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A la une / Reportage

En quelques années, le pays est devenu une puissance exportatrice

Pologne : les leçons d’une transition pacifique

Slawmir Majman, président de l’Agence polonaise pour l'information et l'investissement étranger (Paiiiz). © D. R.

Sortie il y a 26 ans de la tutelle soviétique, la Pologne semble avoir réussi sa transition économique du communisme vers l’économie de marché. Au sein d’une Europe en crise, elle affiche d’excellents résultats. Voyage au cœur d’une expérience qui peut servir de modèle.  

“Bienvenue dans la partie optimiste de l’Europe.” Le président de l’Agence polonaise pour l'information et l'investissement étranger (Paiiiz), Slawmir Majman, rencontré par des journalistes algériens au siège de l’agence, ne cache pas sa satisfaction du chemin parcouru par son pays, 26 ans après la chute du communisme. “Nous réussissons un peu mieux que nos voisins depuis un certain temps. La Pologne est le seul pays européen qui, depuis 26 ans, n’a pas connu une seule année de décroissance du produit intérieur brut (PIB). Nous sommes uniques dans l’Union européenne”, s’enthousiasme Slawmir Majman. La Pologne a su résister aux crises mondiales et européennes qui se sont succédé depuis 2008. En effet, elle a été le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir connu la récession en 2009. Les années suivantes, le pays a enregistré une croissance soutenue, mais en raison de l’atonie prolongée de ses principaux partenaires européens, le rythme d’expansion du pays a faibli en 2012 et 2013.
Toutefois, l’économie polonaise a redémarré en 2014 avec un taux de croissance d’environ 3,4%. Selon l’Institut central des statistiques (GUS), l’équivalent de l’Insee en France, la croissance durant le 1er trimestre 2015 est évalué à 3,6%. “Elle pourrait se maintenir durant toute l’année”, estime-t-on au ministère polonais de l’Économie. Selon le président de la Paiiiz, la croissance polonaise est tirée par les investissements, les exportations nettes et la consommation interne. En quelques années, la Pologne est devenue une puissance exportatrice. “Dans l’histoire, la Pologne n’a jamais été une puissance exportatrice. Elle a réussi à le devenir au moment où l’Europe est en crise. La croissance moyenne des exportations est estimée à 9% par an”, relève le président de l’agence. Selon le ministère de l’Économie, les exportations polonaises ont triplé depuis 11 ans. L’année dernière, le pays a enregistré une croissance de 9,9% de flux d’investissement. Elle a occupé la troisième place en Europe, en matière de création d’emplois générés par les investissements, devançant l’Allemagne et la France.
En février 2015, la Paiiiz travaille sur 162 projets d’investissement potentiels, d’une valeur globale de 3 milliards de dollars, à même de générer 29 900 postes d’emploi. “L’Union européenne répète qu’il faut réindustrialiser l’Europe. Nous le faisons depuis 10 ans au moins”, indique Slawmir Majman. La Pologne rattrape les premières économies européennes. Elle est le premier fabriquant d’électroménager, de multimédia, de pièces de rechange automobiles et pour l’aéronautique. Depuis deux ans, la Pologne est également leader dans la production de produits agroalimentaires. Le succès de la politique économique polonaise repose notamment sur sa monnaie, le złoty, et le faible coût d’une main-d’œuvre qualifiée. Le coût du travail en Pologne est l'un des plus bas d'Europe, estimé à 7,50 euros l'heure en 2013. Elle est le cinquième pays le moins cher de l'UE, derrière la Bulgarie, la Roumanie, la
Lituanie et la Lettonie. Rien, cependant, n'aurait été possible sans les aides européennes.
69 milliards d'euros ont été injectés dans l’économie polonaise de 2007 à 2013.  82,5 milliards d'euros d’aides européennes sont programmés pour la période 2014-2020.

Le plan Balcerowicz ou la thérapie de choc
Comment expliquer ce “miracle polonais” ? De toutes les ex-Républiques de l’Est, satellites de l’ex-Union soviétique, le pays de Lech Walesa, un héros aujourd’hui à la retraite, est celui qui a le mieux réussi sa transition. Au-delà des négociations dites de “la table ronde”, en 1989, entre l’opposition rassemblée autour du syndicat libre Solidarité et le gouvernement, le président de la fondation Adam-Smith, Andrzej Sadwski, évoque deux changements systémiques, qui ont pesé sur la transformation de la Pologne : la loi sur la liberté de l’activité économique et la mise en place des collectivités territoriales, avec le transfert d’une partie des pouvoirs vers ces collectivités. La Pologne en 1989 était un pays en faillite, rappelle un journaliste, comme l’Algérie à l’époque. “Nous n’avions pas d’argent, dans le budget, pour payer la dette, les salaires. Nous étions incapables de couvrir les services de la dette étrangère. Nous étions dos au mur”, a-t-il indiqué. La Pologne a préféré “la thérapie de choc” au gradualisme.
Cette thérapie, acceptée par la population, a pris la forme du plan Balcerowicz, alors ministre des Finances. Bien que les lourdes conséquences sociales des réformes, vague de faillites des entreprises publiques, le chômage qui a augmenté de 0 à 25%, une hyperinflation de 800%… continuent d’être débattues jusqu’à aujourd’hui, la thérapie de choc de Leszek Balcerowicz a permis d’assainir l’économie polonaise et de restaurer les conditions de la croissance. Les performances réalisées sont d’autant plus remarquables que le système communiste avait laissé le pays dans une situation catastrophique sur le plan économique. “Après quelques années, l’économie a rebondi. Nous avons retrouvé assez rapidement une croissance. Nous avons maîtrisé l’inflation très rapidement. Plusieurs investisseurs sont venus en Pologne”, souligne le président de la fondation Adam-Smith. “En trois ans, 6 millions d’emplois ont été créés”, a indiqué Andrzej Sadwski. Des milliers de petites entreprises ont vu le jour. “Aujourd’hui, la Pologne s’est dotée d’un système très stable, d’une ressource humaine qualifiée. Le chômage est relativement bas. Le salaire moyen était de 20 à 30 dollars US, actuellement il est aux alentours de 1 000 dollars”, a-t-il affirmé, tirant un bilan positif des réformes engagées.
Cependant, le président de la fondation Adam-Smith critique “certaines mesures restrictives” prises par le gouvernement. “Ce qui constitue notre avantage, ce sont les ressources humaines. Ce capital humain travaille en Grande-Bretagne”, regrette Andrzej Sadwski, qualifiant le système fiscal polonais “de compliqué”. Selon un journaliste, 2 millions de Polonais travaillent en Grande-Bretagne et en Allemagne. La perspective d'un meilleur salaire avec un niveau de vie plus confortable séduit les jeunes Polonais. Le dernier scrutin présidentiel, qui a porté Andrzej Duda, candidat du parti Droit et Justice (PIS) à la présidence, a montré l’ampleur de la désillusion d’une grande partie de l’électorat polonais à l’égard du parti Plate-forme civique (PO), au pouvoir depuis presque huit ans. Les jeunes Polonais estiment que les fruits de la croissance sont inégalement répartis. Le temps du syndicat Solidarnosc n'est plus qu'un souvenir. La Pologne se place en cinquième position parmi les
30 pays de l’OCDE avec le plus bas taux d’adhésion aux syndicats. Seulement 14,6% des Polonais sont membres de syndicats.

Programme Go Africa : l’Algérie occupe une place centrale
La crise de la zone euro, destination de plus de 55% des exportations polonaises, a poussé les entreprises polonaises à regarder plus loin. “Nos entreprises ont vu qu’il y a d’autres marchés que l’Europe”, souligne le président de l’Agence polonaise pour l'information et l'investissement étranger, citant la Chine et l’Afrique. Il a donc été mis en place plusieurs programmes qui aident les entreprises polonaises à conquérir d’autres marchés, en dehors de l’Europe.
C’est le cas du programme Go Africa, qui encourage les entreprises polonaises à prendre pied sur les marchés africains. Les exportations de la Pologne vers l'Afrique, estimées à 4,5 milliards de dollars, ont augmenté de 22% en 2013 et de 17% en 2014. L’Algérie fait partie des marchés ciblés dans le cadre de ce programme. “L’Algérie occupe une place centrale dans ce programme”, affirme un responsable au ministère de l’Économie de la Pologne. Le ministère de l’Économie parle d’une dynamique croissante des échanges avec l’Afrique. L’Algérie est le deuxième partenaire de la Pologne derrière l’Afrique du Sud et troisième dans le monde arabe. Les exportations polonaises vers l’Algérie ont été multipliées par huit de 2004 à 2014. Les échanges de marchandises entre la Pologne et l’Algérie ont presque doublé en 2014. Les importations polonaises de l’Algérie ont également augmenté, mais elles restent marginales.
“Nous considérons que l’Algérie est toujours un partenaire important. Nous travaillons pour développer aussi bien les exportations que les importations”, affirme-t-on. L’Algérie importe de Pologne notamment de l’électroménager et des produits agroalimentaires.


M. R.

 


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muhand le 13/07/2015 à 10h56

Un certain Lech Walesa est passé par là. Il a eu le Nobel de la paix. Bouteflika est riveté au fauteuil avec la folle folie d'être le Napoléon algérien (en tout cas par la taille et les défaites, il y'a quelques ressemblances). Peut être qu'il finira comme Napoléon déchu et exilé sur une île où il aura tout le loisir de pousser son rêve de ressemblance jusqu'au suicide comme Napoléon. Soyons sérieux, les polonais ne sont pas des arabes, voilà pourquoi ils ont réussi la transition pacifique.

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