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A la une / Reportage

Jardin d’essai

Un musée de la nature en déperdition

Créé en 1832, le Jardin d’essai est l’un des cinq plus beaux parcs au monde. ©D. R.

Au pied du monument des martyrs, en plein cœur de la capitale, Alger, plus précisément à El-Hamma, le jardin d'acclimatation communément appelé le Jardin d’essai, est un havre de paix, d’inspiration et une source de fraîcheur inégalable en ces temps caniculaires.

Véritable musée de la nature, le Jardin d’essai était considéré parmi les plus beaux jardins du monde, au moment de sa création en 1832, soit deux ans après le début de l'occupation française de l’Algérie. Unique en son genre, aussi, il ne doit pas sa renommée au fait du hasard, mais à la richesse et la diversité de sa flore.  Le Jardin d’essai comprend 2500 espèces de plantes, rares et uniques, provenant des cinq  continents. Organisé en allées des trachycarpus, l'allée des drainées, l'allée des ginkgos, il contient des arbres centenaires, à l’instar de certaines variétés qui peuvent atteindre 30 mètres de hauteur et plus, des Eucalyptus et des bambous, ainsi que le gingko biloba qui est l'un des types d'arbres qui supportent les variations climatiques durant plusieurs siècles. On peut citer également le dragonnier, le Nolina (Nolina Recurvata) originaire du Mexique, le Magnolia Grandiflora ramené des États-Unis et les platanes, originaires des régions tempérées chaudes de l’hémisphère nord, etc. Selon la nomenclature internationale pour la conservation des jardins botaniques, le Jardin d’essai peut se vanter de présenter plusieurs classifications de jardins, nous dit-on. Il est en même temps dit “jardin classique”, ornemental, historique, botanique et zoologique à la fois, agro-botanique, banque de tissus, jardin horticole, ainsi que jardin à thème.
De plus, ce site unique a été le lieu de travaux d’acclimatation de nouvelles espèces pour l’Algérie et particulièrement dans l’amélioration des connaissances des plantes à caractère économique, comme les Eucalyptus, Citrus…,  le coton, le lin, et les plantes médicinales, et même le ver à soie.  Il disposait de serres d’expérimentation pour les plantes exotiques, et des plantes spontanées exotiques introduites en Algérie, comme l’arganier, le cyprès d’Algérie.
D’une superficie de 32 hectares, repartis en parcs français, britannique et asiatique, que l’on peut distinguer par l’architecture et la variété des plantes, le jardin du Hamma comprend un zoo et une école de jardinage et botaniques, et un centre spécial pour les essais. Envoûtant à souhait, le lieu laisse souvent des sensations d’émerveillement chez le visiteur, comme rapporté par les témoignages dans les célèbres guides de voyage : “Sublime !!” Tout simplement magnifique notamment le jardin français. On y trouve une grande variété d'arbres et de plantes. A voir !!”  “Un écrin de verdure”. “Ce jardin est très bien entretenu, c'est un lieu de rencontres des amoureux, ce jardin porte bien son nom car il y a de nombreuses espèces végétales tropicales.” “Très beau. Parmi les cinq plus beaux parcs au monde. Le premier Tarzan a été tourné dans ce parc dans les années cinquante. Il compte des milliers d’espèces végétales venues des quatre coins de la planète, créant ainsi l'un des plus beaux microclimats en plein centre d'Alger. A voir absolument.”

La médaille et son revers
Seulement voilà, le revers de la médaille offre une image moins  agréable. En dépit de ces caractéristiques qui font de lui l'un des plus beaux jardins du monde, ce jardin est laissé à l’abandon et mal entretenu. C’est là le constat largement partagé par les visiteurs. À l’allée des dragonia, pleins de tronc d’arbres jonchent les bordures. Erosion aidant, cette allée est maintenant dégarnie par endroits, écrasée sous le sous soleil, alors que jadis elle était ombragée en été et servait même de parapluie naturel en hiver, raconte un travailleur nostalgique. Ce qui lui fera dire, qu’“il y a un véritable massacre au jardin anglais, on ne le reconnaît plus”. L’espace de floriculture, où étaient cultivées toutes les espèces de roses n’est plus que l’ombre de lui-même. Les lis et l’allia et le bégonia ont disparus, laissant la place aux herbes folles. L’on fait état en plus de la déperdition de plantes centenaires. Pour cause : les arbres qui ont largement dépassé leur âge de cent ans, puisque les premiers ont été plantés en 1848, n’ont pas fait l’objet de remplacement, notent des ingénieurs rencontrés sur place font état de destruction des bambous, et les premières couches de la terre ont même été enlevées au jardin français. Côté animalier, les animaux sont bien traités, reconnaît-on, mais les cages ne sont pas aux normes.
Le jardin, qui accueille des milliers de visiteurs, souffre de l’incivisme des citoyens aussi, qui n’hésitent pas à piétiner les espaces verts, grimper sur les arbres et laissant leurs déchets partout. Sans parler des actes de vandalisme qui ont touché les statuettes présentes dans le jardin asiatique. En effet, celles représentant les deux femmes des Ouled Naïl ou l’homme à la flûte ont été systématiquement mutilés des bras et amochés par des tags laissés en souvenir du passage des tourtereaux qui écument les lieux. Et mêmes les poissons rouges qui peuplent le petit bassin ne sont pas épargnés par les jets de pierre et de pain !
Autant d’actes de vandalisme dont se plaignent les agents de sécurité, souvent en petit nombre par rapport à l’afflux des citoyens, surtout les week-ends. “Lorsqu’on fait notre randonnée à l’intérieur du jardin, nous sommes souvent appelés à faire les vigils, à rappeler à l’ordre les enfants qui grimpent sur les arbres ou piétinent l’espace vert”, se plaignent-ils. Pour les mêmes raisons, pourtant, ce jardin a été fermé en 2006 pour trois ans, pour sa remise en état avec l’aide de la ville de Paris.  Pis encore, malgré toute la richesse et la diversité de ce patrimoine de classe mondiale, les amoureux de la nature et amis ont été surpris dernièrement de constater une volonté de création d’une EPIC pour gérer ce site, comme le mentionne un article paru dans un quotidien arabophone en date du 2 mai 2016, déclarant que la wilaya d’Alger “envisage la création d’une EPIC” pour gérer ce site unique.
Or, cette affirmation est en totale contradiction avec ce qui avait été mentionné en EPA. Lors de la création d’un établissement public administratif dénommé Établissement El-Hamma par l’arrêté 06/20 de novembre 2006 de l’APW, qui l’a transféré à la wilaya d’Alger par décret présidentiel, promesse a été faite de garder son statut Établissement public administratif (EPA), mais, voilà que dix ans après, on veut en faire une EPIC. Depuis, le jardin est entre deux institutions, une EPA sous la tutelle de la wilaya, et l’ANN dépendant du ministère de l’Agriculture, qu’aucun lien ne relie. Le transfert a touché le jardin en plus des effectifs, alors que faute de statut spécifique, les ingénieurs sont restés à l’Agence nationale pour la conservation de la nature (ANN).

L’austérité pointe à l’horizon !
Du point de vue légal, l’entité “Jardin d’Essai” n’a aucune existence juridique depuis l’indépendance, nous signale-t-on. Néanmoins, il faudra remonter à l’ère coloniale pour retrouver son premier classement en site naturel en date du 24 octobre 1947, confirmé par l’ordonnance N°67-281 de décembre 1967 relative aux fouilles et la protection des sites et monuments historiques et naturels (Journal officiel n°07 du 23-01-1968, annexe III-page 65). En 1963, la direction du Jardin d’essai fut confiée à l’INRA jusqu’à 1985 où il fut transféré au Muséum national de la nature suite à la création de ce dernier par décret n°85-79 du 23 août 1985. Ce même Muséum national de la nature a été réorganisé en Agence nationale pour la conservation de la nature (ANN) par le décret exécutif  N°91-33 du 09 février 1991, modifié et complété par décret le n°98-352 du 10 novembre 1998. Le Jardin d’essai fut ensuite transféré à la wilaya d’Alger en vertu du décret exécutif 06-350 du 5 octobre 2006. L’EPA locale Jardin d’essai du Hamma a  été créée par arrêté interministériel de septembre 2007. Et enfin, le jardin est géré par la loi 07-06 du 13 mai 2007 relative à la gestion à la protection et au développement des espaces verts. Les craintes des amis du Jardin d’essai, ingénieurs et employés, sont justifiées par le fait qu’une fois transformé en EPIC (Entreprise publique à caractère industriel et commercial), le jardin sera versé automatiquement à des activités lucratives par la mise en place d’aires de jeux, kiosques, buvettes…, mise à nue des collections, déperdition de spécimens uniques…
Toutes ces activités feront perdre à ce site remarquable sa vocation botanique de recherche et de l’application des mesures de conservation.
Pourtant, il génère une recette très importante, provenant de la venté des tickets, fixés à 100 DA pour les adultes et 30 pour les enfants, pour parer aux problèmes financiers dont on se justifie pour opérer ce changement de statut. Ainsi, non seulement ils entendent sensibiliser sur les conséquences d’une telle décision, mais aussi proposent, à la place, le classement en urgence de ce site en tant que jardin botanique et patrimoine national naturel. D'ailleurs, il répond déjà à 9 sur 12 des critères de classification d'un jardin botanique, élaborés par l'organisme international chargé de la conservation des jardins botaniques (BGCI), soutiennent-ils.
Cette classification, telle que souhaitée, devrait permettre au jardin de se diriger vers un autre avenir, plus valorisant à plusieurs titres, dans le domaine de la recherche scientifique entre autres, sur les plantes médicinales et aromatiques, dans la réhabilitation des essences végétales menacées de disparition que ce soit des espèces autochtones ou acclimatées… cela devrait, en outre, favoriser les échanges avec des jardins similaires de par le monde. Et pour conclure, la vulgarisation et la sensibilisation d’un public averti ne seront que bénéfiques à toutes les générations confondues ainsi qu’aux visiteurs de passage à Alger, avec tous ces lieux pittoresques encore intact.

A. R.


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