. La Tunisie post-révolutionnaire n’a pour autre choix économique que de s’appuyer sur un secteur qui emploie le 1/5e de la population active locale pour ne pas compromettre son indépendance et la nomination d’un ministre de tutelle issu d’Ettakatol, Elyès Fakhfakh, 39 ans, sonne comme un gage de bonne volonté du gouvernement Jebali de ne pas interférer dans le secteur. Pour Bassem Ouertani, commissaire régional au tourisme de Yasmine Hammamet, le nouveau gouvernement n’a pas intêrét à toucher au tourisme et les islamistes doivent laisser les professionnels travailler pour l’intérêt du pays. Pour lui, ce qui s’est passé l’été dernier n’a pas de lien direct avec la révolution mais découle de plusieurs problèmes conjoncturels avec en toile de fond l’offensive turque qui s’est attaquée aux marchés traditionnels tunisiens. “La Turquie a tout pris, travaillant en étroite relation avec la Turkish Airlines”, expliquera-t-il. L’âge du parc hôtelier est lui aussi mis en avant pour justifier les chiffres de 2011 rejoignant ainsi les critiques se rapportant notamment à la qualité des prestations, à l'environnement et au produit lui-même qui se doit d'être en phase avec les attentes et les motivations des marchés touristiques.
Et afin d’arrêter l’hémorragie, les Tunisiens s’adossent sur une infrastructure hôtelière performante, des investissements étrangers, une qualité de service professionnelle et des managers jeunes à qui ont fait confiance. Ils ont également opté pour des opérations de charme pour réexporter l’image d’Épinal de la Tunisie à travers le monde. Le voyage de presse programmé par la représentation en Algérie de l’Office national du tourisme tunisien entre dans cette optique et pour Hassouna Chakroun, le représentant adjoint à Oran, le choix de l’Ouest algérien n’est pas fortuit puisqu’il s’agit de promouvoir une destination davantage acquise aux populations à l’est et au centre de l’Algérie. L’objectif avoué de ce circuit “informatif” est de dire aux Algériens que tout va bien en Tunisie et que la sécurité est revenue.
Le message est presque parvenu avec les cent mille touristes algériens qui ont passé les fêtes de fin d’année sur le sol tunisien. De cette Tunisie, on gardera finalement l’image d’un pays qui se remet doucement d’une révolution tout en offrant le visage serein d’une destination de rêve où tout est dédié au tourisme sous toutes ses formes.


S. O.