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Reportages Samedi, 21 Janvier 2012 10:00 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Mission d’information de l’UFL au Mali

Alliance et unité contre Aqmi

Par : Djilali BENYOUB

Hasard de la géographie ou simple folie d’humains ? Avec une configuration à forme géométrique compliquée héritée de la libération, la Mali s’est retrouvé, bien loin, après l’indépendance, au centre d’un particulier intérêt international. Passé l’hivernage, le temps est tempéré, un peu comme Alger au mois de juin, mais “les gens nuisibles”, comme on désigne les terroristes, n’ont rien à voir avec le temps et le temps qu’il fait, ils n’ont pour objectif que de transformer la région en leur sanctuaire.

Première virée en cette désertique contrée – qui en fait ne l’ai pas comme on le soupçonne – qui se décline, héritage ancestral oblige sous le signe d’une insoupçonnable hospitalité. Les facteurs politiques sont un autre élément qui nourrit des différenciations aussi absurdes qu’incongrues.
Le retard d’Air Algérie aidant, on découvrit le Bamako dans son sommeil, mais aussi Bamako dans son immense hospitalité. Lent, certes, mais aussi pointilleux que ponctuel qu’une horloge de maître. Difficile de se concentrer sur la mission d’information initiée par l’Unité de fusion et de liaison (UFL), cet organisme des services de renseignements des pays du champ, tant le décor en quittant Bamako interpelle. Difficile également de retenir ces noms de villages aussi exotiques qu’attrayants. En direction du lointain Sud, le plus sécurisé, mais également, le passage obligé des trafiquants en tous genres venus de l’Afrique de l’Ouest, l’escale s’impose à Bougouni, un petit village sommaire, à mi-chemin entre Bamako et Sikasso, ville très riche, mais intimement collée au flancs de la Cote d’Ivoire qui vient à peine de sortir d’une presque guerre civile. Des centaines de cases construites le long de la route font office de boutiques où l’on trouve tous les services dont a besoin le passager. Fallait-il s’arrêter pour déguster des brochettes, debout ou assis par terre. Le goût fait facilement oublier la fumée du bois brûlé, la poussière, le bruit des mobylettes et les cris des enfants. Car, ici à Bougouni, rapidement prononcé donne quelque chose comme Boghni à Tizi Ouzou, on travaille en famille. Des femmes, comme celles qui font les brochettes, sont des associées. La destination est encore loin. Reste la moitié du chemin à faire et le soleil n’a pas tardé à faire monter le thermomètre.

Sikasso, le modèle  de collaboration
Largement épuisé malgré le décor “exotique” qui s’offre au regard des deux côtés de la route, avec de temps en temps de petits hameaux aux constructions identiques, dont des huttes, l’arrivée à Sikasso est un soulagement après plus de 400 km avalés sans répit. Petite ville sympathique où l’on est encore frappé par le va-et-vient incessant des motos. Des centaines ou des milliers de motocycles qui occupent les rues qui prennent un petit air de Chine. Ville administrative et de garnison, Sikasso est présentée comme la capitale économique du Mali. Petite visite alors à la 8e région militaire choisie pour sa spécificité. On le constate à l’accueil au comité composé de tous les services de sécurité et de l’armée. Des officiers de l’armée, de la gendarmerie, de la police, des douanes… Toutes les forces collaborent, travaillent selon un même plan, sous la coupe du colonel Abdeulaye Cissé.  Cet ancien du Centre africain d’études et de recherche contre le terrorise (CAERT) a réussi à créer une cohésion entre les différents services de sécurité, conscient que cette “union” est indispensable pour sécuriser les 1800 km de frontières de Sikasso. La population est également mise à contribution. Les imams évoquent le risque terroriste dans leurs prêches, les chasseurs également signalent toute présence étrangère dans la région. “Ce n’est pas une région d’activité d’Aqmi, mais nous sommes conscients du risque”, déclare l’officier responsable de la région militaire. Dans la ville, les patrouilles et les points de contrôle sont mixtes.  Tous les services y participent. “Nous avons opté pour le créneau de la prévention”, confie le responsable de la gendarmerie qui se charge également de l’organisation des quatre convois d’escorte chaque soir. L’escorte est organisée après le signalement de braquages sur la route liant Sikasso à Bamako. À partir de 18h, seuls ceux qui veulent s’aventurer peuvent sortir de la ville, une fois avoir signé un document le responsabilisant. Sinon, on attend le départ du convoi escorté. “Depuis, il n’y a plus eu de braquage”, reconnaît le gendarme en chef.  Signe de l’efficacité de cette stratégie, l’arrestation, la semaine dernière, d’un Mauritanien en provenance de Côte d’Ivoire avec dans ses bagages des armes, des munitions et 3600 détonateurs. On le soupçonne a priori de vouloir convoyer ce matériel pour les groupes terroristes au nord du Mali. Cela dit, reconnaît-on, il n’y a pas de trafic à grande échelle. Ce trafic peut être le fait des rebelles ivoiriens qui vendent leurs armes à la fin de la crise. Le maillage de la frontière est fait aussi pour dissuader les éventuels criminels.

Prévention par le maillage  sécuritaire
Il y a également l’immigration clandestine que l’on associe au trafic d’êtres humains et au recrutement pour Aqmi. Les clandestins peuvent facilement devenir une proie d’Aqmi, tranche un officier. “Nous maîtrisons la situation pour l’instant et nous sommes prêts à intervenir à tout moment”, confie encore le colonel Cissé qui plaide pour une coopération entre les États pour faire face à Aqmi, “car, a-t-il déclaré, le terrorisme n’a pas d’État”. Pour preuve, la composante d’Aqmi : des Maliens et des réseaux maffieux. Sikasso veut “exporter” son modèle dans les autres régions et dans les pays du champ. Le colonel Cissé a salué l’initiative des pays du champ qui ont créé le Cemoc et l’UFL. Son souhait est de voir la population s’impliquer davantage dans ce combat mais aussi et surtout “une volonté politique ferme” des pays du champ. Et un rôle plus actif des imams dans la sensibilisation de la population. À Sikasso, “l’imam est dans toutes (nos) activités”, affirme l’officier supérieur. Le soleil n’est pas loin de décliner, mais le chemin est encore long. Prochaine destination Ségou, plus à l’ouest à la limite de la frontière mauritanienne qui inclut une partie de la forêt Ouagadou inscrite parmi les sites abritant des groupes d’Aqmi. Le gouverneur de Ségou, hospitalier autant que la majorité de la population malienne, préfère parler “plans de développement”, particulièrement de l’agriculture “pour redonner à Ségou sa réputation de grenier du pays”. Les prévisions pourront faire de son gouvernorat un exportateur de céréale dans la sous-région. Des projets sont déjà lancés dans ce sens, notamment pour les céréales, la pomme de terre et l’élevage. Cela apparaît déjà dans les étalages de fruits et légumes frais. Autres priorités du gouverneur, la santé et l’éducation. Mais, il reste conscient que la présence des expatriés qui sont justement partenaires dans les projets agricoles constitue une cible “pour les gens malintentionnés”. Raison pour laquelle “nous sommes vigilants”, dit-il. Les services de sécurité contrôlent les passagers, mais aussi la population, selon lui, sensibilisée, participe à cette œuvre. Les radios et le téléphone mobile sont également mis à profit pour véhiculer le message dans les régions enclavées qui commencent à connaître un début de désenclavent, notamment à travers les projets routiers pour relier tous les villages. Le long du fleuve Niger qui longe la route menant vers Ségou, quelques pirogues apparaissent “même si ce n’est pas la  saison”, confie un citoyen venu assister à un festival des arts traditionnels.  Il y a aussi des piroguiers qui ramassent du sable au fond du lit de la rivière. C’est une activité très connue et qui se perpétue avec tous les projets de construction.

La musique rythme la vie
La soirée se passera sous le signe du ton, du rythme et du tempo. Des chanteurs, des groupes, des peintres et tresseuses sélectionnés dans différentes régions du pays viennent concourir pour l’élection des meilleurs d’entre eux. Les meilleurs l’ont emporté dans la joie, la musique et l’évocation des légendes du pays vivantes et mortes.  Malgré la fraîcheur de cette nuit, l’assistance colorées, des différentes ethnies, mais aussi des étrangers, des Européens, est restée jusqu’à la fin du spectacle qui est en lui-même le prélude du festival du Niger qui a lieu chaque année au mois de février.  
Le lendemain, l’échange sera avec les responsables des services de sécurité de la 2e région militaire. Comme à Sikasso, les représentants de l’UFL expliquent les missions et les objectifs de l’Unité, détaillant ses origines et ses activités.  Le premier responsable militaire de la région, un officier de l’armée considère Ouagadou comme une zone de passage des terroristes dont les camps d’entraînement sont à Tigherghar au nord. Ils viennent par petits groupes, prêchent dans les mosquées, leurs cibles étant les plus démunis pour les faire adhérer à eux et les européens qu’ils prennent en otages. Une opération a été menée dans cette forêt qui a été transformée en zone de repli des éléments d’Aqmi, elle s’est arrêtée au bout d’un mois. Elle devait, selon l’officier, durer six mois et s’étendre jusqu’à Kidal.

Ouagadou, sans Gou
Compte tenu de la persistance de la menace, il a estimé que le combat se poursuive en permanence. “Il faut que ce soit une opération continue”, dit-il.  De son côté, l’État, a-t-il affirmé, a mis les moyens pour contrer les groupes terroristes, notamment en distribuant des vivres pour les démunis et le travail de sensibilisation des populations. Les services de sécurité ont, de leur côté, mis en place un système de réseau d’information impliquant tout le monde.  Ils continuent parallèlement à aider ces population qui constitue la cible privilégiée des terroristes.
Cette belle aventure s’achève sur le chant des oiseaux et cette note d’optimisme des responsables militaires et civils quant à l’avenir de la sous-région, avant le retour vers la rivière du Caïman, Bamako, par où elle a commencé. Bamako la cosmopolite, ses couleurs, son hospitalité, mais aussi ses interminables bouchons et ses millions de motos vrombissant à longueur de journée. Comme Alger avec ses embouteillages et ses moustiques mais sans l’humidité.


D. B.

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