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A la une / Santé

Réalisation et réhabilitation des infrastructures sanitaires en Algérie

Les ingrédients d’un nouveau fiasco

La réalisation et la réhabilitation des établissements ne répondent pas aux normes du XXIe siècles. ©Zitari/Liberté

La réalisation et la réhabilitation des structures sanitaires s’appuient logiquement sur un large panel de compétences vu la révolution technologique que connaît le secteur. Elles doivent également répondre aux normes internationales, toujours plus pointues, avec l’affirmation  de concepts tels le développement durable, la centralité des plateaux techniques, l’intégration des systèmes d’information sanitaire ou encore l’humanisation des lieux de soins. Une attention particulière est donnée à la  dimension recherche, en particulier pour les pôles sanitaires dits “d’excellence”, le tout dans un contexte de maîtrise financière.

L’Agence nationale de gestion des réalisations et d’équipement des établissements de santé (AREES) devait être le catalyseur de cette modernisation et réhabilitation indispensables de nos structures de soins aussi bien de base que spécialisées. Elle devait palier provisoirement l’inexistence en Algérie d’une expertise en ingénierie hospitalière reconnue et participer à l’affirmation de nouveaux modes de management des établissements de santé.
L’Agence, censée faire passer au XXIe siècle nos infrastructures sanitaires (1), est installée dans les hangars délabrés et bricolés à la hâte, ceux de l’ex-Digromed, situés à Belouizdad (Alger).
Elle devait bénéficier de la dotation théorique du ministère de la Santé de 1000 milliards de dinars (2) pour la réalisation et la réhabilitation des structures sanitaires, ce qui a induit la mise en place d’appels d’offres en mode gré à gré simple pour la réalisation des 5 premiers CHU, projet dit “structurant”.
Ce qui revenait à l’émission d’un chèque en blanc, diront certains : vaste plan de communication, co-organisation de salons internationaux dédiés aux infrastructures hospitalières (3), cérémonies et démarrage symbolique de chantiers.
Puis, en ce mois de septembre, nous apprenons l’arrêt brutal, sur instruction du Premier ministère, de ces dits projets structurants de l’AREES : gel non pas d’un ou deux projets, mais de la totalité des projets, ce qui revient à un désaveu cinglant et total du travail effectué.

Pourquoi il faut craindre un nouvel échec
L’AREES, dès le départ, était vouée à l’échec. La crise financière qui s’annonce n’a fait qu’accélérer les choses, voire éviter un nouveau gâchis. Le statut de l’Agence qui, théoriquement, bénéficie d’une autonomie financière, est effacé par sa mise sous tutelle du ministre de la Santé –ce qui nous ramène à cette systématique primauté du politique sur le technique et qui confirme l’adage selon lequel nous avons du politique dans la santé et non une politique de santé. Le mode de passation des marché en  gré à gré répondait peut-être à un besoin de rapidité d’exécution mais cela ne satisfait pas aux standards internationaux d’évaluation tel le Health Technology Assessment. Le nombre élevé d’entreprises sélectionnées (4) pour ces projets est aussi aberrant : on négocie mieux les prix si on donne plus de volume de travail ; à l’inverse, la fragmentation du marché implique un renchérissement des coûts. Et, enfin, au vu de son organigramme, on peut estimer qu’en termes de ressources humaines qualifiées, l’Agence est sous-dimensionnée. Cette brève analyse indique clairement que le premier investissement aurait dû concerner l’Agence elle-même, en mettant à sa disposition une infrastructure moderne et appropriée, une ressource humaine suffisante et qualifiée, un ambitieux plan de formation, en lui permettant une intégration à des réseaux internationaux œuvrant dans son domaine d’activité (5) et, surtout, en lui accordant une réelle autonomie.
En conclusion, on peut affirmer que s’il a été fait l’impasse, en Algérie, sur la réalisation de centres hospitalo-universitaires aux normes du XXe siècle, tout indique qu’il en sera de même pour le XXIe siècle. Il est à craindre que l’on réactive à minima un ou deux projets pour faire encore illusion, mais il est évident que les transferts de malades vers la France et d’autres pays se poursuivront pour les privilégiés du système et ceux qui en ont les moyens, pendant que le plus grand nombre devra se contenter, si possible, de garder espoir en attendant des jours meilleurs.

N. H.

  1. “Nous avons des CHU qui datent du XIXe siècle”, déclaration faite par M. Bounafaa, directeur général de l’AREES.
  2. Liberté 15-03-2015 : Le ministère de la Santé a débloqué la somme de 1 000 milliards de dinars destinés à la réhabilitation de 15 CHU et la construction de 5 autres.
  3. Salon international El-Moustachfa 2014 et 2015
  4. Quatre entreprises : Le groupement italien Rizzani de Eccher/hôpital San Raffaele ; Le groupement sud-coréen Daewoo Engineering & Construction/Heerim ; l’entreprise britannique International Hospitals Group (IHG) ;
  5. Le groupement franco-autrichien Bouygues Bâtiment International/Vamed Engineering/APH Paris.
  6. Tel le réseau européen d’évaluation des technologies de santé EUnetHTA, qui a débuté son travail en janvier 2006.

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