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A la une / Reportage

Marc Hecker, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri)

“Les facteurs de la radicalisation sont complexes”

© D.R.

Selon lui le background socio-culturel des candidats au djihad issus de l’immigration n’est pas un facteur déterminant dans le recrutement des djihadistes.

Liberté : De plus en plus de Français empruntent le chemin du djihad en Syrie et en Irak. Pourquoi ce phénomène prend-il une aussi grande ampleur ?
Marc Hecker : En juillet 2014, 556 Français avaient rejoint des groupes djihadistes en Syrie ou en Irak. En juillet 2015, ce chiffre était passé à 910. Ce n’est pas la première fois que la France est confrontée au départ de ses ressortissants vers une terre de djihad mais le phénomène prend cette fois une ampleur inédite. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer : perte de repères de la jeunesse dans une France en crise, nombreux appels au djihad relayés sur Internet, efficacité de la propagande de Daech, facilité d’entrer en contact avec des recruteurs via les réseaux sociaux, proximité de la Syrie, etc.

Les candidats au djihad en France sont majoritairement issus de l’immigration. Leur background socio-culturel est-il un élément déterminant dans leur radicalisation ?
Les jeunes qui partent faire le djihad ne viennent pas forcément de familles issues de l’immigration. La proportion de convertis serait ainsi supérieure à 20%. Ces convertis ont un point commun avec les jeunes djihadistes issus de l’immigration : ils connaissent mal l’islam et se font manipuler par les recruteurs de Daech ou d’Al Qaïda. Les facteurs de la radicalisation sont complexes et ne peuvent être limités au seul background socio-culturel. Par exemple, plusieurs jeunes qui sont partis en Syrie ou en Irak avaient connu un traumatisme récent comme la mort d’un proche. Ils ont été recrutés dans un moment de vulnérabilité. D’autres ont un passé de délinquants et sont passés par la prison où ils ont pu faire de mauvaises rencontres.

Que pensez-vous des moyens mis en place par le gouvernement français pour lutter contre les tendances djihadistes au sein de sa population, surtout des jeunes issus de l’immigration ?
Le gouvernement français a lancé un plan de lutte contre la radicalisation en avril 2014. Un numéro vert a été mis en place pour permettre aux proches d’individus en voie de radicalisation de les signaler aux autorités. La campagne “Stop-djihadisme” a permis de faire connaître ce numéro vert. Une nouvelle loi antiterroriste a été adoptée en novembre 2014 qui permet notamment de retirer, sur décision administrative, les passeports et cartes d’identité d’individus suspectés de vouloir rejoindre un groupe djihadiste. Les moyens des services de renseignement ont été augmentés. Bref, l’arsenal sécuritaire ne cesse d’être renforcé mais il faut aussi trouver des moyens de renforcer le vivre-ensemble en France et de décrédibiliser les discours des radicaux.

Les actes terroristes en France impliquant des jeunes de l’immigration peuvent-ils conduire à une plus grande stigmatisation de la communauté musulmane et faire progresser le racisme à son égard ?
Le gouvernement et nombre de commentateurs ne cessent d’insister sur l’importance de ne pas faire d’amalgames et de bien différencier l’islam du djihadisme. L’extrême droite ne s’embarrasse pas de telles nuances et établit un lien entre l’immigration et la dégradation de la situation sécuritaire. Les djihadistes sont dans une logique de “choc des civilisations” et affirment être les seuls “vrais” musulmans. Il ne faut pas tomber dans le piège qu’ils nous tendent. Une exacerbation du racisme et des tensions communautaires pourrait nous entraîner dans un cercle vicieux. 

S. L-K.


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