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A la une / Reportage

1er Salon International sur le bâti dans les Aurès

Les balcons de Ghouffi : un patrimoine, un atout touristique

Premier atelier international organisé à l’auberge de jeunesse de Ghouffi à Batna. © D.R

Après douze jours de travaux sur le terrain, sous un soleil de plomb, la séance plénière de cet atelier international a permis aux organisateurs de dégager un premier bilan encourageant.

Les travaux du premier atelier international, consacré par l’association Les amis du Médracen au patrimoine bâti dit traditionnel dans les Aurès, se sont clôturés avec succès à l’auberge de jeunesse de Ghouffi (wilaya de Batna). L’idée de la tenue de cet atelier international du 14 au 25 juillet 2017 avait germé en 2016, lorsque l’association avait décidé, en plus de son créneau initial concentré au mausolée numide le Médracen, de s’intéresser de plus près au nouvel objectif de la promotion du patrimoine bâti des Aurès à l’étranger. Les expositions organisées par l’association en Andalousie (Espagne), plus précisément à l’école d’architecture catholique de Murcia (avril 2017) puis à l’école d’architecture de Barcelone (mai 2017), ont provoqué l’impact souhaité. C’est l’Institut euroméditerranéen qui a suggéré le déplacement du 15 juin au 31 juillet à la grande librairie de Barcelone. Un intérêt grandiose a été suscité par ces deux événements à un tel niveau international.
Ce succès fut en fait le déclencheur d’une passion de passer désormais aux choses sérieuses à l’intérieur du pays. D’où l’idée de lancer ce premier atelier international consacré au bâti traditionnel dans les Aurès grâce à un encadrement étranger de haut niveau et une participation d’universitaires doctorants des universités de Batna et Biskra. Le thème majeur adopté par l’association Les amis du Médracen était “Aurès : patrimoine, mémoire et résistance”.
 
Le dépaysement, un atout touristique

Ce premier atelier international qui vient de se tenir à Ghouffi, lieu naturel et touristique connu dans le monde entier, a été destiné essentiellement à des doctorants algériens, espagnols et italiens de la filière architecture. Il a été enregistré quatre-vingt-dix demandes de participation pour seulement dix places ouvertes. Les groupes de travail ont été constitués en fonction de trois thèmes d’action, à savoir analyse du territoire, analyse urbaine et recherches dans l’origine de création des villages pittoresques des Aurès et enfin inventaire et relevés architecturaux du bâti. Ainsi, après douze jours de travaux sur le terrain sous un soleil de plomb, la séance plénière de cet atelier international a permis aux organisateurs de dégager un premier bilan encourageant. Nawal Dahmani, du monde de la culture, a évoqué “une amorce effective du projet”. La locomotive a ainsi mis le train en marche. Un Italien s’est réjoui pour sa part que l’association ait pu réussir à poser la première pierre d’une mission de longue haleine.
Le travail d’investigation sur le terrain a appréhendé par la voie de la méthodologie et des outils techniques de recherches architecturales le milieu, sujet de l’étude. Mais l’Italien a prévenu ses collègues de cet atelier : “Ce n’est pas en une dizaine de jours ou plus qu’on accouche d’une expertise exhaustive.” N’empêche qu’un passionnant travail guidé par la rigueur scientifique a été réalisé. Il servira à clarifier cette ambition légitime et bien ciblée du projet de projeter l’idéal de redonner vie à d’anciennes structures sociales du terroir dites traditionnelles dans l’environnement du fameux balcon de Ghouffi comme meilleur support au tourisme international. En effet, en 1972 à Biskra, lors de la fête du printemps avec courses hippiques et fantasia, des touristes d'Angleterre et d’Allemagne nous avaient déclaré qu’ils ne venaient pas en Algérie pour ses hôtels qui sont en dessous de la gamme des hôtels européens, mais plutôt pour rechercher le dépaysement comme passer des vacances dans des demeures anciennes, des tentes, comme celles des nomades, etc. La notion de “greniers collectifs de vivres” que les doctorants ont approché concrètement sur le terrain les a renseignés sur certains anciens mode de vie de la population locale.
Dans le fond, et loin de prétendre vouloir ressusciter ce passé lointain et assurément révolu, l’association Les amis du Médracen œuvre à dépoussiérer des vestiges des Aurès qui, à des périodes diverses de l’histoire des Berbères Chaouis, ont reposé sur le génie d’adaptation aux conditions de vie difficiles dans les zones montagneuses. Les doctorants algériens et étrangers ont reconnu aux anciens habitants des Aurès leur capacité d’appropriation adéquate des espaces offerts par la nature pour mieux organiser leur vie collective et leur défense commune face aux dangers externes. C’est le caractère typologique propre aux Chaouis qui est ici mis en relief, et les Aurès pour un éminent historien français, en l’occurrence feu Charles Robert Ageron, c’est “Bled El-Baroud”. Azzedine Guerfi, président de l’association
Les amis du Médracen, trouve génial que des agriculteurs-éleveurs aient pu créer par eux-mêmes les conditions d’une stabilisation collective. Plus que percer des secrets de cet héritage d’une localité de la vaste Algérie, la démarche lancée par cette association se veut révélatrice des marques profondes de l’identité berbère et séculaire de la région des Aurès. Du coup, on passe au questionnement de cause à effet : quelle réhabilitation appropriée et utile du patrimoine des ancêtres berbères ? Maisons anciennes en toub, villages, zaouïa et greniers collectifs ?
 Il est vrai que les anciens centres traditionnels de populations des Aurès n’ont jamais bénéficié à ce jour d’une protection des traces anciennes, soit sous forme de recherches, de restauration et/ou de sauvegarde. Par absence de volonté sans doute des pouvoirs publics et aussi de connaissances et de savoir quant aux vallées, en pleins massifs forestiers des Aurès, d’Oued Labiod (Ighzar Amellal) en état de pollution très avancée (qui est à sec ces derniers temps), et de Menâa.
De mémoire de vieux routier du journalisme, nous nous souvenons avoir eu vent d’une démarche du FLN – au temps de sa gouvernance par Chérif Messâadia et du mouhafadh Saïd Bouhadja – de l’intérêt plutôt porté sur la recherche d’anciens plans sur les anciens conflits entre tribus berbères des Aurès.
La rareté de données objectives et de travaux sérieux et approfondis sur le patrimoine des Aurès – à l’exception de certains auteurs ou chercheurs français et/ou de certains chargés de mission des milieux colonialistes – a créé un vide abject auquel il faut sans doute ajouter l’absence d’une élite capable de mener la région vers sa réelle émancipation et sa modernité.
 
L’appui de “Tajmaât n’Ghouffi”

Par conséquent, l’association Les amis du Médracen peut se targuer d’avoir enfin mis sur les rails la réflexion et l’investigation de terrain, toutes deux confiées à des spécialistes et encadrées par des personnalités du savoir de l’étranger. “Nous avons fait un pas en avant mais il y a encore beaucoup plus de questionnements que de réponses”, a souligné un des encadreurs de ce premier atelier international. Du côté de Mme Christiane Benhassine, de l’association ASPO d’Alger, “ce premier acte de l’atelier a généré énormément de satisfaction et il conviendrait seulement de poursuivre le travail à l’avenir.” “On ne doit pas tourner le dos à une si belle région de l’Algérie”, a souhaité Christine, dont le regretté mari Benhassine est de cette région (Khengat Sidi Nadji).
L’architecte de Khenchela, installé à Alger et ancien président de l’associattion Aurès-ElKahina, Bachir Aguerrabi, estime qu’il s’agira surtout de casser le cloisonnement des Aurès comme condition primordiale d’un début de véritable émancipation des populations des Aurès qui ont longtemps vécu sous les affres du colonialisme et qui ont ainsi été maintenues dans un stade attardé à tous les points de vue. Il est à signaler que l’association Les amis du Médracen a pris soin de sensibiliser les notables de Ghouffi aux objectifs de l’atelier visant à réhabiliter et à valoriser des atouts de leur localité pour une vie meilleure.
Deux représentants des notables ont pris part à la séance plénière où l’un d’eux a pris la parole pour exprimer la totale adhésion des notables de la contrée aux actions que l’association mène ou compte mener à l’avenir pour atteindre les objectifs tracés.


A. B.

 


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