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A la une / Reportage

Aokas

Un bout d’Éden au cœur de la Kabylie

©R. B./Liberté

Tout comme le héros grec, Ulysse, on se laisse volontiers prendre au “chant” des sirènes ou, dans le cas présent, des requins. Et si le paradis terrestre existait réellement ? Pas celui des houris et des jardins où ruissellent le vin et le miel. Plutôt un paradis ou l’âme s’apaise de ses tourments, l’esprit s’éveille et se transcende. Où et comment y accéder ? Là aussi, nul besoin de remplir sa besace de bonnes actions ou encore guerroyer au nom d’une quelconque entité divine. Un simple moyen de locomotion suffit. Parfois, il est à portée du regard, pour ceux qui savent regarder dans la bonne direction. Destination la Petite Kabylie et, plus exactement, la ville d’Aokas, une cité côtière au nord-est de l’Algérie. Aokas a tout d’un endroit paradisiaque. La mer côtoie harmonieusement la terre. Le tout, soigneusement et jalousement gardé par de majestueuses montagnes. Ces dernières forment une sorte d’écrin contenant un joyau, une perle. Pas n’importe laquelle. Celle d’Aokas, la perle de la Kabylie. Cette ville coquette qui était à l’origine un petit douar, a été créée en 1869 par les premiers colons. Elle fut ensuite promue au rang de commune mixte en 1938. Selon les historiens, son histoire remonte au XVe siècle. Elle fut érigée par deux chefs de tribus, l'un Targui et l'autre Kabyle de la région de Jijel. La mythologie Kabyle voudrait, quant à elle, qu’Aokas, soit le fruit d’une union divine, entre Anzer le dieu de la pluie et de l'eau et Tyriel déesse mère de la Terre. Un héritage qui confère à cette ville un aspect quasi mystique, semblable à celui de l’île d’Eéa où la puissante Circé exerçait son pouvoir.


R. B. /Liberté

Le syndrome d’Ulysse
Le visiteur d’Aokas se retrouve bien malgré lui dans la peau d’Ulysse, envoûté et “prisonnier” de ce paradis. Tout comme le héros grec, on se laisse volontiers prendre au “chant” des sirènes ou dans le cas présent, des requins. Car Aokas, en tamazight signifie requins. Ces squales, qu’on retrouve à l'entrée de la ville, façonnés à la hâte et sans réel esthétisme, il faut bien le dire, n’ont jamais été aussi attractifs. La magie d’Aokas opère cependant, malgré tout. Cet “élixir” ensorcelant on ne le boit pas. On l’admire et on le respire, tant il est omniprésent. L’enchantement prend effet dès le premier regard qu’on porte vers l’horizon. L’air iodé y est vivifiant et revigorant et les paysages sont époustouflants. Une forêt luxuriante faisant face à l’immensité de la mer, créant une parfaite symbiose. “C’est beau n’est ce pas ?”, nous dira spontanément Ahmed, originaire de la wilaya de Sétif. Ce quinquagénaire, cadre dans le secteur des finances, enchaînera d’un ton émerveillé : “Cela fait presque 28 ans que je fais la navette Sétif-Béjaïa et je ne me suis jamais lassé de ces paysages et je m’en lasserai probablement jamais. ‘C’est divin !’”, s’exclame-t-il. D’autres visiteurs d’un jour, rencontrés aux abords de la petite promenade aménagée à la sortie du tunnel d’Aokas, ont unanimement évoqué l’aspect “magique” de cette ville. “Elle a quelque chose de spécial… On y vient une fois et on ne veut plus en repartir. C’est inexplicable”, avouera un jeune couple  croisé sur la “croisette” locale.

La tolérance et le respect de l’autre : un credo
Mais qu’est-ce qui rend Aokas si attractive ? Au-delà de la splendeur du décor, il y a aussi la population. Elle est chaleureuse et extrêmement accueillante. Les Aokassiens, il faut bien leur reconnaître ce mérite, ont le don de mettre les touristes et les visiteurs de manière globale, à l’aise. Une tolérance et un respect de l’autre érigés en un mode de vie et qui font la renomméé et la fierté des habitants de cette ville. Ainsi et contrairement à d’autres régions du pays où la culture touristique fait défaut, à Bejaïa et plus particulièrement à Aokas, le touriste est roi. Un fait que nous avons vite fait de constater. S’attabler à une terrasse de café à Aokas ou acheter son journal suffit à le vérifier. Les Aokassiens, qui paraissent réservés au premier abord, sont extrêmement bienveillants. La preuve, Akli, un  buraliste à la cité des 200-Logements, a tenu à raccompagner un touriste qui s’est “égaré” dans l’ancienne ville, jusqu'à l’arrêt de bus, situé à proximité du bureau de poste. Un détour de près de 800 mètres. “Vous savez, c'est avant tout un geste humanitaire. Mes parents m’ont toujours appris à porter assistance aux autres”, expliquera-t-il humblement. Ce dernier, nous proposera gentiment de nous conduire vers ce qu’il a qualifié de merveille, à savoir le Cap d’Aokas.

Cap sur l’évasion !
Pour s’y rendre, il vaudrait mieux laisser sa voiture au garage, tant la chaussée est cabossée et étroite. En dépassant de quelques mètres l’intersection qui mène vers les communes de Tizi N’berber et Tiskeriout, nous prenons à droite. Là, une interminable ascension de près de trois kilomètres nous attend… L’endroit n’y est guère aménagé et il ressemble beaucoup plus à un faubourg malfamé qu’à un sentier menant vers l’émerveillement, comme nous l’a indiqué notre guide. “Ne vous en faites pas ! Vous ne serez pas déçu du voyage et vos efforts seront récompensés”, promet-il. Après une bonne trentaine de minutes de marche, nous arrivons enfin au but. Et le moins que l’on puisse dire est que nos efforts, n’ont pas été vains. De cette altitude, approximativement de 200 mètres, on domine la quasi-totalité de la baie d’Aokas. Tout simplement spectaculaire ! Une vue panoramique s’offre à nous. En haut de ce cap, le visiteur est le roi du monde. Au fil de notre escapade, nous avons rencontré essentiellement des jeunes. Pour eux, cet endroit est une sorte d’exutoire. Une boisson rafraîchissante à  la main, ils peuvent fuir, le temps d’une après-midi, leur quotidien morose. “C’est notre refuge. Nous venons ici pour nous amuser et oublier que nous vivons dans une société hypocrite et malsaine”, dira un jeune homme à l’allure coquette. Il était en compagnie de sa copine qui prenait des photos de leur sortie en amoureux.

Tizi N’berber, une commune modèle
En redescendant, nous avons décidé d’aller à la découverte de l’une des communes phares d’Aokas, Tizi N’berber. Au terme d’une autre ascension qui a duré près d’une heure, où des paysages aussi époustouflants les uns que les autres ont défilé sous nos yeux, nous arrivons enfin au chef-lieu communal. Notre première impression est que cette commune devrait indiscutablement postuler au prix de le commune la plus propre de Kabylie, tant l’hygiène est quasi irréprochable. Point de poubelles qui débordent, point de détritus ni de canalisation qui fuient. Un petit havre de paix niché au flanc de la montagne de Yemma Tadrat. Les diverses localités de cette commune, préservent encore le feu “cachet kabyle”. Les murs des bâtisses sont encore en pierre et en terre sans la moindre trace de truelle et de ciment qui s’harmonisent avec la première moitié du siècle dernier.
Les ruelles qui mènent à chaque maison de ces villages, sont toujours étroites et dégagent, à certaines heures de la journée, une forte odeur de fumier d’ovins et de caprins très fertilisant pour les jardins potagers que les femmes entretiennent avec amour à l’orée du village. Les toitures qui continuent de résister sont soutenues par des poutres de troncs entiers de peupliers et par des branches de frêne à peine dégrossies à la hache. Quant aux tuiles rondes ternies par le temps, elles reposent sur un treillis fait de tiges de disse. L’horloge du temps semble s’être figée aux années
1950 et c’est tant mieux.  

Une richesse laissée en jachère
Dans ce tableau, il subsiste un hic :  la valorisation de cette richesse intrinsèque. Dans ce domaine, les responsables du secteur du tourisme à l’échelle nationale, semblent s’être donné un mot d’ordre : l’immobilisme. Aussi bien à Béjaïa, qu’à Bouira, Tlemcen ou ailleurs, le don de Dame Nature est sous-exploité, voire négligé par ceux qui sont censés l’optimiser.
À croire que cette défaillance générale, est érigée en mode de gestion. Aokas pourrait être un pôle touristique d’excellence en matière touristique, selon la formule consacrée. Au lieu de cela, elle se cantonne au rang de village au fort potentiel. L’appellation de “station balnéaire” qu'on retrouve sur les brochures publicitaires, y est fortement exagérée, pour ne pas dire mensongère. Le site y est envoûtant certes, paradisiaque même, mais les infrastructures y afférentes sont quasi inexistantes.
Aokas compte quatre hôtels, dont trois aux allures de motels et … c’est tout ! Les Grottes féeriques sont fermées au public neuf mois sur douze, le Château de la comtesse est à l’abandon en dépit de sa rénovation récente et aucun projet de téléphérique n’est programmé. Pis encore, cette ville ne dispose ni d’un parc aquatique, ni d’un centre commercial, ni même d’un petit centre de loisirs. C’est dire que beaucoup reste à faire dans le domaine.  

R. B.


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