Autres / Rétrospective 2016

Il n’en a pas effectué depuis son AVC

Sorties de Bouteflika dans l’Algérois

© APS

Le chef de l’État faisait son come-back par des apparitions publiques, somme toute, symboliques, mais qui ont pour effet de marquer physiquement son territoire.

Entre “le Président ne gère pas avec ses pieds, mais avec sa tête !”, de Benyounès du MPA et “le Président va se remettre à marcher dans quelques mois”, prophétie maladroite du “nouveau” visage fripé du FLN, Ould Abbès, l’année 2016 aura été celle du retour à la vie… publique de Bouteflika. Depuis son AVC et sa réélection sur fauteuil roulant à un quatrième mandat, le chef de l’État avait disparu des écrans radar suscitant rumeurs sur sa santé et chuchotements sur son trépas à l’étranger. Cette éclipse “médicale” poussant même l’opposition à exiger des présidentielles anticipées et certains à demander à la Grande muette d’intervenir et de mettre fin à la vacance du pouvoir.
La vox populi prêtait alors les pleins pouvoirs à l’entourage familial de Bouteflika, assistant à l’émergence d’une faune d’hommes d’affaires. Une dizaine voire une quinzaine de noms, proches du sérail, qui ont phagocyté tous les secteurs d’activité, offerts sur un plateau par un gouvernement complètement discrédité par les scandales qui ont entaché ses ministres et leur gestion approximative de la chose publique. L’épisode de la photo twitée par le Premier ministre français lors de son séjour à Alger finissait par offrir l’image d’un Bouteflika hagard, diminué, soulevant une vive indignation parmi les Algériens qui ont renouvelé leur crédit sympathie pour leur président, dilapidé par des années d’indifférence et de mauvaise gouvernance. Pourtant, le chef de l’État faisait son come-back par des apparitions publiques, somme toute symboliques, mais qui ont pour effet de marquer physiquement son territoire. Ainsi, et à l’occasion de la fête de l'indépendance, il était présent au cimetière d’El-Alia pour ce qui est sa première apparition publique depuis une année. Même si les Algériens n’avaient pas droit au son, l’image était la meilleure preuve du retour aux affaires du locataire d’El Mouradia. Un peu plus d’un mois plus tard, le président de la République inaugurait le Centre international des conférences (CIC), accompagné notamment de son conseiller, son frère, Saïd. Cette sortie publique avait été différemment commentée évoquant un message sibyllin de Bouteflika à l’adresse de la classe politique et des capitales occidentales. La presse internationale, reprenant l’inauguration du CIC, a mis en exergue le caractère de cette sortie la qualifiant de “rare”, rappelant l’historique médical du président. Selon l'analyste politique Arslan Chikhaoui, repris par Reuters, cette inauguration était pour le chef de l'État le moyen de dire “qu'il a l'intention d'aller jusqu'au bout de son mandat, en 2019” excluant, au passage, toute élection présidentielle anticipée. Au ébut de la deuxième décade de décembre, Bouteflika inaugurait à retardement la nouvelle ville de Sidi Abdellah. Une sortie publique qui intervenait après son dernier séjour grenoblois. Des escales protocolaires qui ont fini par avoir raison du leitmotiv de l’opposition mais qui n’auront rassuré personne quant aux capacités physiques du président à aller au bout de son mandat.  


S. O.