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Rio + 20 Mardi, 17 Juillet 2012 15:47 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Mourad Benmehidi, représentant permanent de l'Algérie à l'ONU et président du G77

"L’Algérie a été confortée dans ses actions nationales"

Par : Mehdi CHERIET

Il est plus de 21h00, la cérémonie de clôture de la conférence de Rio+20 vient de prendre fin. Les conférenciers sortent de la salle plénière, interdite à la presse, avec les traits tirés. Certains ont le sourire, d'autres semblent pressés de quitter les lieux. Le soulagement prédomine en dépit des résultats mitigés. Le consensus ne peut satisfaire personne, c'est  même l'une de ses principales caractéristiques. Cela n'empêche pas les organisateurs de la conférence de qualifier le texte final de premier pas dans la bonne direction Parmi les acteurs clés de ce sommet, il y avait le groupe des 77 qui compte aujourd'hui 132 pays. L'ambassadeur Mourad Benmehidi, représentant permanent de l'Algérie à l'ONU et président du groupe des 77, a eu la gentillesse de nous accorder un entretien le 22 juin au Riocentro, peu après la clôture du sommet. Le diplomate détaille dans cette interview le rôle du G77 et de l'Algérie dans les différentes sessions des négociations.

Interview réalisé par notre correspondant au Brésil, Mehdi CHERIET

Quel bilan faites-vous du sommet de Rio+20 ?

Permettez-moi de commencer par le début. Le processus a été lancé en décembre 2009, lorsqu'une résolution a été adoptée par l'Assemblée générale pour convoquer le Sommet de Rio. Deux thèmes lui ont été assignés : L'économie verte dans le contexte du développement durable et de l'éradication de la pauvreté et l'examen du cadre institutionnel dans le cadre du développement durable.  Le processus de négociation et de consultation a commencé en janvier 2012 et a coïncidé avec la présidence par l'Algérie du groupe des 77 + la Chine (l'organisation comprend aujourd'hui 132 pays).

Le premier défi qui se présentait aux algériens était de définir les aspirations des pays en développement. Ce n'était pas une tache facile car nous sommes un groupe très divers qui comporte les pays émergents, les pays à revenu intermédiaire, les pays  moins développés, les états insulaires, les états enclavés, les pays dépendant des sources d'énergies fossiles pour leur développement et les pays qui en importent... Nous devions assigner un objectif commun à une grande diversité de pays.  Pour cela il fallait que nous nous entendions sur les principaux paramètres nous permettant de nous présenter unis dans ce processus de négociation. Nous ne voulions pas reproduire le scénario des négociations pour le changement climatique où pratiquement tous ces groupes négociaient seuls, l'Afrique d'un côté, les pays insulaires de l'autre, etc. Nous les avons invité à se regrouper autour d'un dénominateur commun... (le négociateur chinois nous interrompt pour féliciter l'ambassadeur). Les pays en développement ont commencé par identifier les paramètres qui nous permettaient de définir cette notion d'économie verte. Cela devait être avant tout un outil à mettre en oeuvre progressivement et en aucun cas constituer une nouvelle forme d'économie qui favoriserait ceux qui disposent de moyens technologiques pour la développer. Mais nous n'étions pas les seuls à faire preuve de prudence vis-à-vis de ce concept.

Notre souci était d'empêcher que l'économie verte transforme les ressources naturelles en marchandise, chacun devait être capable d'atteindre le développement durable en toute souveraineté. Tout en s'engageant à retenir l'esprit de l'économie verte, à savoir trouver un équilibre entre le développement économique, le développement social et la conservation des ressources naturelles rares. Le pilier de l'environnement dans le développement durable c'est la gestion rationnelle de ressources limitées. Il fallait éviter  que les pays les plus préoccupés par la dégradation de l'environnement n'entravent les efforts des pays en développement sous couvert de normes édictées. C'est l'un des points qui peut constituer le succès relatif de la conférence. Tout le monde a admis que ce n'était qu'un outil qu'il fallait développer mais sans imposer de vision économique aux uns et aux autres.  Pour parvenir à ce résultat nous avons, dans notre stratégie de négociation, insisté pour réaffirmer les principes et les programmes décidés vingt-ans plus tôt à Rio. Le plus important pour les pays en développement était de reconnaitre que nous avions une responsabilité commune avec l'ensemble des habitants de la planète pour conserver les ressources. Mais cette responsabilité devait être différenciée, chacun devant faire en fonction de ses capacités. Cette notion était contestée par nos partenaires des pays développés car ils estimaient que les réalités économiques avaient changé, les pays émergents ayant à présent plus de moyens financiers. La solidarité du groupe a été de dire que ces réalités économiques restent les mêmes pour la majorité des pays en développement. Il fallait tenir compte de l'immense majorité des populations de ce groupe (77 + la Chine) pour laquelle les conditions économiques n'avaient pas fondamentalement changé.  Ces principes ont été réaffirmés de haute lutte durant les différentes sessions de négociations. La question de l'économie verte a été plus facilement admise par les pays en développement. Au sujet du cadre institutionnel, les pays qui étaient le plus préoccupés par la dégradation de l'environnement ont déclaré que le moment était venu de transformer le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) en une agence spécialisée qui serait chargée de mettre de l'ordre dans toutes ces normes et ces conventions et d'obtenir les moyens financiers et technologiques nécessaires pour édicter les politiques des membres des Nations unies. Un grand nombre de pays au sein du groupe des 77 et à l'extérieur estimait que c'était peut-être trop tôt pour créer une organisation qui édicte des normes sur le modèle de l'OMS ou de la direction de l'aviation civile. Si l'on s'engage c'est pour respecter les normes que produirait cette institution. Nous avons aussi posé le problème des moyens de mise en œuvre de ces normes. Il faut que les pays en développement sachent d'où proviennent les ressources qui leur permettront de se mettre au diapason.

Sur quoi a débouché le compromis du document final ?

Le compromis a débouché sur la création d'un forum politique au sein de l'ONU qui serait destiné au développement durable dans ses trois composantes, développement, social et environnement. Nous avons aussi lancé un processus de consultation au sein de l'Assemblée générale pour définir le rôle de ce forum, le mandat et sa composition. Toutes ces questions seront discutées à tête reposée.  Pour ce qui est de l'environnement, le résultat est mitigé, on ne peut se contenter de l'actuel Programme des Nations unies pour l'environnement, nous avons donc décidé de le renforcer à travers son financement de manière à avoir un outil efficace.  Pour réaliser les politiques de l'économie verte, c'est à dire une façon de produire et de consommer compatible avec l'environnement, cela nécessite des moyens qui pour les pays en développement dépasse le billion de dollars sur une certaine période. En l'état actuel des finances publiques, un engagement financier de nos partenaires ne pouvait être pris. Il fallait donc encourager le recours à d'autres sources de financement. La contribution du secteur privé en est un, mais nous savons qu'il est guidé par le rendement. Le document nous permet de trouver des niches qui puissent s'occuper de politique économique soucieuse de l'environnement et du développement durable. Beaucoup des pays du groupe des 77 verraient d'un bon œil que ces entreprises viennent créer de l'emploi et de la richesse chez eux.  Ils ont modéré leurs ambitions sur le thème de l'économie et de l'agence spécialisée et c'est tout ceci qui a permis d'adopter un document final assez long (50 pages) qui aborde une variété de questions et ouvre beaucoup de processus.  Notre avons aussi voulu éviter que certains secteurs ne puissent concerner que les économies majeures. Je donne un exemple, la désertification et la dégradation des terres en Algérie et dans notre région aurait pu constituer une primauté. Alors que pour les partenaires l'océan constitue une autre priorité. Il a été donc décidé de ne pas imposer de prédominance et de se retrouver sur cette question au sein de l'Assemblée générale.

Certains négociateurs ont déploré l'absence d'une agence spécialisée pour le développement et la taxation sur les transactions financières ?

L'agence spécialisée pour le développement était fortement défendue par l'Union européenne alors que l'Union africaine exprimait le souhait de garder l'institution sur le continent africain. L'Union européenne, qui avait une position arrêtée, a soutenu l'idée de faire évoluer le PNUE en agence spécialisée. Du côté africain il y avait un consensus mou. Notre crainte était qu'elle puisse échapper au continent. Mais nous avons été réceptifs aux arguments exprimés, les conditions n'étaient pas encore réunies pour transformer tout de suite le PNUE en agence spécialisée. D'autres partenaires au sein du groupe étaient franchement réticents, le but n'était pas d'avoir 100 pour et 80 contre, l'objectif était d'avoir un document par consensus.  Pour ce qui est des taxations, nous laissons le choix à nos partenaires de définir la provenance des fonds publics pour le développement, les budgets et les taxes sur les mécanismes de financements innovants. L'essentiel pour nous est que les ressources soient disponibles et qu'elles soient destinées au développement et non pas pour compenser les déficits des pays donateurs. Nous n'avons pas encore reçu d'indications sur ces mécanismes de développement innovants, cela fera partie du processus de suivi. Si les arguments sont convaincants, les pays en développement sont preneurs. Mais il ne faut pas que cela serve à justifier l'abandon des engagements déjà pris pour l'aide officielle au développement.

Qu'est-ce que le développement durable implique pour l'Algérie ?

L'Algérie n'était pas parmi les pays les plus réticents à une orientation en faveur d'une économie, innovante, créative et respectueuse de l'environnement. Nous avons des programmes qui vont dans ce sens. Nous avons un projet ambitieux pour les énergies nouvelles et renouvelables. Nous avons un programme de mise en valeur des ressources en eau, un des thèmes principaux de cette conférence. Nous faisons déjà de l'économie verte dans ce domaine avec le transfert d'eau entre les régions et l'efficacité de l'utilisation des eaux d'irrigation. Il y a aussi un programme de développement durable et de restauration des terres qui est l'expression parfaite des ambitions de ce document. L'Algérie a été confortée dans ses actions nationales, dans les trois domaines que j'ai évoqués. Nous avons un potentiel pour l'énergie renouvelable qui est considérable.

L'Algérie a t-elle joué un rôle dans l'élaboration du document final ?

Notre plus grande satisfaction en tant qu'Algériens est d'avoir réhabilité le multilatéralisme après une longue période d'atomisation des pays en développement. Cette conférence a donné l'occasion aux 77 de s'unir et à notre pays la satisfaction d'avoir été l'acteur de ce regroupement, cela en prévision des conférences à venir. Le pays hôte nous a félicité d'avoir pu contribuer à éviter l'échec des négociations.

M.C

Voir photos : http://www.liberte-algerie.com/galerie-photos/mourad-benmehidi-representant-permanent-de-l-algerie-a-l-onu-et-president-du-g77-228

 
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