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Ses amies et collègues témoignent

“Tinehinane était constamment harcelée par son mari”

La défunte Tinehinane Laceb. © D.R.

Selon les témoignages recueillis, l’époux de la défunte l’appelait jusqu’à vingt fois par jour, lui exigeant de justifier ses moindres faits et gestes à la rédaction de la chaîne Tamazight TV4. Pour lui plaire, elle a fait de multiples sacrifices.

“Elle avait un comportement exemplaire. Pourtant, son mari ne cessait de la harceler”, révèle Asma (nom changé à la demande de notre interlocutrice), une des proches amies de Tinehinane Laceb, journaliste à la chaîne Tamazight TV4, assassinée le 26 janvier 2021. 

“Elle ne se confiait pas vraiment. Elle disait juste qu’elle avait plein de problèmes. Nous savions que le problème était son mari, d’une jalousie maladive”, poursuit-elle. Zahra Farhati, rédactrice en chef à TV4, rapporte que Tinehinane recevait jusqu’à 20 appels téléphoniques de son époux durant ses heures de travail. “Elle sursautait à chaque fois que son téléphone sonnait car elle devait lui justifier ses moindres faits et gestes”, se rappelle-t-elle. “Son mari appelait souvent sur nos portables pour confirmer qu’elle est à la rédaction, en notre compagnie. Une fois, elle m’a contactée, à minuit, en pleurs. Elle avait mis le haut-parleur et m’avait suppliée de dire où elle était dans la journée. Quand elle l’a fait une deuxième fois, je l’ai sermonnée durement sachant qu’il écoutait”, corrobore Asma. 

“C’est toujours son mari qui répondait à nos coups de fil. Elle était totalement sous son emprise. Il l’a détruite de l’intérieur avant de la tuer”, reprend Zahra Farhati. Elle décrit la défunte comme une jeune femme coquette, de nature joyeuse. Elle s’est complètement métamorphosée après son mariage. Elle se négligeait au plan vestimentaire, ne se maquillait plus, puis elle a porté le voile par contrainte. “Elle rasait les murs, ne revendiquait plus ses droits professionnels.

Elle s’est fanée peu à peu”, souligne Zahra. Selon Asma, Tinehinane était consciente de ce qu’il lui arrivait. “Elle m’a dit une fois : tu as vu comment je suis devenue. La veille de sa mort, elle regrettait de s’être mariée.” La jeune femme de 39 ans, mère de deux fillettes, s’est soumise pendant des années à la domination de son conjoint. Elle a renoncé à l’animation d’une émission sur l’environnement. Elle a déménagé de Réghaïa à Bir Mourad-Raïs pour se rapprocher davantage de son lieu de travail. “Elle paniquait à la perspective d’arriver tard chez elle. Elle nous perturbait souvent en nous priant de lui laisser un poste de montage, afin qu’elle puisse terminer son sujet et partir. Même si elle n’a jamais affirmé être battue, je savais qu’elle était maltraitée”, relate Asma. 

Pour Zahra Farhati, aucun doute, non plus. Tinehinane subissait des violences conjugales. “Pendant le confinement, elle est partie chez ses parents. Elle nous a dit qu’elle était en instance de divorce. Il semblerait que son mari l’a ramenée au foyer conjugal. Ce qu’il lui est arrivé nous a fendu le cœur. Elle a été tuée devant ses filles. Son aînée, âgée de 7 ans, a dit à l’enterrement : un jour, je vous raconterai ce qui s’est passé.” Selon plusieurs sources, la jeune femme a été poignardée par son mari au moment où elle quittait l’appartement. “Elle est tombée sur le palier de l’immeuble et a rendu son dernier souffle dans l’ambulance qui la transportait à l’hôpital”, nous dit-on. 

Le père de la victime donne une autre version des circonstances du drame. Il affirme que sa fille a fait une chute, poussée par son époux au cours d’une dispute conjugale. “Il est dans le déni”, se révolte Zahra. “C’est étonnant que ses parents ne se soient pas rendu compte de son supplice. Lors des obsèques, sa mère nous a certifié que Tinehinane ne lui a jamais rien raconté”, s’interroge Asma, relevant des changements dans son comportement et son humeur perceptibles. “Elle n’avait pas besoin de parler pour comprendre ce qu’elle subissait, qu’elle était dans le malaise. Je suis traumatisée. J’aurais dû la pousser davantage à se reprendre en main”, déplore-t-elle. La jeune femme avait peut-être décidé réellement de quitter “l’enfer conjugal”. À ce propos, les révélations de Zahra Farhati sont édifiantes : “Juste avant sa mort, elle m’a dit qu’elle voulait passer à nouveau à l’antenne. Quand je l’ai mise en garde contre un éventuel abandon, elle a répondu qu’elle partirait d’abord en congé pour régler tous ses problèmes.” 

Souhila Hammadi


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