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A la une / Reportage

Emplois

Saisonniers : Les jeunes chômeurs entre précarité et illusions

Exposé aux rayons soleil, les jeunes revendeurs arpentent les plages à longueur de journée. © D.R.

Chaque été à Annaba, Jijel, Mila ou encore d’autres wilayas du pays, les occasionnels remplacent les permanents, le temps que ceux-ci profitent de leurs vacances ou règlent leurs affaires. Ce sont ainsi des jobs qui s’offrent aux chômeurs, des occasions de se former et des vocations qui éclosent. Tour d’horizon. 

Avec son crâne rasé et son look résolument “fashion”, Mounir aurait pu aisément passer pour un gosse de riche, qui n’a pas à s’en faire pour quoi que ce soit. Il n’en est rien pourtant, ce jeune chauffeur de taxi, qui nous conduit jusqu’à la Corniche annabie, nous explique avec une grande franchise qu’il n’a pas été gâté par la vie, au contraire. Orphelin de père depuis son plus jeune âge, il n’a pas pu aller bien loin dans ses études et il a dû subvenir très tôt aux besoins de sa famille, aux côtés de sa maman.
“J’ai fait tous les petits boulots possibles et imaginables pour ne pas tendre la main. Aujourd’hui, à 24 ans, j’en suis encore à chercher un travail stable et d’avenir, ça n’est pas encore venu mais je garde espoir. En attendant, je continue à me débrouiller et j’ai pu me faire embaucher comme doubleur de ce taxi qui appartient à un parent, jusqu’à la mi-septembre. C’est par moments très pénible, mais j’en suis très content parce que ça me permet d’aider mes frères et sœurs et de faire même des économies”, confie Mounir, l’air satisfait. “Après ? Eh bien, j’avoue que je ne sais pas de quoi demain sera fait ! Je ne me pose même pas la question en ce moment précis”, nous lance-t-il avec un sourire entendu.  Chaque été, à Annaba, les occasionnels remplacent les permanents, le temps que ceux-ci profitent de leurs vacances ou règlent leurs affaires. Ce sont ainsi des jobs qui s’offrent aux chômeurs, des occasions de se former et des vocations qui éclosent. Les cas sont nombreux et les profils différents. Dans les restaurants et les fast-foods de Bel Azur, Caroube ou Toche et plus loin encore sur le littoral, on fait souvent appel à ces jeunes, pour la plonge, le nettoyage des salles et autres tâches ingrates. Il arrive aussi que les candidats à l’emploi saisonnier décrochent un travail dans les cuisines ou au service. Il y a une vingtaine de jours, Issam et Wahab, 23 ans chacun, sont partis de Jijel pour la Coquette.
C'est leur toute première saison dans une grande ville côtière. Le premier occupe un poste de serveur dans un hôtel bien en vue de la Corniche bônoise, le second un emploi d’aide-cuisinier dans une cafétéria-pizzeria du quartier résidentiel de la Caroube. Ils affirment tous deux qu’ils sont logés et nourris par leurs patrons, principale exigence, sinon ils n’auraient pas quitté leur Jijel natal, où ils auraient pu trouver sans problème des emplois saisonniers l'été.
“Il y a beaucoup plus de passage ici et je gagne plus de sous à Annaba que chez moi, sous forme de pourboires surtout, quand j’aide au service. Parce que question salaire ce n’est pas vraiment attrayant avec les 20 000 DA par mois que le patron me paye. De plus, là où je travaille maintenant, il y a vraiment une chance de se fixer comme cuisinier en titre. J’ai donné pleine satisfaction au propriétaire et je suis presque sûr que j’aurai le poste tôt ou tard”, espère Wahab. Il n’en est pas de même pour Issam, malheureusement. Ce jeune est convaincu, quant à lui, que même s’il est content de connaître une autre ambiance, d'apprendre des choses et aussi d'avoir un emploi, il devra se résoudre à rentrer à Jijel à la fin de l’été.
Cette enquête sommaire, il faut le signaler, sur les jobs d’été nous a permis de constater que les exploitants d’établissements touristiques ou se présentant comme tels ne sont pas regardants en matière de réglementation du travail. En employant des jeunes, notamment des adolescents, aux tâches les plus ingrates qu’ils rétribuent au plus bas salaire et qu’ils ne prennent même pas la peine de déclarer, ceux-ci savent pertinemment qu’ils s’exposent à des poursuites judiciaires et à des sanctions, mais en ont-ils cure ?  De toute évidence non, en l’absence criante de contrôle de la part des pouvoirs publics ! Des abus ont été constatés souvent malheureusement loin desdits établissements. Ils sont commis au détriment d’enfants de 12 à 15 ans,qui sont envoyés volontairement par leurs parents sur le marché du travail, en cette saison, s’ils ne sont pas carrément exploités par des personnes sans scrupule.  
Ces adolescents déguenillés, on les rencontre généralement aux alentours du marché central de Annaba ou du grand marché d’El-Hattab, plus animés qu’à l’accoutumée durant les mois de juillet, août et septembre en raison de la présence dans cette ville d’un plus grand nombre de résidents, référence ici aux familles entières venues des wilayas du Sud pour y passer l’été, donc une plus grande demande avec les estivants. Ces gamins qui hèlent les passants font commerce de tout, à commencer par les sachets en plastique, les boîtes de fromage à l’aspect douteux, si ce ne sont pas des vêtements de toutes sortes ou des cosmétiques et des jouets, comme c’est le cas rue Émir-Abdelkader, en plein centre-ville, et rue Khemisti, non loin.

Dans notre tentative d’en savoir plus à cet endroit précisément, sur l’origine des articles qu’ils revendent à la sauvette, nous nous heurtons à une véritable levée de boucliers de la part d’un grand gaillard à la mine patibulaire, qui était adossé à un mur non loin et qui nous intime de nous occuper de nos affaires et de nous éloigner au plus vite. Notre interlocuteur nous fait ainsi comprendre qu’il pourrait nous en coûter si nous insistons. L’explication sur cette attitude belliqueuse nous vient d’un vieux marchand d’herbes, qui semble très au fait des pratiques peu avouables de cet énergumène. “Tous ces enfants que vous voyez viennent des quartiers périphériques de Annaba, ils sont de Sidi Salem, Boukhadra, Bouzaâroura. Il y en a qui viennent de Besbès et même de Dréan (wilaya d’El-Tarf) en convoi pour s’installer dès 8h du matin. Les marchandises qu’ils proposent leur sont fournies par des jeunes gens plus âgés, lesquels travaillent pour les intermédiaires d’importateurs importants semble-t-il installés en dehors de la wilaya de Annaba et qui échappent ainsi au contrôle des services de la qualité et des prix de la DCP locale. Les petits sont là jusqu’à 14h30, parfois 15h, après ils sont récupérés par les mêmes membres du réseau chargés de la collecte des recettes, dont ils ne percevront au retour que des miettes, deux ou trois coupures de 100 DA tout au plus”, nous assure le vieux camelot.


A. A.

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