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A la une / À visage découvert

PORTRAITS ET TÉMOIGNAGES

Mélissa Ziad, un pas de danse pour la liberté

© D. R.

Mélissa Ziad, jeune ballerine, a exécuté quelques pas de danse sur la route, en pleine manifestation à Alger-Centre, le 1er mars. Rania G., une photographe professionnelle, l’accompagnait ce jour-là pour immortaliser le moment. Le cliché Poetic Protest a fait le tour de la toile et de la presse étrangère, donnant à voir une Algérie en quête d’élégance, de jeunesse et de changement. À seulement 17 ans, Mélissa Ziad a une idée bien tranchée de cette Algérie qu’elle est censée quitter dans une année pour poursuivre ses études en France. Si le changement de régime s’opère, elle soutient préférer de loin rester dans son pays. Rencontre avec cette jeune lycéenne pour qui la danse peut être “un art subversif” salvateur.

“J’ai rejoint la marche après mon cours de danse.” Après un léger mouvement de recul, Mélissa braque ses grands yeux noirs vers la droite puis vers la gauche et réfléchit quelques secondes avant de reprendre. “J’aime l’expression corporelle, ce qu’on peut dégager à travers la danse. Je ne m’attendais pas à ce que cette photo suscite un tel engouement”, enchaîne-t-elle dans un sourire. Elle semble mesurer chaque parole énoncée, consciente qu’en ces temps troubles chaque maladresse peut compter. Son image a fait le tour de la toile et de la presse étrangère. “Je suis dans l’espoir. Je crois en notre peuple. La mobilisation est énorme. Les gens n’ont pas les yeux bandés. Il y a de la détermination”, commente-t-elle encore. Avec retenue et mesure, elle raconte sa perception de ce système politique tant décrié et cette actualité qu’elle suit de près pour la première fois de sa vie. “Je ne connaissais pas Bedoui ni Lamamra, encore moins Lakhdar Brahimi”, précise-t-elle. À 17 ans, Mélissa mesure à peine les raisons de la grogne qui a gagné la rue depuis quelques semaines. Elle ne comprend le jeu de chaises musicales auquel joue le pouvoir qu’à moitié. Mais elle pense et ressent que “le combat est juste”. “Il y a tellement d’injustices et d’inégalités. Nous les vivons au quotidien, même si nous ne sommes que lycéens, à travers toutes les histoires qui nous entourent et qu’on écoute”. Pour la jeune fille, danser dans la rue en pleine manifestation est une manière subversive de s’exprimer et de défendre son idéal. Elle rêve d’une Algérie libre et juste, “qui donne la chance aux artistes”, précise-elle. À elle seule, elle incarne désormais l’image de la jeunesse, du pacifisme et de ce désir de rupture porté par des millions d’Algériens qui exigent la chute du régime. Sans même l’avoir décidé, elle est presque devenue l’une des égéries d’un mouvement qui échappe à toute représentation. Il lui a suffi de monter sur ses pointes de ballerine et d’exécuter quelques figures de danse classique en pleine rue, au milieu de manifestants exaltés par leurs besoins d’exprimer une parole étouffée bien trop longtemps.

Un instant de liberté
La jeune danseuse, svelte et élancée, porte un jean noir, un pull rouge, une veste en cuir noir et des pointes roses aux pieds. Dans ce contraste de couleurs, elle exécute quelques pas de danse sur la route, entourée de drapeaux et de manifestants. Ce vendredi 1er mars, Mélissa Ziad, jeune lycéenne passionnée de danse classique depuis son plus jeune âge, est invitée à danser dans la foule par Rania G., une photographe professionnelle qui l’a repérée et la photographie depuis plus d’un an. “L'idée de photographier une danseuse de ballet m'est venue il y a une année. J'avais repéré Mélissa sur les réseaux sociaux et j’imaginais déjà plusieurs mises en scène dans les rues d'Alger (quartiers populaires, monuments, etc.). Ce que je trouvais intéressant était ce contraste entre danse classique et décors traditionnels et populaires”, explique la photographe. Après avoir participé à la marche tout l’après-midi, la jeune photographe est rejointe par Mélissa à 19h. Elle capte les mouvements de danse de la jeune ballerine qui s’approprie la rue au milieu de la foule. Elle la dirige délicatement à la recherche de ce moment à immortaliser pour exprimer “la poésie, la liberté et la légèreté”, dit-elle. “J’ai choisi ce moment où sa posture est élancée vers le haut, car mon espoir pour ce mouvement de protestation, je l'espère, est qu'il nous tirera tous vers le haut”, confie la jeune photographe. Depuis, le cliché Poetic Protest a fait le tour de la toile et de la presse étrangère, donnant à voir une Algérie en quête d’élégance, de jeunesse et de changement.

“Je ne demande qu’à rester en Algérie”
Chaque vendredi, depuis plus de dix ans, Mélissa Ziad consacre trois heures à répéter et danser. La danse classique, qu’elle pratique depuis l’âge de 6 ans, est un véritable subterfuge. “J’ai été initiée à d’autres activités extra-scolaires, comme la guitare ou le judo, mais j’ai tout abandonné pour me consacrer à la danse classique”, raconte Mélissa, qui projette de suivre des études de commerce et de marketing pour s’assurer un avenir stable, mais qui rêve néanmoins de devenir ballerine professionnelle, un jour peut-être. “Je ne rate jamais mes répétitions de danse, tous les vendredis et tous les mardis après-midi”, tranche-t-elle. Elle passe les épreuves anticipées pour obtenir le baccalauréat français cette année. Mais pas question de ralentir le rythme de ses répétitions pour autant. Inscrite dans une école privée dans la banlieue ouest d’Alger, elle suit un programme français dans le but de poursuivre ses études en France, une fois son baccalauréat obtenu. “J’ai suivi durant toute ma scolarité le double programme français et algérien jusqu’au brevet. Depuis que j’ai rejoint le lycée, je ne suis que le programme français”, précise la jeune danseuse. Sa voie semble savamment tracée depuis son jeune âge par une mère soucieuse de l’avenir et de l’épanouissement de son enfant unique. “Durant l’année du BEM, j’ai commencé à comprendre les enjeux des choix de scolarité que ma mère a faits pour moi”, explique Mélissa. “Il était évident que pour réaliser mes ambitions, je devais quitter le pays, d’où ces choix de scolarité décidés par ma mère”, ajoute la jeune fille. Mais depuis peu, Mélissa voit une nouvelle Algérie en marche et semble s’épanouir à y participer. “Si le changement que le peuple réclame avec détermination se réalise, je resterai en Algérie. Je ne demande que ça !”, tranche la ballerine sans sourciller. En attendant, sur la toile – où sa photo ne cesse d’être relayée –, elle véhicule l’espoir de voir cette jeunesse condamnée à attendre et à espérer l’exil, rêver et envisager l’avenir ici et maintenant.       

              
 F. B.


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