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Journée mondiale de la liberté de la presse

Le jeune algérien n’est pas initié aux langages médiatiques

©D.R.

Le 26 avril dernier, l’ONG Reporters sans frontières dévoilait l’édition 2017 du classement mondial de la liberté de la presse; un classement dont l’Algérie se serait bien passée.

Arrivée à la 134e place, très loin derrière la Mauritanie (55e) qui a enregistré le meilleur score au Maghreb, l’Algérie a perdu 5 places par rapport à l’année 2016.
Selon RSF, la liberté de la presse "s'est fortement érodée", l’ONG dénote l'existence - encore - de sujets tabous. Notre pays se retrouve ainsi, toujours selon RSF, en «situation difficile» avant dernière catégorie du classement.

Aujourd’hui, il est difficile de parler de la liberté de la presse en Algérie sans évoquer les journalistes victimes d’attentats terroristes ou d’assassinats ciblés dans les années 90’s.
Ces journalistes algériens, défenseurs de la liberté d’expression, s’étaient armés de leur savoir et de leur courage pour contrer l’ignorantisme des intégristes.
Mais si la page de la « décennie noire » a été tournée, la situation de la liberté de la presse inquiète toujours les ONG.

Voltaire disait : « Soutenons la liberté de la presse, c’est la base de toutes les autres libertés, c’est par là qu’on s’éclaire mutuellement. » …

Au-delà des freins à la liberté d’expression - inhérente à la liberté de la presse -, l’Algérie fait face à un problème majeur : les jeunes manquent cruellement d’éducation à la presse et aux médias.
En février 2017, la fréquentation de la presse – écrite et numérique – était estimée à 7% chez les 15-24 ans ( Source : IMMAR Media ).  Un chiffre qui fait peur quand on sait que l’objectif de cette éducation à l’information est un moyen indispensable pour développer chez les élèves et étudiants un esprit critique. Un jugement critique dont ils auront forcément besoin et à qui ils feront appel durant toute leur vie citoyenne pour exercer leurs droits dans une société dite d'information et de la communication, pour devenir ainsi des citoyens actifs, responsables de l’Algérie de demain.

Un système éducatif a pour mission première d’apprendre aux élèves à maîtriser l’information et à développer leurs compétences, mais malheureusement, cet enseignement n’est pas intégré dans le programme d’éducation nationale, ni dans les différentes disciplines enseignées dans les universités et grandes écoles.  Le jeune algérien n’est pas initié aux langages médiatiques, il n’expérimente pas les techniques d’écriture, on ne lui apprend pas à identifier la source de l’information qu’il cherche, et si source il y a, celle-ci n’est que très rarement évaluée. Il est beaucoup trop occupé à scruter son compte Facebook, réseau social numéro 1 en Algérie, avec une pénétration de 71% chez les Millenials. ( Source : IMMAR Media. )

De plus, devant la médiocrité de la production culturelle de certains journaux locaux et la banalité des  contenus numériques, la situation devient alarmante; les jeunes sont livrés à eux-mêmes.

Même si la presse ne règne pas au premier rang des médias chez les jeunes, l’heure est peut-être venue pour elle de changer de cap en sortant de son modèle économique de base.

A l’image de cette rubrique qui nous permet, à nous les jeunes, de nous exprimer, la presse doit contribuer à l’éduction des jeunes aux médias en leur fournissant des compétences à même de développer leur jugement critique et faciliter leur participation et leur engagement dans un parcours citoyen.

La participation des jeunes est devenue primordiale dans les pays développés, et l’enjeu est tout aussi important pour la presse nationale, très impopulaire. Ainsi, elle pourrait regagner leurs cœurs et redéfinir sa place dans la communication sociale…

Sofia KHODJA

Soleil(HEC)/Rédaction Numérique de "Liberté"