Scroll To Top
FLASH
  • La demande de remise en liberté provisoire de Louisa Hanoune rejetée par le tribunal militaire de Blida.

A la une / À visage découvert

PORTRAITS ET TÉMOIGNAGES

Mehdi Tahri, au secours de “la silmya” !

© D. R.

Mehdi Tahri, 20 ans, est étudiant en sciences et technologie à l’USTHB Bab Ezzouar. Le jeune homme, détenteur d’un brevet de secourisme, n’a pas manqué l’appel de la rue, en mettant à profit ses connaissances en premiers secours. Il a rejoint le collectif “brassards verts”, créé au début du mois de mars pour porter assistance aux blessés des marches du vendredi. Rencontre. 

Chaque vendredi, dans ces mêmes lieux de la capitale, points névralgiques qui ponctuent la trajectoire de la marche (Télemly, tunnel des Facultés, boulevards Mohammed V), où les slogans “Silmya” atteignent leurs limites, où les cris “Khawa khawa” des manifestants prêts à tout pour préserver le caractère pacifique des manifestations, s’évanouissent dans les gaz lacrymogène, les jets de pierre, d’eau chaude cédant la place à l’hostilité entre manifestants et policiers. Dans ces moments de déroute et de panique, Mehdi Tahri, accompagné d’autres bénévoles des “brassards verts” dont il fait partie, se mobilise. À 20 ans, il est étudiant en première année de sciences et technologie à l’USTHB Bab Ezzouar mais déjà détenteur d’un brevet de secourisme. “Après 8 vendredis, on s’habitue à ces mouvements d’affrontements entre manifestants et policiers, on acquiert des réflexes mais cela reste une expérience intense et troublante.” Brassard vert attaché sur le bras et trousse de secours dans son sac à dos —dès que les affrontements commencent —, il enfile des gants, guette les mouvements de panique, scrute les visages et fonce vers ceux qui lui semblent avoir le plus besoin d’aide. Quand les policiers déploient leur gaz lacrymogène sur les manifestants, il brandit son spray de vinaigre et ses compresses. Quand, c’est les policiers qui reçoivent des jets de pierre, il accourt avec le même en train. “Le vendredi 12 avril, les affrontements au boulevard Mohammed V étaient particulièrement intenses”, se rappelle-t-il. “Gaz lacrymogène, jet d’eau et jets de pierres battaient leur plein sur la route. Je me suis réfugiée au siège du Croissant-Rouge où il y avait beaucoup de victimes blessées qui attendaient des soins.” Mehdi raconte méthodiquement l’ambiance des affrontements dont il se rappelle les détails avec précision. Son regard ne trahit, jusque-là, aucune émotion. Mesuré et impassible, il campe parfaitement son rôle de secouriste qui se doit de rester “conscient et consciencieux”, note-t-il. “Les gens ne réalisent pas qu’en secourant une personne en difficulté, ils ont une responsabilité morale mais aussi légale s’ils aggravent l’état de la personne en effectuant les mauvais gestes”, argumente encore le jeune homme. En deux mois, il a vu de nombreux visages ravinés par la peur et la panique des mouvements de foule. Les visages des blessés, il en garde en mémoire certains, plus que d’autres. “Plus de dix jours plus tard, le visage d’un des blessés me hante”, finit-il par avouer en laissant entrevoir une émotion qu’il peine à définir. “J’ai accouru pour secourir un jeune, un peu plus âgé que moi. Il était torse nu, lacéré de plaies causées par des jets de pierres. Il sanglotait, il semblait en état de choc… Nous avons eu du mal à le soigner, il était trop agité. Il a finit par se recroqueviller sur lui-même en position fœtale dans un coin. Il avait perdu toutes ses dents à cause de projectile reçus en pleine bouche. Il a fini par me dire en pleurs, qu’il était étudiant en master et qu’il pleurait parce qu’il sentait que son avenir était foutu.” 

Brassards verts !
“Je pensais que j’allais faire de la sensibilisation, donner un peu de vinaigre, ou un peu d’eau pour éviter les insolations mais finalement ce sont vraiment de réels premiers soins que je prodigue à chaque sortie sur le terrain”, confie Mehdi. Le jeune homme, détenteur d’un brevet de secourisme qu’il a obtenu l’an dernier suite à une formation suivie au Croissant-Rouge algérien n’a pas manqué l’appel de la rue pour mettre à profit ses connaissances en premiers soins. Il a rejoint le collectif “brassards verts”, créé au début du mois de mars pour porter assistance aux blessés des marches du vendredi. Ces jeunes bénévoles se regroupent et s’organisent pour porter secours aux manifestants et pour nettoyer la ville chaque vendredi depuis deux mois. Créé à l’initiative de Badra Hafiane, journaliste et réalisatrice, le collectif des “brassards verts” s’est très vite vu pris d’assaut par des étudiants plein d’entrain, animés par l’envie de bien faire. 
“L’idée a germé après avoir assisté à des scènes de débordement à la deuxième marche suite à des bousculades et tirs lacrymogènes. Après s’être rassemblés avec des amis artistes, nous avons acheté du tissu pour les brassards verts, j’ai écrit la charte puis j’ai contacté les étudiants qui se mobilisent très bien depuis”, raconte l’initiatrice des “brassards verts”. Pour elle, apporter les premiers soins lors des marches était une nécessité. Mais les opérations de nettoyage sont d’autant plus cruciales. “La symbolique de nettoyage est puissante par l'acte de réappropriation du lieu public, la politique est devenue un fait concernant l'individu et l'intérêt général a repris tout son sens.. .depuis les marches populaires”, explique-t-elle encore. Pour les étudiants qui se sont approprié les brassards verts depuis, le leitmotiv est le même. “On se sent utiles”, tranche Mehdi. “Dès que j’ai entendu parler de l’initiative de création d’un collectif écolo pour encadrer et suivre la marche, je me suis porté volontaire sans hésitation”, confie encore le jeune secouriste, déjà habitué à faire du bénévolat. “J’ai pu faire ma formation en secourisme au Croissant-Rouge algérien, grâce à l’association culturelle Chams dans laquelle j’ai été bénévole pour la prise en charge d’enfants en difficulté, durant deux années.” 
Le jeune homme était alors lycéen et n’hésitait pas à quitter dès que possible son quartier à Dar El-Beïda pour rejoindre la maison de jeunes de Aïn Naâdja, pour donner des cours d’informatique aux enfants pris en charge par l’association Chams. “J’ai beaucoup appris durant ces deux années de bénévolat et je suis très heureux d’avoir pu transmettre au sein des brassards verts ce que j’ai eu à apprendre en termes de premiers secours lors de ma formation.” 
À cette époque, le jeune homme était loin de s’imaginer que cette formation lui servirait dans de telles circonstances.
 

F. B.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER