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A la une / Reportage

Elle n’a accueilli que 700 touristes en 2012 contre 1800 en 2011

Tamanrasset ou la lente agonie du tourisme saharien

Beaucoup a été dit sur la dégradation du secteur touristique dans le sud du pays. S’il est vrai que le conflit dans le Sahel y est pour quelque chose, la crise financière en Europe, continent émetteur de touristes vers le Sud algérien, a également sa part de responsabilité. Mais il n’y a pas que cela. L’absence d’une véritable politique de tourisme est à l’origine de cette catastrophe. C’est certainement cette situation dramatique qui a poussé l’association des agences de voyages à lancer à nouveau un SOS aux autorités du pays pour leur venir en aide. Selon une étude faite par la direction du tourisme et les agences de voyages, un fonds annuel de trois milliards de centimes suffit à amortir le choc de cette crise. Cet appel sera-t-il entendu ?

“C’est la catastrophe !” Le mot est sur toutes les bouches des acteurs du tourisme à Tamanrasset pour qualifier le désastre qu’a connu leur secteur en 2012. Pour eux, le reflux du nombre de touristes a atteint, l’année qui vient de s’achever, son niveau le plus bas même si l’activité touristique a amorcé sa descente aux enfers il y a de cela quelques années déjà. “C’est de mal en pis”, déplore le président de l’association des agences de tourisme et de voyage de la wilaya de Tamanrasset, Addi Azzi Ahmed, président de l’Association des agences de tourisme et de voyages de Tamanrasset, qui précise que l’affaiblissement de l’activité touristique dans sa région a commencé il y a  5 ans. “C’est la désertification du tourisme saharien”, renchérit Mohamed Souilah, 2e vice-président de la même association et propriétaire de l’agence Abalissa. Propos alarmistes ? Pas du tout.
Des chiffres livrés par le directeur du tourisme de la wilaya de Tamanrasset, Moulay, attestent sur l’étendue de la catastrophe : à peine 706 touristes étrangers (244 français, 124 allemands, 41 chinois…) et nationaux (41) se sont rendus à Tam durant toute l’année 2012 contre 1807 en 2011. “Ce sont là des chiffres annoncés officiellement. Mais le nombre de touristes est certainement moindre car toute personne qui vient ici à Tamanrasset, y compris les coopérants, est considéré comme un touriste”, remarque un responsable d’une agence de voyages. C’est dire la morosité qui règne chez les habitants de la capitale du Hoggar, cette belle vitrine du tourisme saharien.   Dans les rues de la ville, pas l’ombre d’un touriste étranger. Face aux vicissitudes des temps présents, certains se laissent transporter par le souvenir pour remonter la machine du temps, précisément vers les années fastes de 2006, 2007 et 2008 quand la région était envahis par des essaims de plus de 30 000 touristes. “À cette époque, le nombre de touristes qui viennent dépassent celui de la population locale”, se remémore, un brin nostalgique, M. Ouyahia, directeur général de l’hôtel Tahat.

Les agences de voyages et les campings tirent le diable par la queue

Une situation qui n’a pas laissé de faire des victimes : les agences de voyages et les campings. Selon, M. Addi, sur les 76 agences que comptent la wilaya de Tam, 70 d’entre elles n’ont pas du tout travaillé cette année. Une quarantaine seulement, nuance Abdelmalek Moulay, directeur du tourisme de la wilaya de Tamanrasset. N’empêche, les conséquences de cette baisse drastique de l’activité sont dramatiques : presque 5 000 personnes, des pères de famille pour la plupart,  se sont retrouvés du jour au lendemain au chômage. Beaucoup de propriétaires d’agences ont vendu leur matériel ou loué leurs sièges alors que d’autres ont carrément quitté le pays. N’ayant plus rien à manger, nombre de nomades ont vendu leurs chameaux et se sont installés en ville ou dans sa périphérie. “D’ici 5 ans, il n’y aura plus aucun chameau dressé pour les méharées”, prévient un responsable d’une agence.
C’est certainement cette situation dramatique qui a poussé l’association des agences de voyages à lancer, à nouveau, un SOS aux autorités du pays pour leur venir en aide. Selon une étude faite par la direction du tourisme et les agences de voyages, un fonds annuel de trois milliards de centimes suffit à amortir le choc de cette crise.
“Nous fondons beaucoup d’espoir sur la nouvelle équipe gouvernementale pour prendre en charge nos problème”, assure M.Addi.
Comme les agences de voyages, les campings sont, eux aussi, durement touchés. “Depuis le début de la saison touristique, je n’ai pas reçu un seul touriste. C’est le cas aussi des autres campings”, confirme M. Hiri.

Les raisons d’un désastre

Mais quelles sont les causes à l’origine de ce repli de l’activité touristique ? Tout une panoplie même si l’opinion dominante ici à Tam est que  le pays des Hommes bleus  paie les frais de la dégradation de la situation sécuritaire au Mali. Du directeur du tourisme de la wilaya au directeur de l’Office national du parc culturel de l’Ahaggar (ONPCA), Ahmed Aouali, en passant par le président de l’Association des agences de voyages,  tout le monde s’accorde à dire que la guerre dans l’Azawad a dissuadé les touristes étrangers de venir à Tamanrasset. “La baisse de l’activité touristique est due à ce qui se passe au Sahel. Les gens ont tendance à dramatiser les choses. Les touristes étrangers  prennent très au sérieux les consignes des autorités de leurs pays”, affirme M. Aouali. “Le tourisme connaît ces dernières années une stagnation. Cela est peut-être dû aux problèmes du Sahel”, appuie M. Addi. “Les Européens sont assez réticents à venir chez nous à cause des problèmes que vit le Sahel. Mais on ne peut pas les obliger à y venir”, constate encore Abdelkader Hiri, docteur en géophysique et propriétaire d’un camping et de l’agence de voyages 4X4 avant d’ajouter : “Le tourisme est un secteur sensible qui a besoin d’un environnement sécurisé. En l’absence de sécurité, on ne peut pas travailler”. Autre raison invoquée pour expliquer le sinistre, les notes du Quai d’Orsay qui déconseillent aux Français de se rendre à Tamanrasset. Connaissant l’influence de la France au sein de l’UE, un responsable d’agence de voyages assène : “Tant que le Quai d’Orsay n’a pas retiré notre région de sa liste rouge, on n’aura jamais de touristes”. “Ce ne sont pas les touristes qui ne veulent pas venir à Tam mais les compagnies d’assurance qui ne veulent pas jouer le jeu à cause des notes du Quai d’Orsay”, nuance M. Moulay. Et en plus de la situation au Mali, on avance une autre cause exogène qui a plombé l’activité touristique : la crise qui frappe de plein fouet le Vieux continent, principal émetteur de touristes. C’est en tout cas l’avis du  directeur de l’antenne locale de l’Onat, M. Lassoui, en citant l’exemple des Italiens qui, ces dernières années, se sont fait rares alors que par le passé, même pendant les années noires du terrorisme, ils venaient en grand nombre. Loin de mettre tout sur le dos du Mali, les acteurs du tourisme s’accordent à dire que les raisons qui empêchent le tourisme saharien de prendre son envol sont multiples.
Les agences de voyages pointent du doigt  les lourdeurs bureaucratiques au niveau des représentations diplomatiques algériennes à traiter les demandes de visas des touristes étrangers et l’absence de vols directs à partir des principaux pays émetteurs vers Tamanrasset.
D’autres préfèrent accabler la compagnie aérienne publique, Air Algérie, qui ne jouerait pas le jeu en pratiquant des prix exorbitants. “Un billet Al-ger-Tamanrasset est l’équivalent d’un séjour à Sousse”, remarque M. Ouyahia. Enfonçant le clou, le directeur du tourisme de la wilaya de Tamanrasset déplore : “Le problème majeur du tourisme ici à Tamanrasset est la cherté du billet d’avion et les visas”. Autre reproche fait par ce responsable à la compagnie aérienne : son refus de charteriser ses vols comme c’était le cas il y a une dizaine d’années. “Pourquoi Air Algérie ne charterise pas ses vols rien que pendant la période scolaire pour permettre aux familles algériennes de venir ici à des prix raisonnables ? En 2000, il y a eu d’abord un vol charter chaque samedi assuré par Air Algérie avant que trois autres compagnies étrangères ne lui emboitent le pas portant ainsi le nombre de vols charters  par semaine à 4.  Aujourd’hui, pas un seul. Pourquoi on ne refait pas la même chose ?”, s’interroge-t-il.
La fermeture  par les autorités du site Tassili du Hoggar, qui, de l’avis de tous, est le plus prisé par les  touristes, serait aussi pour beaucoup dans le repli de l’activité touristique. Dans ce site seulement, un touriste peut séjourner jusqu’à 15 jours. Beaucoup  n’expliquent pas le refus opposé aux étrangers de s’y rendre alors que les Algériens y sont autorisés. “Si les autorités ont décidé de le fermer c’est qu’elles ont de sérieuses raisons de le faire”, assure M. Hiri qui suggère de faire vendre d’autres sites.  Un avis partagé par M. Aouili qui estime que les Algériens ont beaucoup à gagner en faisant la promotion d’autres sites.

L’ONAT et les hôtels, ces rescapés de la crise
Contrairement aux agences de voyages, le tour operator public, ONAT, n’est pas du tout affecté par cette crise. Bien au contraire. “En 2012, nous avons connu un regain d’activités. Pour le gros ce sont des nationaux, car cette année nous avons axé sur le tourisme domestique”, assure Kamel Lassoui, directeur régional du grand Sud à l’ONAT. “En 2011, nous avons travaillé avec 550 personnes, toutes catégories de tourisme confondues. L’année 2012, on a clôturé avec 800 touristes”, précise-t-il. Flairant le bon filon, l’ONAT a décidé de mettre le paquet en mettant sur le marché une multitude d’offres. “Nous avons décidé d’améliorer nos qualités de services et d’égayer nos produits par des soirées artistiques pour chaque fin de circuit. Notre cible, ce sont les familles qu’on essayera de toucher en leur proposant des formules à même de les agréer. En plus des circuits classiques, il y a des séjours en ville puisque contrairement aux étrangers, qui, par exotisme, préfèrent partir à la découverte du désert, les nationaux sont friands d’ambiance et de contact avec les populations locales”, explique encore M. Lassoui.
Même la direction nationale de l’ONAT a mis du sien en négociant avec les œuvres sociales de plusieurs universités du Nord  pour ramener le maximum de gens à Tam. Même les autres réseaux de l’ONAT se sont impliqués.
Comme l’ONAT, les hôteliers, eux aussi, s’en sont mieux tirés d’affaire. Le grand établissement hôtelier public, Tahat, s’est permis le luxe, pendant cette année de vaches maigres, de dégager plus de bénéfices que l’année 2011. “Les chiffres que nous avons réalisés sont en nette progression et on dégage des bénéficies alors qu’il y a un conflit juste à côté. Ce n’est pas rien”, se félicite M.Ouyahia. Le secret de cette prouesse? Cet établissement hôtelier a versé  dans le tourisme d’affaires. Il travaille surtout   avec l’administration (ministères, wilaya, université,…) et les sociétés. Son  standing- c’est le plus grand hôtel dans la wilaya- a été certainement  pour quelque chose dans cette réussite, mais la bonne gestion de l’équipe dirigeante a été aussi pour beaucoup.
Pour compenser l’activité touristique “quasi inexistante”, la direction a procédé à la location du matériel roulant de l’agence de voyages  de l’hôtel à des sociétés nationales et étrangères.
De juin à septembre, l’établissement a réduit ses tarifs de 50% pour faire face à la période creuse de l’été. Et pour couronner le tout, la direction de l’hôtel a décidé de lancer beaucoup de projets d’investissement, et une étude pour l’agrandissement du Tahat est fin prête.
Il est prévu de construire une piscine, une salle de conférences, un celibatorium pour dégager les chambres occupées par les employés pour porter la capacité de l’hôtel à près de 200 lits, un siège pour la direction. En outre, pour diversifier l’offre de son établissement,  la direction a jeté son dévolu sur le refuge de l’Askrem, propriété de l’APC aujourd’hui géré par un privé. “On compte le récupérer puis le retaper tout en gardant son cachet”, promet M.Ouyahia.
Un autre hôtelier, privé-celui-là, Rabah Bourenane en l’occurrence, affiche la même satisfaction. “Je n’ai pas besoin des touristes étrangers pour travailler. Nous sommes dans la fourchette normale du remplissage de l’hôtel. Moi je travaille beaucoup plus avec les nationaux et les entreprises”, explique-t-il. Pourtant de dimension  moyenne (à peine 26 chambres), l’hôtel n’offre pas moins des prestations de hautes qualités à ses clients.  Signe de la bonne renommée de l’établissement Bourenane, d’importantes personnalités politiques algériennes y ont séjourné. Mieux, en mai 2012, l’hôtel Bourenane a décroché une belle distinction : le trophée de Francfurt. Qu’en est-il du classement de son établissement ? “Il n’est jamais classé. Pour moi, c’est la qualité des prestations de services qui comptent et non pas les étoiles”, répond M. Bourenane.  Lui aussi a un projet d’investissement : une auberge de 27 chambres au lieudit Azezi, à 13 km du chef-lieu de wilaya.
La solution n’est-elle pas alors dans le réajustement de la politique touristique, à Tamanrasset comme ailleurs, en axant beaucoup plus sur le tourisme domestique ? C’est en tout cas la stratégie qui est adoptée par les responsables de l’Onat et qui jusqu’ici s’est révélée payante. “Le tourisme domestique est la pierre angulaire de notre stratégie”, affirme M. Lassoui avant d’ajouter : “Il nous appartient de proposer d’autres formules et d’autres sites comme Ahnat et Mertoutek qui ne sont pas fermés.”
“Le tourisme domestique est certainement un palliatif mais on ne doit pas verser dans le tourisme de masse. On a commencé il y a de cela trois ans avec les familles algériennes”, appuie M.Ouyahia.
Le directeur de l’ONPCA n’en pense pas moins tout en insistant sur la nécessité de faire la promotion d’autres sites touristiques pour attirer plus de touristes. “Le parc du Hoggar, vaste de plus de 600 000 ha, est d’une richesse incomparable. Il peut attirer jusqu’à 1 million de touristes”, prévoit M. Aouali.
Le docteur Hiri partage le même optimisme. Paraphrasant le titre du livre d’Alain Peyrefitte  Le jour où la Chine s’éveillera, il affirme : “Le jour où le tourisme algérien se lancera...” Amen.


A. C.