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A la une / Reportage

Navette nocturne Alger-Annaba par train

Voyage au bout des chemins… d’enfer !

Le train s’ébranle d’Alger à 21h30 pour arriver à Annaba le matin du lendemain à 8h30. Onze heures de trimard dans des conditions rocambolesques.

Les horaires étant décalés en ce Ramadhan, le train quitte la gare d’Alger (aux environs) de 21h30, pour atteindre Annaba, le matin du lendemain. Logiquement, il arrive vers 8h30. Poussière visible sur les nombreux sièges vides, insalubrité des sanitaires, lumières très faibles et climatisation souvent en panne : tel est le décor qui s’offre à l’intérieur des wagons datant des années 80 ! Entre le wagon de l’escorte et les deux voitures-couchettes, plus ou moins vivables, le wagon à places assises reste le compartiment le plus incommode. Pour l’hygiène, il faut repasser. Une couche épaisse de poussière couvre les sièges et le parterre.
A priori, cela n’augure rien de bon, en ce début de la soirée du 2 août. Le 14e jour de Ramadhan, que nous avons choisi pour partager le long courrier Alger-Annaba, avec le peu de citoyens qui osent encore fréquenter l’unique train nocturne gardé par la SNTF. “Franchement, si je connaissais ce décor à l’avance, je n’aurais jamais voyagé dans un train pareil. C’est la première et la dernière fois que je le prends. Inch’Allah, je n’y remettrai plus les pieds !” vocifère Omar, désabusé, quelques instants seulement après le sifflet du départ donné par le chef de gare d’Agha.
Pourtant, ce voyageur qui découvre pour la première fois cette situation ne va pas aller jusqu’au bout du trajet. Il descend à Sétif. La seule chose qui peut consoler Omar, c’est le fait de pouvoir voyager la nuit, notamment durant l’intervalle d’une soirée ramadhanesque.  Même son de cloche chez son voisin Kamel avec qui il partage le siège.
Pour lui, le choix de ce train est justifié par une seule chose :  pouvoir passer son temps à voyager entre le f’tour et le s’hor.
“Ce n’est que durant ce Ramadhan que j’ai découvert ce train, et je ne le trouve intéressant que durant cette période justement, car il nous permet de voyager la nuit. C’est l’unique avantage qu’il présente. Autrement, c’est le moyen de transport le plus mauvais en termes de confort et autres prestations”, commente encore Kamel, qui emprunte ce train au moins deux fois par semaine depuis le début du Ramadhan.
La plage horaire reste finalement le seul avantage qu’offre ce train nocturne, notamment en ce mois de carême. À titre d’exemple, la SNTF ne prévoit rien de spécial pour les voyageurs, encore moins à ses employés, en ce mois dit pourtant de piété ! Hormis des boissons et quelques amuse-gueules, rien d’autre n’est proposé à l’heure du s’hor.  

La sécurité, seule satisfaction
S’il est déjà bien informé que nos trains arrivent souvent en retard, Omar, tout comme le reste des passagers, ne s’attend pas cependant à cet arrêt imprévu de plus de 3 heures et demie que devait marquer, contre toute attente, le train ce soir à la gare de Bordj Bou-Arréridj… À ce moment précis, c’est tout le monde, y compris les cheminots à bord, qui est tenu en haleine. Le train reste immobilisé de 1h15 jusqu’à 3h45 ! Et pour cause, des citoyens de la localité d’Ouled Mimoune, 14 km plus loin à l’est de la gare de Bordj Bou-Arréridj, décident de bloquer la voie ferrée au niveau de leur région, pour exprimer leur colère contre les coupures d’électricité et autres problèmes sociaux.
Ce modus operandi auquel recourent ces dernières années les citoyens n’étonnent pas outre mesure les passagers. Toujours est-il, c’est tout le monde à bord qui s’impatiente naturellement à voir enfin le train reprendre le rail. Pendant ce temps, le personnel de bord tente de rassurer les plus impatients. D’ailleurs, et pour le même problème, ce même train sera, le lendemain, contraint d’annuler carrément son départ. Cette fois-ci, ce sont des cheminots, recrutés dans le cadre du dispositif de l’Anem, et auxquels la SNTF aurait refusé de renouveler leur contrat, qui décident de fermer la voix ferrée à la grande gare de Béni Mansour. “Ne vous souciez pas trop, ce n’est qu’une affaire de quelques minutes, et le train reprendra son chemin. On arrivera Inch’Allah”, confirme le chef de gare de Bordj Bou-Arréridj, pendant que les agents de sécurité, armés de fusils à pompe, de la SNTF, font le va-et-vient le long des wagons. La sécurité reste d’ailleurs la seule satisfaction de ce voyage stressant. Les agents de la SNTF sont épaulés par des gendarmes, une quinzaine environ, qui “squattent”, ensemble, le wagon de première classe à places assises. Initialement, le croisement des deux trains, à destination opposée entre les villes d’Alger et d’Annaba, devait s’effectuer au niveau de la gare de Sétif. En même temps, les brigades des gendarmes accompagnant les deux trains devaient se relayer pour retourner à leur caserne de départ. Mais toutes les opérations ont été chamboulées cette nuit-là, pour cause du blocage des deux trains, l’un à Bordj Bou-Arréridj et l’autre à Constantine. Il a fallu attendre plusieurs heures pour enfin voir les deux trains se croiser à la gare de Khroub. Le train en provenance d’Alger atteindra finalement la gare d’Annaba vers 11 heures…
“C’est le plus long trajet de la Sntf et le moins rentable !” 
Il est le voyage le plus long en Algérie. Il dessert au moins six grandes wilayas, à savoir Alger, Bouira, Bordj Bou-Arréridj, Sétif, Constantine et Annaba. Cependant, le train quotidien à destination ou en provenance d’Annaba, est devenu, de nos jours, étrangement le trajet le moins rentable de la Société nationale des transports ferroviaire (SNTF).
Il est passé de 21 voitures, dont 18 couchettes, durant les années 80, à seulement 3 voitures, (deux couchettes, une à places assises), aujourd’hui. Mieux, il ne fait jamais le plein. Souvent, attestent des cheminots, sous le couvert de l’anonymat, le taux de remplissage de wagon est insignifiant. “Pratiquement, seuls les citoyens titulaires de cartes de gratuité de transport, tels que les moudjahidine et les personnes souffrant de handicap, optent aujourd’hui pour ce train”, confie un habitué de la navette Alger-Annaba.
Ou encore des… SDF ! “C’est le train le moins rentable de la SNTF”, regrettent des cheminots, soucieux de  l’avenir de leur entreprise. Pourquoi les citoyens fuient-ils ce train ? C’est si simple : d’abord, il y a le prix du trajet qui reste hors de portée de la classe moyenne, comparativement aux prix pratiqués par les autres moyens du transport terrestre, comme les bus et les taxis.
Fixés respectivement à 750 DA la place dans un bus et à 1 000 DA celle du taxi, les voyageurs préfèrent de loin ces prix par rapport à ceux du train qui varient, selon les classes, entre 1 260 DA et 2 005 DA ! Pis encore, le rapport qualité-prix n’est guère respecté. Il s’agit de l’un des plus anciens trains de la SNTF, en plus qu’il est très mal entretenu.
D’où il ne peut être classé que parmi les moyens de transport les plus incommodes, voire désagréables. Désormais, opter pour ce moyen de transport, c’est tout simplement accepter d’aller à l’aventure sans compter les retards fréquent ; le trajet Alger-Annaba, long de 629 km, dure au minimum 12 heures. Ça coûte exactement 1 260 dinars la place assise, dans le compartiment non classé, voire inclassable, tandis que le prix du soi-disant première classe à couchettes, est fixé à 2 005 DA.
Les couchettes de deuxième classe sont taxées à 1 530 DA. Les cabines de première classe comportent quatre couchettes superposées, alors que celles de deuxième classe en comptent six. Cependant, les poussières couvrent toutes les classes…


F. A.