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A la une / À visage découvert

À visage découvert

Wiam Benamar, une percée crescendo

Wiam Benamar, musicienne pianiste et chercheuse en musicologie. © D.R.

Pianiste, chercheuse en musicologie à l’Ecole normale supérieure de musique ENS, Wiam Benamar a livré une véritable bataille pour passer son concours d’accès en première année magister en 2015. Sa soutenance est prévue pour la semaine prochaine. Date coïncidant avec le lancement de sa toute nouvelle école de musique. Elle a travaillé dix ans durant pour investir sur son propre modèle d’enseignement. Récit d’un combat loin d’être gagné d’avance.  

“Accéder au magister a toujours été un but. D’abord pour enseigner à l'université où il y a plus de moyens que dans les établissements scolaires, et aussi parce qu’on peut y faire de la recherche.” Sa spontanéité frôle la candeur. Wiam Benamar parle sans calculs et se confie comme si jamais rien d’important ne se jouait. “J’ai travaillé comme vacataire à l'université mais je voulais être titulaire”, ajoute-t-elle d’une voix sereine. “Le conservatoire m’a beaucoup donné, enseigner au lycée aussi m’a beaucoup apporté, mais j’ai vraiment besoin d’aller plus loin.” La pianiste qui se dit être “une enfant du conservatoire” ne s’encombre pas de convenances surfaites, ni de faux-semblants tant elle semble détachée du regard des autres. Elle cherche à peine ses mots qu’ils fusent déjà. “J'étais major de promo et tout semblait facile pour que je parvienne à passer mon concours de magister facilement mais manque de chance, la dernière date du concours de magister organisé en septembre 2015, qui d’ailleurs n’avait pas été ouvert pendant dix ans au département de musique de l’Ecole normale supérieure de Kouba, coïncidait exactement avec la date prévue de mon accouchement.” En septembre 2015, Wiam est déjà maman d’un petit garçon et attend son deuxième enfant. La jeune femme enceinte est comblée par sa vie de famille, mais elle est aussi très ambitieuse. “J’y tenais tellement”, soupire-t-elle. Aujourd’hui, la jeune femme, la trentaine à peine entamée, est enfin chercheuse en musicologie. Mais elle a dû bien batailler — peut-être plus que quiconque —, pour y arriver. “Avec le soutien de mon mari, qui m’a toujours accompagné dans ma passion et dans mes ambitions, j’ai décidé de déclencher mon accouchement imminent pour me donner une chance de passer l’examen”, confie-t-elle. “C’était vraiment une épreuve et une décision douloureuses.” Wiam en parle avec désarroi. “J’ai vraiment souffert, mais j’étais déterminée, il n’était pas question que je renonce à cet objectif et, comme les médecins étaient rassurants, j’ai foncé.” Sa fille Ranim est née le 21 septembre, l’accouchement avait été programmé et provoqué par césarienne. Trois jours plus tard, Wiam passait son examen d’accès au magister. “Il y avait quatre modules de 45 minutes chacun. J’étais souffrante et épuisée, j’ai passé les examens de trois modules debout, j’ai flanché au quatrième et me suis carrément évanouie.” Quelques jours plus tard, son bébé dans ses bras, Wiam n’hésite pas à aller au ministère pour plaider sa cause sans même attendre les résultats de l’examen qu’elle est persuadée d’avoir raté. “J’avais été major de ma promotion et de ce fait, je voulais déposer un recours d’exception.” Wiam n’en a finalement pas eu besoin, son nom était déjà sur la liste des candidats qui ont passé l’épreuve avec succès. Cette mauvaise concordance des calendriers de la vie et de ses ambitions, qui l’a poussée à une décision extrême, lui a valu quelques incompréhensions. Mais la musicienne, sûre de ses choix, ne laisse personne avoir un droit de regard sur “sa partition”.

“Faire de la musique, ça ne fait pas sérieux !”
Wiam Benamar ne craint pas le jugement. Pourtant, elle a eu l’occasion d’y faire face, plus d’une fois. “Faire de la musique, ça ne fait pas sérieux dans notre société”, lâche-t-elle. Elle s’est habituée aux critiques, à la dépréciation. “Quand on choisit de consacrer ses études supérieures à la musique et de faire de la recherche, on s’expose à l’incompréhension et les gens ne nous prennent pas au sérieux.” C’est peut-être le cas dehors, mais à la maison, Wiam a toujours été en harmonie grâce à une famille bercée par la musique. Elle se souvient encore des répétitions solennelles de l’orchestre symphonique auxquelles elle assistait souvent, dès l’âge de 3 ans. Elle accompagnait alors son père, violoncelliste et directeur des études de l’Institut supérieur de musique d’Alger. Ces incursions commencées tôt ont vite tracé sa voie, ouvert une quête qu’elle continue aujourd’hui encore de mener. “J’ai commencé à pianoter à la maison dès l’âge de 4 ans.
Je jouais des petites mélodies. Mon père disait que j’avais l'oreille musicale et il m'a inscrit au Conservatoire à 5 ans.” Ses 20 ans passés au conservatoire ne suffisaient pas à la jeune pianiste. Il fallait qu’elle se lance dans des études supérieures en musicologie. Après l’obtention de son baccalauréat, elle s’est naturellement inscrite au département de musique de l’ENS de Kouba. Puis, une fois son diplôme obtenu après 5 années d’études, il lui fallait opter pour une post- graduation, avec une inscription en magister avec comme thèse de recherche, le chant polyphonique pour les enfants et les adolescents. “J’ai toujours rêvé d’aller vers l’enseignement. J’ai travaillé très dur pendant dix années pour y arriver.” La semaine prochaine, Wiam passera devant un jury de soutenance pour obtenir le diplôme de magister pour lequel elle s’est battue.  

Chant polyphonique
“J’ai commencé à donner des cours particuliers quand j’étais étudiante, dès que j’ai eu mon bac en 2004 et, depuis, je n’ai pas arrêté d’enchaîner pour gagner ma vie.” Wiam a d’abord commencé à donner des cours dans des écoles privées puis à domicile avant d’obtenir un poste d’enseignante au lycée Ali-Boumendjel, aux Sources. “Au lycée, l’enseignement de la musique ne va pas très loin et on manque terriblement de moyens pour initier les jeunes. Dans les écoles privées aussi, la formation est incomplète. On vous initie à un instrument mais on ne vous apprend pas forcément le solfège par exemple”, raconte-t-elle. “J’ai travaillé sans arrêt, je courais d’un lieu à l’autre pour faire des économies et pouvoir investir sur mon propre projet.” Pendant toutes ces années passées à courir du lycée où elle enseignait, aux domiciles de ses élèves, jusqu’aux écoles privées où elle assurait des cours, elle rêvait d’une école qui dispenserait une formation musicale plus complète avec, à la clef, des représentations. “L’idée, c’est de dispenser une véritable formation avec des tests, des examens et un suivi et également de permettre à ces musiciens de monter sur scène.” Une idée sur le point de se réaliser, puisque son école “Crescendo” ouvrira ses portes dès la semaine prochaine. Wiam en parle avec enthousiasme et émotion.  “C’est un projet du cœur, d’autant que je le partage avec ma famille, mon père qui nous a transmis cet amour de la musique et qui a une expérience colossale en matière de pédagogie et ma petite sœur qui a suivi également le même chemin.” La jeune pianiste a travaillé au montage de ce modèle d’école avec son père, un cacique de la musique académique. “Ce sera une première en Algérie”, insiste-t-elle. “Pour les instruments piano, violon, violoncelle, flûte traversière, guitare classique, des cours académiques seront dispensés avec, à la clef, des examens par niveaux.”  Le solfège serait obligatoire pour tous les élèves qu’elle vise, enfants et adolescents. Son bémol, lancer plusieurs chorales polyphoniques. “Le chant polyphonique, c'est magique et très instructif pour les enfants et surtout les adolescents. Ça canalise les énergies. D'un point de vue pédagogique, ça permet de développer un esprit de concentration, de justesse et une sensibilité. L'élève devient plus sociable et patient parce qu'il attend toujours son tour pour chanter.” Wiam en parle avec verve. C’est qu’il y a dix ans, alors qu’elle était lycéenne au lycée Hassiba-Ben-Bouali de Kouba, elle a fait partie de la chorale polyphonique du lycée dont elle était également l’accompagnatrice au piano. “C’est une expérience qui m’a marquée, c’était les plus belles années de ma vie, j’ai tellement appris, c’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à choisir la chorale polyphonique, comme thème de recherche pour mon magister.” Dans une semaine, Wiam verra enfin le bout du tunnel en décrochant son diplôme de magister et en lançant sa propre école de musique, qu’elle a décidé d’appeler “Crescendo”, un peu à l’image de son parcours.   


F. B.   


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