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A la une / Reportage

Reportage

L’Inde, ce pays aux mille et une facettes

Un voyage d’études a été organisé au profit de 22 responsables de presse venant de 11 pays de la zone Mena. Un voyage qui fait découvrir plusieurs facettes de ce pays émergent, faisant partie des Brics. De la septième merveille du monde, le Taj Mahal, au centre de recherches du groupe Tata, d’un Bollywood à une population hospitalière, même dans la misère la plus extrême.

En ce matin du 12 janvier, New Delhi peine à se débarrasser du brouillard poisseux qui lui colle à la peau comme un sari autour d’un corps d’une rani. Sauf qu’à New Delhi, il n’y a pas de ranis, mais des centaines de pauvres qu’on voit du bus qui nous emmène à Agra, encore endormis sur les pelouses des places publiques, emmitouflés dans des couvertures, quand d’autres poussent à fond leur teuk-teuk jaune (sorte de triporteur qui sert de taxi pour les pauvres, pouvant transporter jusqu’à six personnes) en jouant à fond du klaxon, en slalomant dangereusement, en doublant à droite.
En Inde, on roule à gauche comme en Angleterre. C’est l’image qui est rapportée facilement par le touriste de passage. Mais l’Inde, cet immense pays aux mille et une facettes, a une histoire millénaire qui se fraie intelligemment et sans brusquer sa voie vers la modernité en se tournant résolument vers la recherche et le développement avec comme axes prioritaires les nouvelles technologies, la conquête de l’espace et surtout créer et booster une classe moyenne, indispensable locomotive pour l’économie. Avec comme crédo : satisfaire le marché national avant de se tourner résolument vers l’international. En quinze ans, cette politique commence à porter ses fruits si l’on se réfère aux analyses de la Fondation indienne pour les exportations (Ibef), créée en 2004, qui assiste 26 organismes d’exportation et près de 80% de PMI/PME. Cet essor aurait fait réagir un directeur de l’Exim Bank Américaine en avouant : “L’Inde grandit trop vite pour notre portefeuille.”
En effet, selon les prévisions de ce think tank, 120 millions de la population ont une moyenne d’âge de 24 ans et qu’en 2020, l’Inde sera le troisième pays où il y aura une classe moyenne après la Chine et les USA, mais il sera surtout le pays où il y aura le plus de chercheurs au monde. Le potentiel de consommation est évalué à 13 trillions de dollars à l’horizon 2020.
Les analystes avancent des arguments choc comme les compétences jeunes, véritable vivier en ébullition auquel s’ajoutera un marché de millions de consommateurs potentiels à qui on fera une offre à la mesure de leurs besoins.
En surfant sur la comparaison, cette ONG, proche du gouvernement, même si elle ne l’avoue pas directement, assène cette réalité. En 2000, seules cinq villes de ce grand pays intéressaient les investisseurs, aujourd’hui elles sont des centaines qui ont été préparées à densifier le secteur de la sous-traitance et à investir dans un personnel à même de répondre aux demandes des investisseurs et à proposer un climat d’affaires concurrentiel. Cet effet boule de neige a fait que des instituts et universités ont fleuri pour répondre plus à une demande réelle et effective qu’à un enseignement académique, que l’on sait obsolète. La raison est que chaque grand investissement engendre des centaines de petites et moyennes entreprises qui apportent chacune une pierre à l’édifice et une certaine autonomie des États, au nombre de 28. Il y a dix ans, cinq États étaient présents dans la fabrication de “parapluies”, aujourd’hui, 27 États sont dans les secteurs de la mécanique (production de véhicules), du téléphone mobile et d’électronique.
Comme exemple, le laboratoire pharmaceutique, Rambaxi, présent dans 43 pays, vend ses produits dans 120 États dont l’Algérie où le client est principalement la Pharmacie centrale pour les maladies infectieuses. Associé à un groupe japonais, ce laboratoire, qui entretient des relations d’affaires suivies avec des pays de la zone Mena, est spécialisé dans le médicament générique pour les maladies cardiovasculaires, les vaccins, la neurologie. Mais sa fierté est d’avoir réussi à fabriquer un médicament contre le paludisme. Une prise de trois à quatre jours est suffisante pour en être immunisé.
Mais de ces locomotives, il y a les turbines qui constituent l’exemple de la réussite du capital national dans ce pays, à l’exemple du groupe Tata, véritable fortune, mais aussi un des plus grands créateurs d’emplois avec ses 285 250 employés directs et des millions d’emplois indirects. Présent dans 46 pays, il affiche un chiffre d’affaires de cent milliards de dollars, soit près de 5% du PNB du pays. Le groupe de celui qu’on appelait “celui qui sait ce qui va se passer demain” est septième au Top 10 des plus grandes multinationales mondiales. Le groupe est dans la construction automobile. Chaque Indien roule en Tata : du triporteur au camion, en passant par la voiture à 2 500 dollars. Il est aussi dans les TIC, la chimie, l’aviation, les services…
À Hyderabad, situé à 1 600 km de la capitale, se trouve le centre de recherche et développement. Pour entrer dans cette forteresse, les visiteurs doivent présenter leur passeport pour avoir un badge, sésame pour franchir la barrière d’entrée jalousement gardée, où travaillent 25 000 chercheurs, chacun dans son domaine. Chaque année, le groupe prend en charge, sous forme de mécénat, cinq cents docteurs pour les assister à poursuivre leur recherche. La clé de la réussite se trouve peut-être dans cette philosophie indoue faite de persévérance et d’abnégation qui mène à la voie royale.
Ce qui est sûr, c’est que la transformation de la société est visible même si des mendiants en guenilles importunent le passant, mais c’est uniquement ce que l’œil de l’a priori voit.
À Hyderabad, dans l’État de l’Andhra Pradesh, on voit dès notre arrivée, après avoir visité New Delhi, que nous sommes à Sidi-Abdallah, aux portes d’Alger, dans 50 ans, si les idées de projets aboutissent. Toute proportion gardée.
La ville est plus propre et les constructions poussent comme des champignons, dans un modèle d’architecture moderne. Des balises annoncent l’arrivée du métro et du tramway.
Sur près de dix millions d’habitants, il y a deux millions de musulmans à majorité ourdoue.
Le sari traditionnel cohabite avec le hidjab.
Ici, la communauté musulmane est très active et présente sur le terrain de l’action caritative.
Siassiat, un quotidien d’information national, selon le fils du fondateur Ali Khan, malgré ses cinquante mille exemplaires jour, se présente beaucoup plus comme une filiale de solidarité pour la communauté que comme un titre d’information générale. Lors de notre visite, les responsables ont plus insisté sur la calligraphie ourdoue, les cours d’alphabétisation, l’effort fourni à mettre sur le marché du travail des jeunes musulmans que sur la ligne éditoriale. Ce qui rappelle un certain parti, Hamas, de feu Nahnah.
Pour soutenir cette stratégie, à hauteur d’homme qui consiste à mettre de façon méthodique les jalons d’un avenir industriel, des organisations sectorielles passent au scanner les besoins du pays et les opportunités d’investissement. C’est l’exemple de la Confédération indienne de l’industrie qui revendique 3 773 adhérents pour lesquels 246 experts sont mis à disposition. Présente avec 101 bureaux, dont 67 au niveau national et 7 bureaux à l’étranger, la confédération est devenue par la force de proposition un interlocuteur des décideurs de la question économique aussi bien au niveau national que régional.
Avec un taux de croissance de 5,1% prévu pour l’année 2014, un produit national brut par habitant de 3 944 $ pour un PNB de 25 billions de dollars alors qu’en 2000 il se situait à 1,8 billion, les analystes se montrent aussi satisfaits qu’optimistes en comparaison de l’environnement qui prévaut dans les autres nations industrialisées.
À tous ces chiffres qui annoncent la naissance d’une puissance économique, malheureusement le politique ne suit pas. Empêtrés dans le travail partisan et bridés par l’approche des élections législatives (la quinzième mandature depuis l’indépendance), le ministre des Affaires étrangères et celui du Commerce se sont contentés d’une phraséologie passe-partout qui a fait plaisir aux 22 responsables de presse venus de onze pays de la zone Mena. On ne refait pas un moule atrophié par la démagogie partisane.


O. A.