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A la une / À visage découvert

PORTRAITS ET TÉMOIGNAGES

Djam, ou l’envie de partir pour mieux rester !

© D. R.

Prenez un pays, prenez chaque maison de chaque ville de ce pays, observez ses lucarnes, ses fenêtres, de jour comme de nuit ; vous y trouverez des joies, des peines, des causes, des drames et des réussites, autant de défis que de moments précieux. Vous découvrirez alors ceux qui font ce pays, dans toute leur complexité, avec les failles et les forces qui sont les leurs, les nôtres.

L’auteur, compositeur et interprète Ahmed Djamil Ghouli, alias Djam, signe son retour avec un troisième album : #Zdeldel. Le clip de Madiba, une chanson écrite et composée en hommage à Nelson Mandela, a été mis en ligne il y a quelques jours pour marquer ce lancement d’album. L’ex-leader du groupe Djmawi Africa, qui a quitté l’Algérie il y a trois ans pour suivre des études en musicologie et pour développer sa carrière solo, n’aura jamais été aussi ancré dans son pays et son continent. Il sera en concert jeudi et vendredi à partir de 19h, à la mythique salle Ibn-Zeydoun. Rencontre.

Il a toujours aimé fédérer, être entouré et ne s’en cache pas. “Ça a commencé quand j’étais jeune”, confie-t-il dans un sourire. “J’allais souvent en colonie de vacances. Et très vite, je me retrouvais guitare à la main pour faire chanter tout le monde”, raconte Ahmed Djamil Ghouli, l’un des musiciens les plus attendus de la scène algérienne, sur un ton décontract, un sourire de plus en plus large aux lèvres. “On appelait ça le retour au calme.” Il signe actuellement son retour avec la sortie de son nouvel album intitulé #Zdeldel. Un mot qui buzze sans qu’on en comprenne le sens. Une question pressante tombe très vite : que veut dire Zdeldel ? Volubile et décomplexé, le musicien répond spontanément : “J’avais pour habitude d’appeler mes potes comme ça. J’utilisais aussi ce mot pour marquer mes rythmes sans savoir pourquoi. Il a été très vite adopté, les gens se sont mis à m’appeler Zdeldel.” Le mot résumerait-il une identité fictive ? “C’est un mot qui est porteur de tout un univers, certes mais une identité c’est trop sérieux pour un mot comme Zdeldel”, rétorque-t-il dans un rire. Le ton est donné. Le regard de Djam s’accorde à un franc-parler qui peut ébranler mais qui reste toujours avenant. D’autant qu’un sourire candide enveloppe chacune de ses prises de parole. Son humilité et son sens du partage donnent le la au premier contact : Djamil sait plaire et donne envie qu’on l’écoute déjà. Une fois sur scène, la voix vibre et s’élève avec un naturel détonnant qui transporte bon gré, mal gré et avec brio. On apprécie le timbre, on adhère à la fusion singulière des styles, on se laisse capter par la prestance et la maîtrise et on ne peut s’empêcher de bouger en plus. “Dans ma musique, la composition rythmique prend le pas sur l’harmonique”, révèle-t-il. “J’aime les grooves africains”, ajoute l’ex-leader du groupe à succès Djmawi Africa, qui, la trentaine à peine entamée, a déjà 15 années de scène et d’expérience musicale à son actif. “Ma carrière est passée par plusieurs étapes, mais c’est des étapes naturelles et même un peu standard”, raconte le musicien qui a découvert le solfège et les partitions dans une école de musique classique puis de musique andalouse, qui n’ont pas su combler son avidité musicale alors qu’il n’avait que 15 ans. Le vrai déclic, il l’a eu dans une musique populaire qui ne s’enseigne pas en classe. “J’ai grandi dans le chaâbi”, annonce-t-il. “J’ai commencé la musique avec une guitare trouvée à la maison : mon père l’avait achetée à ma naissance. Je n’ai commencé à en jouer qu’à l’âge de 13 ans”, raconte Djamil avec simplicité et délicatesse. Il se souvient avoir découvert le chaâbi avec “Aami Redouane (l’oncle Redouane, ndlr)”, le voisin chez qui, très jeune, il se précipitait pour qu’il lui accorde son instrument. “Il m’accordait ma guitare mais ne me laissait pas jouer. Il me demandait de m’asseoir près de lui et de me contenter d’écouter. Ce que je faisais.” À cette époque déjà, le jeune Djamil voulait chanter et rêvait de monter sur scène. Sous l’impulsion d’une mère attachée à l’idée d’une réussite scolaire indiscutable pour son enfant, il sera longtemps “le premier de la classe” avant d’oser faire de la musique une profession. Il s’engage néanmoins dans une carrière musicale très tôt. À 17 ans, il rejoint la chorale polyphonique Naghem, alors dirigée par Rabah Kadem qui lui demande très vite de devenir soliste. Le jeune musicien se fait déjà remarquer sur Alger.

Djmawi Africa, une fin naturelle
Lorsqu’il obtient son baccalauréat, le jeune Algérois opte pour une licence à l’Institut national de commerce INC où il mène à bien son cursus. Mais sans manquer de laisser sa passion pour la musique investir le terrain universitaire. En 2004, à l’occasion d’un tremplin musical organisé à l’INC, il surprend l’auditoire avec un son gnawi. Sur la scène universitaire, il révèle l’une de ses premières compositions.
C’est dans cette veine qu’il monte, un peu plus tard, son groupe Djmawi Africa. En 2007, Mama, leur premier album est enregistré à Canal 93 en région parisienne et devient le n°1 des ventes pendant 2 ans en Algérie. “Avec Djmawi Africa, j’ai vécu des moments intenses sur scène.” Et pour cause, le groupe aura assuré plus de 300 concerts en 10 ans. En Algérie et ailleurs dans le monde : Burkina Faso, Égypte, Inde, Mali, Sénégal, Brésil, France, Canada, Zanzibar, Cameroun, Italie, Maroc, Tunisie, Soudan, Croatie... Le groupe traverse les frontières et brasse les genres en rencontrant un franc succès auprès d’un public sensible à la voix, mais aussi à la présence d’un leader vocal qui sait enflammer la scène. Le groupe atteint tout de même ses limites, quelques années plus tard. “J’ai quitté mon groupe, il y a trois ans, après dix années de travail ensemble.” C’était en 2015, l’année charnière durant laquelle Djamil quitte aussi l’Algérie pour un master en musicologie à Paris. “C’est une question de cycle. Il est difficile de rester dans le même processus de création après dix années dans un groupe”, explique Djamil. “Quand on évolue différemment dans un groupe, la fin devient naturelle. Plus les années passaient et plus le fossé se creusait : nous n’avions pas tous le même niveau d’exigence, ni le même degré d’engagement”. Il quitte officiellement le groupe, le 31 décembre 2015. “Lors de notre dernier concert”, raconte-t-il. Très vite son visage se ferme et son regard devient solennel et chargé d’une pesanteur qu’on ne lui connaît pas. Djam est connu pour sa jovialité et ce sourire qui ne quitte que très rarement ses lèvres. “Sans pot de départ”, ajoute-t-il spontanément, dans un rictus. “J’ai trouvé ça, un peu dommage. Il n’y a pas eu de conflit à mon départ, mais je pense que
elaâchra (le vécu, ndlr) et l’expérience partagée ensemble méritaient qu’on marque notre séparation”. L’affect et les liens tissés prennent le pas sur la direction artistique et Djamil ne semblait plus s’épanouir au sein de la formation. Il finit par quitter Djmawi Africa, une année après en avoir fait l’annonce au reste du groupe.  “J’avais ce besoin de porter un projet dont je prendrai la responsabilité seul et en toute liberté.”

La force de l’exil
En 2015, Djam s’installe en France et entame dans le même temps sa carrière solo. “Je suis entré dans ma bulle, et j’ai clôturé mon album en solo en deux mois tant je me suis senti libre et motivé.” Leave my bladi, son premier titre raconte l’exil, les défaillances du système et le désir de justice d’une jeunesse qui comble sa soif de liberté comme elle peut, notamment, en quittant l’Algérie. Djam en connaît le prix, lui qui a vécu cet exil comme une délivrance et une déchirure à la fois, puisqu’il a vite compris qu’il n’est pas évident de revenir, une fois le pays quitté. “Je suis parti avec l’idée de me constituer une sorte de bagage pour revenir, mais l’environnement ici n’est pas favorable à la réussite de mon projet. C’est flippant de partir sans espoirs. C’est même dangereux pour les futures générations”, confie celui qui dit avoir vécu 30 ans avec l’espoir de faire des choses, ici, dans son pays. “Je crains aujourd’hui d’être un modèle de réussite et que des jeunes s’inspirent de mon parcours pour quitter le pays, même si je comprends leur désir de départ et je ne pourrais le leur dénier.” L’artiste aime à penser qu’il reviendra forcément pour défendre ses projets puisqu’il n’imagine pas renoncer à son attachement pour le pays, ni à son public. Résolument tourné vers l’Afrique, son groove continue de mêler différentes sonorités, mais son rythme a gagné en précision.
Ahmed Djamil Ghouli aura longtemps vacillé entre le chaâbi, et le gnawi, les entremêlant souvent. Aujourd’hui, son groove est plus africain que jamais. À l’image de son enracinement idéologique. Son nouvel album, #Zdeldel, dont il signe la sortie actuellement, révèle cette volonté de s’ancrer dans son pays et dans son continent comme pour trahir un départ non désiré, et une profonde envie de rester…


F. B.


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