Scroll To Top

A la une / À visage découvert

PORTRAITS ET TÉMOIGNAGES

Neïla-Romeyssa Sayah, l’exil et une quête d’expression

Elle est née et a grandi à Alger, qu’elle a quittée en septembre 2016 alors qu’elle n’avait que 18 ans. Installée à Paris, Neïla-Romeyssa Sayah poursuit des études de lettres à la Sorbonne. Créatrice de contenus visuels, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 21 ans, est habitée par le désir de prendre la parole et de la donner à d’autres. Elle vient de lancer un podcast “Algéroisement vôtre”, une chronique pour faire découvrir un “pays ensoleillé, chaleureux et plein de surprises” dont elle est déjà nostalgique. Rencontre.

Elle a ce besoin irrépressible de s’exprimer et de donner la parole aux autres. Elle a cette aisance à choisir ses mots avec justesse, vacillant entre délicatesse et truculence. Son verbe se veut évocateur, il trace les lignes d’une culture à dire et à dépeindre scrupuleusement, comme pour se prémunir d’un oubli qui guette et menace. Toute jeune (21 ans), Neila-Romeyssa Sayah est déjà remuée par la nostalgie. Sans verser dans la mélancolie, sa nostalgie se veut douce, presque joyeuse et teintée de naïveté. Et pour cause, elle a quitté Alger, la ville où elle est née et a grandi, il y a deux ans pour poursuivre ses études en France et s’ouvrir au monde. Confrontée à l’exil et à la nécessité d’entreprendre et d’apprendre pour s’accomplir, Neila libère sa parole sous diverses formes. “Je pense que mon cerveau est en ébullition continue, les idées fusent, et j’ai cette volonté de vouloir mettre en avant le langage sous toutes ses formes.” Avec deux de ses amies algériennes qui partagent son expérience de l’exil, elle a créé tout récemment un collectif, “Dès que l'oiseau naît” (décloisonner). “En fait, le but du collectif est de décloisonner et libérer la parole, on s'exprime et on laisse les gens s'exprimer par le biais de nos réalisations (photos, vidéos, podcasts, écrits...)”, explique-t-elle spontanément. Neila vient également de lancer un podcast “Algéroisement vôtre” : une chronique pour faire découvrir son pays. Un “pays ensoleillé, chaleureux et plein de surprises”, dit-elle. Dans cette chronique, elle déclame avec poésie des souvenirs d’Alger, comme pour faire survivre en elle une culture qui menace de la quitter. “Même si j'ai quitté Alger la conscience tranquille, j'avais quand même le cœur serré de quitter ma famille et de débuter une toute nouvelle vie qui était, je le savais, totalement différente de mon quotidien à Alger. J'avais, certes, un bon pressentiment, mais j'étais tout de même mitigée, mes parents m'ont, certes, toujours appris à être autonome, mais c'était tout nouveau pour moi, une toute nouvelle sorte d'autonomie qui allait devenir un quotidien. Mais je faisais confiance à mes parents, et puis, moi aussi je voulais partir, m'en aller et apprendre de la vie. Mine de rien, nous, jeunes étudiants étrangers, sommes confrontés à la vie d'adulte rapidement, c'est tout drôle de se dire qu'à 17 ou 18 ans à peine, on commence déjà à gérer toutes les paperasses, apprendre à se débrouiller quoi qu'il arrive.” Neila n’hésite pas à puiser dans cette expérience de l’exil pour réaliser ses ambitions, passant d’un domaine à l’autre avec un même leitmotiv, l’expression. “Ce désir de prendre la parole, à vrai dire, je pense l'avoir depuis toute petite. Ça doit également être l'influence de mon père, qui écrit beaucoup, c'est un homme de lettres, et il est incroyablement inspirant à mes yeux. Il est assez réservé, mais quand il donne un avis sur quelque chose, c'est si joliment construit, je rêve encore de pouvoir avoir son raisonnement. Il m'a toujours aidée, il m'a conseillée pour les textes que j'écrivais auparavant, et il a toujours laissé une part de suspense pour me donner l'occasion de créer quelque chose par moi-même.”

L’ambition
“J’ai émigré en France en septembre 2016. Je me suis directement inscrite à la Sorbonne, étant donné que j'ai eu un bac français, c'était plus facile pour moi d'intégrer une fac à Paris sachant que j'ai le diplôme de l'académie de Paris.”
En parallèle de ses études en lettres éditions médias audiovisuels, Neila devient créatrice de contenus visuels pour des marques de mode, de beauté et de lifestyle.
“Grâce à mes visuels, j'ai débuté des collaborations avec des marques de mode, mon rôle étant de faire du contenu, généralement je suis ma propre DA (directrice artistique), j'imagine des scénarios, je mets en avant les pièces que je porte en tentant de raconter quelque chose, ou de mettre en valeur les vêtements dans un univers précis. J'aime la prise de risque, donc avec le temps je n'hésitais pas à faire mes prises de photos en Algérie, je n'étais pas sûre que ça allait plaire aux marques, sachant que l'atmosphère est différente de ce qu'elles ont l'habitude de voir, mais ça leur a plu et c'est pourquoi je continue souvent à réaliser des shootings durant mes escapades dans ma ville d'enfance, et même à Oran.” Une année à peine après s’être installée en France, Neila a commencé des collaborations originales, en réalisant des autoportraits pour des marques ou en travaillant avec de jeunes photographes parisiens. “Des salons et showrooms m'ont ouvert leurs portes, et j'ai été ravie de pouvoir me mettre en scène avec les pièces qu'ils proposaient. Je base aujourd'hui mon travail de créatrice de contenu sur de la recherche documentaire, la plupart du temps pour essayer de donner un effet plus vintage “Afrique du Nord” quand je le souhaite.” En 2018, la jeune femme collabore avec un magazine papier, pour lequel elle rédige des éditos sur la beauté nord-africaine, puis elle enchaîne sur la création de campagne pour une marque américaine de skincare et de make up. “J'ai été honorée de pouvoir travailler avec leur équipe ! Ils ont sélectionné 5 filles qu'ils comptaient afficher dans les rues de Paris, Lille, Toulouse, Lyon et Marseille, 5 jeunes femmes dont moi. C’était une campagne pour l'annonce de leur e-shop en France.”

Alger, le nœud gordien
“Je pense être une éternelle nostalgique, je pense à Alger tous les jours. Mes amis me disent nationaliste, mais je crois qu'Alger principalement est la cause d'une grande partie de mon inspiration. Et je ne la remercierai jamais assez. C'est pourquoi j'ai décidé de créer “Algéroisement vôtre”, pour me remémorer tous les petits détails qui font les plus beaux souvenirs.” Pour la jeune femme, Alger est une matière à triturer et à modeler à souhait. Face à la solitude dans un pays étranger, elle cultive les souvenirs qui
passent souvent par la musique. “Il y a des chansons qui me remémorent l'Algérie, les souvenirs avec mon père, les balades nocturnes avec ma mère, je me rappelle, au moins une à trois fois par semaine, on prenait la voiture, on écoutait des chansons chaâbi, du gnawa, du raï, ou autres variétés algériennes et on se baladait. On avait une boucle précise, le boulevard Zighoud-Youcef en passant par la place des Martyrs, puis en continuant sur la Grande-Poste pour aboutir à la rue Hassiba-Ben Bouali. Aujourd'hui, j'écoute ces musiques dans le métro, c'est une drôle de sensation, mais ça me procure du bien.” Neila aime varier les formes et les genres dans ses créations. Mais une constante s’impose à elle : Alger, une ville d’inspiration. La jeune femme ne conçoit pas revenir y vivre un jour. Mais elle ne s’imagine pas pour autant y renoncer...


F. B.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER