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A la une / À visage découvert

PORTRAITS ET TÉMOIGNAGES

Inès-Sabrina Malek,la matraque mise à nu

© D. R.

Inès-Sabrina Malek, 26 ans, est étudiante en deuxième année de master journalisme audiovisuel et animatrice du flash d’information de la web radio RAJ - voix de jeunes. Elle a subi, samedi 13 avril à Alger, une arrestation musclée alors qu’elle participait à un rassemblement qui avait justement pour but de dénoncer la répression policière et les arrestations arbitraires. Arrêtée à 17h, elle a été forcée à se dénuder cinq heures plus tard dans un bureau du commissariat de Baraki où trois autres jeunes femmes et six hommes ont été arrêtés en même temps qu’elle. Relâchée au milieu de la nuit, la militante dénonce depuis l’affront et assure que la tentative d’intimidation est loin d’avoir marché. Elle appelle les Algériennes à ne pas tomber dans le piège de la peur. 

Elle n’aurait jamais cru avoir à vivre un tel moment d’humiliation. Se retrouver dénudée dans un bureau face à un regard inquisiteur, au milieu de la nuit dans un commissariat d’Alger. “J’ai été forcée à me déshabiller. J’ai été malmenée lors de mon arrestation dans le seul but de renoncer au militantisme”, dénonce Inès-Sabrina Malek, quatre jours après l’arrestation musclée qu’elle a subie à Alger. “C’est peine perdue”, assure-t-elle. Inès-Sabrina Malek, 26 ans, est étudiante et animatrice du flash d’information de la web radio RAJ - voix de jeunes. 
Elle n’a manqué aucune marche à Alger depuis le 22 février dernier. Originaire de Kabylie, Sabrina est inscrite à l’université de Tizi Ouzou où elle clôture sa deuxième année de master en journalisme audiovisuel : “Je clôture mon mémoire de fin d’études, ce qui me donne du temps libre pour me consacrer à mes activités militantes.” Samedi 13 avril 2019, alors qu’elle manifestait justement pour dénoncer la répression policière et les arrestations arbitraires, elle a été arrêtée à 17h, près de la Grande Poste à Alger-centre et a été forcée à se dénuder cinq heures plus tard dans un bureau du commissariat de Baraki où trois autres jeunes femmes et six hommes ont été arrêtés en même temps qu’elle, avant d’être relâchée au milieu de la nuit. Depuis, la militante dénonce l’affront et assure que la tentative d’intimidation est loin d’avoir marché. 
La gêne de devoir raconter ce moment dégradant est pesante mais, pour Sabrina, il y a plus important. La sensation d’humiliation n’aura duré que le temps de cette mise à nu forcée. 
Une fois encaissé, l’affront subi dans son corps s’est vite éclipsé pour donner encore plus de force à ses convictions. Elle estime que “raconter les faits” tels qu’ils se sont produits afin que l’opinion publique réalise tout ce qui se joue en ce moment est un devoir citoyen qui participe également à cette lutte acharnée pour un changement de système.

Mise à nu
“Elle portrait un voile rose pâle.” Sabrina reconstitue le fil de cette journée trouble avec des phrases courtes, percutantes, comme si elle était pressée de se délester d’un poids, en les énonçant. “Après 5 heures passées dans la salle d’attente du commissariat, à 22h une policière en civil est arrivée. Taille moyenne, la quarantaine. J’étais la troisième à passer. Elle m’a demandé de me déshabiller et de lâcher mes cheveux.” Sabrina refuse dans un premier temps d’obtempérer et réclame qu’on lui énonce les faits qui lui sont reprochés. Mais la policière qui se penche sur elle lui semble avoir la détermination ferme de la dénuder elle-même et de force. Sabrina l’arrête et cède : “Ne me touchez pas, je le ferai moi-même.” En se déshabillant sous le regard réprobateur de la policière, la jeune fille la harcèle néanmoins de questions : “Pourquoi voulez-vous que je retire tous mes vêtements, qu’espérez-vous trouver ? Avez-vous le droit de faire ce que vous faites ?” Sabrina reçoit pour seule réponse la sommation de découvrir son buste : “Je n’ai rien à vous dire, taisez-vous, déshabillez-vous entièrement et laissez-moi faire mon travail”, aurait sévèrement rétorqué la policière. “Je veux comprendre en quoi consiste justement votre travail”, insiste encore Sabrina. En vain. La policière fouille minutieusement son linge comme si elle était censée y trouver le pire. Elle farfouille ostentatoirement l’écharpe de la jeune fille avant de l’abandonner et de se rapprocher de nouveau de son corps dénudé pour y poursuivre sa scrupuleuse enquête. 

Dans son récit, Sabrina livre de nombreux détails pénibles à raconter. Ils seront sûrement rapportés et rendus publics lors du procès qu’elle est bien décidée à intenter à la police. 
Accompagnée d’un collectif d’avocats constitué pour la défendre – elle ainsi que les militantes qui l’accompagnaient – elle devrait déposer sa plainte aujourd’hui même. 

La politique de la peur 
“C’est dur. Je me sens différente, atteinte dans ma dignité, certes, mais plus que jamais déterminée à me battre pour mes droits.” Elle n’a aucun doute sur les objectifs cachés de cette procédure de fouille corporelle qu’elle a subie. Elle y voit une manœuvre politique qui vise à casser l’engagement des femmes dans la révolution pacifique qui envahit les rues du pays depuis près de deux mois. “Les hommes, eux, n’ont pas été forcés à se déshabiller, contrairement à nous”, condamne-t-elle. Sabrina ne cherche pas ses mots. Elle s’exprime spontanément et défend ses idées fermement : “En nous traitant de la sorte, ils ont voulu passer un message à toutes les familles et toutes les femmes qui sortent manifester dans la rue. Ils veulent leur faire peur en essayant de dégrader notre image.” Elle appelle toutes les femmes à maintenir leur présence pacifique dans les marches et à ne pas tomber dans le piège de l’intimidation. “Ils ont voulu nous humilier et toucher à notre honneur pour que plus aucune femme n’ose sortir manifester sans ressentir cette peur d’être dénudée dans un commissariat en pleine nuit.” La peur, Sabrina veut lui faire face et la combattre, coûte que coûte. 
La jeune femme souligne d’ailleurs la chance qu’elle a d’avoir une famille qui l’épaule, la soutient et refuse de céder à cette “manipulation grotesque” qui vise à faire planer le déshonneur sur les femmes militantes. “Mes parents sont fiers du combat que je mène malgré l’inquiétude qu’ils vivent de me voir monter ainsi au front depuis deux mois”, confie-t-elle. 
Lors de la première marche historique du vendredi 22 février, Sabrina était déjà de ceux qui ont réussi à atteindre le Palais de la Présidence qui n’a plus jamais été atteint par les manifestants depuis. La jeune femme ne manque pas de courage ni de détermination. Elle assure qu’elle sera de toutes les manifestations jusqu’à ce que les droits des Algériens soient entendus.
 

F. B.


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