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A la une / Reportage

Plus de 100 000 visiteurs enregistrés en 2016

Tikjda ou l’appel “irrésistible” de la montagne

©R. Bourahla /Liberté

124e sur 184 pays. Tel est le dernier classement de l’Algérie établi par le Conseil mondial du voyage et du tourisme. Peu glorieux. Et nos voisins Marocains et Tunisiens doivent jubiler en constatant que notre pays est englué au bas de ce classement, malgré ses énormes potentialités.

Yann Arthus-Bertrand, photographe, reporter, réalisateur et écologiste français, l’a dit et répété à maintes reprises : “L’Algérie est le plus beau pays” qu’il a eu à visiter. Mais les responsables du secteur du tourisme semblent ignorer, voire négliger, ce don de la nature. Un manque flagrant de vision et d’ambition qui fait de l’Algérie “la risée” du Maghreb et du monde arabe en la matière. Parmi les joyaux touristiques que recèle  notre pays, l’on citera le mont Tikjda. Ce dernier, culminant à 1 478 m d’altitude, est l’une des merveilles de la wilaya de Bouira qui ne cesse d’attirer les amoureux de la nature.
Durant les deux derniers week-ends et dans des conditions climatiques extrêmes—il neigeait à gros flocons—,des milliers de visiteurs avaient pris d’assaut ce site naturel. Certains d’entre eux, pour ne pas dire l’écrasante majorité, avaient dû passer la nuit à la belle étoile. La route était fermée par l’amoncellement de la neige. Ces touristes imprudents, pris au piège, ne pouvaient ni continuer vers le complexe touristique ni rebrousser chemin. Rares sont les personnes qui peuvent résister à l’appel la montagne de Tikjda. Cette station climatique retrouve peu à peu son attraction et son charme légendaire, après des années d’abandon à cause de l’insécurité de la décennie noire.
Désormais, la sécurité y règne et des visiteurs, algériens comme étrangers, renouent progressivement avec le site pour profiter de sa beauté. Pour s’y rendre, le chemin le plus court reste celui de la RN33, communément appelé route de Haïzer. C’est de là que commence l’ascension. Ainsi, après avoir passé le barrage de police, à proximité du centre pénitentiaire, nous poursuivons notre chemin en empruntant le dédoublement de la RN33. Une fois arrivés à Haïzer, nous remarquons que cette commune, qui a été pendant plus de cinq ans “otage” d’une paralysie due au blocage de l’ancienne APC, retrouve une certaine dynamique. Les boulevards ont été élargis, les routes bitumées et l’aménagement urbain, qui faisait tant défaut, se fait graduellement. Passés le chef-lieu de cette commune, l’air devient plus frais, plus vivifiant et revigorant. Pour cause, nous entrons dans ce qui fait la Kabylie et son charme irrésistible. Des villages à perte de vue, perchés à flancs de montage ou sur de petites collines.

Que de bonnes surprises !
Arrivés à l’intersection du carrefour de la localité de Slim, nous prenons la direction de Tikjda. Le calme et la sérénité règnent en maîtres absolus. Point de stress ni de vacarme. Seuls avec la nature et ses prodiges. Enfin… pas tout à fait seuls. Nous avons croisé des femmes transportant des sacs d’olives fraîchement cueillies. Les hommes prenaient leur temps pour aller chercher de l’eau à une fontaine située plusieurs mètres en contrebas, avec pour seul et unique moyen de locomotion un mulet qui tient à sa réputation. Arrivés au niveau du carrefour de la localité de Slim, nous suivons la flèche indiquant la direction de Tikjda.
Et là surprise ! Tout y est relativement propre. Les monticules d’immondices et autres canettes de boissons ont été ramassés. Les accotements de la route ont été nettoyés, du moins en partie. La campagne de nettoyage de la RN33 reliant Bouira à la station climatique de Tikjda, lancée dernièrement par la wilaya, a porté ses fruits. Autre surprise, les bars clandestins, qui pullulaient sur les accotements de la RN33, ont été pratiquement éradiqués par les services de la Gendarmerie nationale. Profitant de cette propreté retrouvée, des familles font une halte sur les abords de la route pour un pique-nique, tout en prenant soin d’immortaliser cet instant à l’aide de leurs smartphones.


©R. Bourahla /Liberté

Ils sont étranges ces humains…
Après plus de 40 minutes de route, nous arrivons, enfin, au Complexe national de loisirs et sport de Tikjda (CNLST). À l’entrée, une flotte de bus immatriculés dans les wilayas de Bordj Bou-Arréridj, Boumerdès, Alger, Tipasa, Skikda et même El-Oued.
Continuant notre périple, nous sommes d’emblée accueillis par les maîtres des lieux, les singes magots. Ces bêtes, qui se sont habituées à la présence humaine, nous narguent en se tenant devant nous, nous lançant des regards malicieux. L’expression “malin comme un singe” prend toute sa signification dès lors. L’un de ces primates, bouffi par “les cochonneries” que les visiteurs lui donnent à manger, nous fixe du regard. Il attendait peut-être qu’on lui donne encore quelque chose pour se gaver.
Il faut dire que les touristes croisés aux abords du CNLST s’en donnaient à cœur joie. Bataille de boules de neige à tout va, séances de ski improvisées et les mélomanes de tous bords se prenaient pour Francis Cabrel, en gratouillant sur leur guitare. “On est là pour s’amuser et oublier nos tracas. La neige, la montagne et les grands espaces. Que demander de plus ?”, dira Hakim, un visiteur venu de Tipasa. Son acolyte, Issam, est, quant à lui, moins enthousiasmé. “C’est beau, c’est vrai. Mais ce n’est pas entretenu, ni valorisé. Beaucoup nous envient Tikjda et on se contente de deux ou trois chalets. Que voulez-vous, c’est cela l’Algérie”. Une fois à l’intérieur du site, un agent de sécurité questionné sur l’affluence qu’enregistre Tikjda, estimera qu’elle est grande pendant le week-end et moyenne en jour de semaine. “Vous savez, à l’intérieur du site, il n’y rien à craindre, il est sécurisé, mais si vous vous avisez à sortir du périmètre, vous vous exposez à une agression certaine”, soulignera-t-il. Et d’enchaîner, en nous racontant que certaines personnes font la loi à l’extérieur. “Si vous venez en famille, ne sortez pas des sentiers fréquentés, car vous risquez d’être agressés”.  

Des prix pas très attractifs  
À l’intérieur de l’auberge, point de réceptionniste. Ce dernier se révélera, par la suite, qu’il faisait également office de garçon de café, sans doute par manque d’effectif. Le cadre y est relativement agréable, le mobilier assez entretenu et propre. Néanmoins, pour un complexe, qui se veut touristique, les prix proposés sont loin d’être alléchants. Une pizza simple, soda et un café, coûtent la modique somme de 500 DA. Pour ce qui est de la chambre, c’est également la déception. 5 100 DA la chambre double au niveau de l’auberge et 6 500 DA au niveau de l’hôtel du CNLST. La prestation de service est jugée par les visiteurs moyenne. Car, selon eux, elle n’offre que le minimum syndical. “Ce n’est pas catastrophique, mais on est loin de ce que proposent nos voisins Tunisiens. A Djerba, je me sentais comme un roi. Ici, c’est correct, sans plus”, témoignera Madjid, un Algérois, cadre dans une entreprise du BTPH. D’autres, des jeunes, ont un avis moins tranché. “On est venus de Jijel, dans le cadre d’une excursion organisée par notre école”, nous dira Karim. Interrogé sur les conditions d’accueil, ce jeune sera catégorique : “On vient d’arriver et, ma foi, on a été très bien reçus”. D’autres touristes, venus notamment d’Alger, de Blida, de Tizi Ouzou, de Béjaïa de Relizane et de Tlemcen, ont indiqué que le cadre est féérique. Magique ! Il est vrai que la beauté de Tikjda est indescriptible. Néanmoins, cette beauté n’est guère mise à profit. Et c’est bien là que le bât blesse.  

“C’est merveilleux, mais cela manque d’animation”
à l’intérieur du CNSLT, l’immobilisme des pouvoirs publics y est visible et frappant. On est loin des prospectus publicitaires vantant l’animation et autres loisirs. Très loin même des coupures de presse élogieuses. Un hôtel, point barre ! Au moment de notre présence sur les lieux (mercredi 1er février), il régnait à l’intérieur du CNLST un silence de cathédrale. Un membre d’une délégation d’une entreprise chinoise rencontré sur place nous confia dans un français parfaitement maîtrisé : “C’est merveilleux, mais cela manque cruellement d’animation !”. A la décharge des responsables du CNLST et selon les précisons de l’attachée de presse du ministère de la Jeunesse et des Sports, “la mission touristique (du CNLST, ndlr) est seulement complémentaire de celle sportive”. Mais les visiteurs, visiblement las d’espérer un quelconque changement dans la stratégie touristique, se contentent de peu. En effet, à en croire les chiffres du DG du CNSLT, rien que pour ce mois de janvier, 3 900 touristes ont été enregistrés. Pour l’année 2016, 40 000 touristes ont été dénombrés, et d’après la même source, pour la période de 1er janvier au 31 décembre 2016, plus de 100 000 visiteurs ont été répertoriés. 

Par : RAMDANE BOURAHLA


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