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A la une / Reportage

VIE DES MALIENS À BAMAKO

Victimes de la guerre, otages de la misère

©Lyès Menacer/Liberté

À Bamako, il y a de la vie et un pays à construire. Les Maliens ont le potentiel humain qui peut être exploité pour faire du Mali un véritable carrefour entre les pays de l’Afrique du Nord et leurs voisins de l’Afrique subsaharienne. Mais le Mali a besoin de paix. C’est cette paix qui manque à une partie du continent africain.


Dès sa descente d’avion, à l’aéroport international de Bamako-Sénou, Mohamadou se laisse complètement aller au chant du retour au pays, fredonné en bambara (Bamanankan), la langue locale. Avec cinq des ses compatriotes, étudiants en Égypte et en Algérie, il marque une pause, puis monte le bus stationné à quelques mètres du Boeing 737-800 d’Air Algérie. Heureux de rentrer au pays, après neuf mois passés à l’université Senghor d’Alexandrie, en Égypte, Mohamadou est pressé de revoir sa femme et ses deux enfants, en bas âge. Durant son absence, ils ont rejoint la belle-famille qui vit à l’autre bout de Bamako, la capitale malienne. “Je passe voir ma femme et mes enfants, puis je reviens m’installer temporairement chez un ami qui m’attend dans le parking de l’aéroport”, explique Mahamadou. “Dès demain, je dois me chercher un nouvel appartement, puis reprendre mon travail à l’université”, explique-t-il. Originaire de Gao (Centre), où vit la majorité des membres de sa famille, Mohamadou est spécialiste en gestion de l’environnement. Il a des projets pleins la tête pour débarrasser Bamako de toutes ses ordures qui jonchent les rues de certains quartiers et polluent le fleuve Niger qui traverse la ville. Il en parle avec enthousiasme, en pensant au nombre de postes d’emploi qui pourraient être créés. “Nous pourrons créer une nouvelle économie grâce au recyclage des déchets et économiser nos ressources naturelles”, explique-t-il, sur la terrasse d’un hôtel à Bamako. Son retour au pays coïncide d’ailleurs avec la sortie de son livre La gestion des déchets médicaux au Mali. Momentanément, le jeune diplômé d’un second master doit s’occuper de la recherche d’un nouveau logement, pour lui et pour sa petite famille. Et la mission s’avère, deux jours plus tard, des plus compliquées. En quelques mois d’absence, les lois du marché ont sournoisement changé sans que l’État malien puisse y changer quelque chose. Embourbées dans la gestion de la guerre, depuis 2012, les autorités maliennes ne pensent qu’aux moyens de rétablir la paix pour se pencher véritablement sur les problèmes quotidiens des Maliens. Pendant ce temps, le prix de l’immobilier a flambé à Bamako. Les agents et les propriétaires immobiliers imposent leur propre règle, dans un marché saturé par l’afflux des populations qui se sont installées à Bamako depuis le début de la guerre dans le nord du Mali. “L’an dernier, j’ai visité un deux pièces cuisine, proposé à la location pour 45 000 francs CFA (environ 70 euros). Aujourd’hui, son propriétaire le loue à 80 000 franc CFA (121 euros)”, s’exclame Mohamadou.

La Minusma en cause ?
“Maintenant, il faut payer trois mois de caution et avancer un mois de loyer”, précise encore son ami Yacouba, ingénieur et patron d’un bureau d’études en architecture à Bamako. Avant, le locataire payait l’équivalent d’un mois de caution et avance un mois de loyer. “Mais ça, c’était avant la guerre et l’arrivée de la Minusma au Mali”, explique Yacouba. En quoi la mission onusienne pouvait-elle provoquer une flambée des prix et bouleverser un marché de l’immobilier jusqu’ici stable ? “Les soldats et les responsables de la Minusma louent des appartements pour de longues périodes, paient cash leur location et versent trois mois de caution. Les propriétaires et les agents immobiliers ont donc fini par adopter cette manière de travailler. Les futurs locataires ne peuvent même plus négocier un arrangement ou faire baisser les prix un peu”, répond Yacouba, au fait du marché de l’immobilier et qui promet, entre deux gorgées d’eau, d’aider Mohamadou à se loger le plus tôt possible dans un Bamako surpeuplé. Souvent en mission dans le nord du Mali, les soldats de la Minusma, majoritairement issus des pays voisins, laissent leurs appartements inoccupés des jours durant. “Les membres de la Minusma préfèrent louer un studio ou un appartement pour trois ou quatre mois que d’aller à l’hôtel qui appliquent des prix parfois élevés. Leur soucis, c’est d’avoir un pied à terre à Bamako, avec suffisamment de commodités”, renchérit Badis, un de ceux qui ont fui la guerre à Kidal (Nord-Est), pour venir s’installer à Bamako, dans l’espoir de reprendre un jour son activité commerciale dans le Nord, toujours, en guerre entre le gouvernement malien et les mouvements armés de la Coordination des mouvements de l’Azawad.

Détresse sociale et économique
Surpeuplée et asphyxiée sur le plan économique, Bamako a vu augmenter aussi les prix des produits de première nécessité, comme l’oignon, très utilisé dans la cuisine locale. Son prix dépasse régulièrement la barre de 450 franc CFA le kilogramme, explique Aminata, qui tient un petit stand dans le grand marché de Bamako. Le riz local est, quant à lui, inaccessible aux Maliens qui consomment celui importé des pays asiatiques et souvent de très mauvaise qualité.  Produit local, par excellence, la mangue ne se laisse pas approcher facilement. Son prix est passé de 750 à 1 100 franc CFA le kilo. “Mais les prix vont revenir à la normale dans quelques jours, car c’est la saison de production qui arrive”, rassure Drissa, chauffeur de taxi. Pour rentabiliser leur journée, de nombreux Maliens sont contraints à cumuler plusieurs métiers, tandis que certains, notamment les femmes, se voient obligées de travailler au marché la journée et vendre des sandwichs la nuit sur le bord des principaux axes routiers de la ville.  À Bamako, chacun se débrouille comme il peut. Combattu par les organisations humanitaires et l’ONU, le travail des enfants se pratique de manière quasi ordinaire.

Postés parfois devant des feux tricolores, des enfants, en âge d’aller à l’école, proposent toutes sortes de produits, allant de l’eau minérale aux cartes de recharge téléphonique.

D’autres parcourent toute la ville pour gagner de quoi se payer, peut-être, le seul repas de la journée. La cherté de la vie, couplée à l’instabilité politique et sécuritaire dans un pays où l’économie est bâtie sur le commerce, accentue la détresse des Maliens qui espèrent en finir avec cette interminable guerre dans le Nord. Vieux de plusieurs décennies, le conflit opposant le gouvernement de Bamako aux indépendantistes touaregs Ifoghas, majoritaires dans la région de Kidal, a déteint sur le quotidien des Maliens, dont des dizaines de milliers vivent actuellement dans les camps pour réfugiés, implantés par l’ONU dans les pays voisins, comme la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso.
Signé le 15 mai 2015, au lendemain du retour de Mohamadou de son long voyage estudiantin en Égypte, l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali constitue une grande lueur pour les Bamakois et tous ces Maliens qui ont trouvé, provisoirement, refuge à Bamako. Mais du chemin reste à faire pour faire régner la paix et le vivre ensemble qui a toujours empreint les relations entre tous les groupes ethniques et religieux à travers le Mali.

L. M.


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