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A la une / À visage découvert

PORTRAITS ET TÉMOIGNAGES

Younes Ala ou la vie en situation de handicap

Younes Ala souffre d’un handicap moteur qui limite ses aptitudes à se déplacer et à mouvoir certaines parties de son corps. Il a, tout de même, pu suivre une scolarité “presque” normale jusqu’au lycée. En 2003, il a dû quitter le système scolaire pour suivre, quelques années plus tard, une formation payante en informatique, dans sa ville natale à Skikda. Il travaille depuis à la direction de la jeunesse et des sports de la wilaya de Skikda comme agent administratif. Face à la discrimination, la marginalisation et la difficulté d’exister malgré son handicap, le jeune homme développe une indignation qui le pousse à s’engager. Le 25 novembre 2010, il crée sur Facebook une page de sensibilisation et d’entraide, “Les handicapés algériens et leurs amis”. Huit ans plus tard, la page rassemble plus de 100 000 adhérents. Chaque jour, Younes poste des photos, des vidéos et des informations pour faire prendre conscience aux internautes la réalité et les difficultés des personnes en situation de handicap en Algérie. Rencontre.

“Le plus dur, c’est l’accessibilité”, lâche Younes Ala. Le jeune homme, âgé de 33 ans, mesure ses propos avec calme et conviction. “La réalité des personnes en situation de handicap en Algérie est méconnue et n’intéresse que ceux qui en souffrent”, précise-t-il. Younes Ala est atteint depuis sa naissance d’un handicap moteur qui limite ses aptitudes à se déplacer et à mouvoir certaines parties de son corps. “Je n’ai pas besoin de chaise roulante parce que j’ai une déficience motrice d’un seul côté, celui de gauche. Je peux donc me déplacer même si je le fais difficilement”, explique-t-il spontanément. Son handicap touche la mobilité de ses membres supérieurs et inférieurs gauches, entraînant une déambulation difficile ou disharmonieuse et des problèmes d’équilibre visibles qui ne l’empêchent pas de travailler, mais qui entravent sans conteste son aspiration à une vie normale. Younes a fait le choix, il y a un peu plus de dix ans que son handicap n’était pas une fatalité. Il s’est battu pour se former et accéder à un emploi. Mieux, il a même décidé de s’engager pour défendre les droits des personnes en situation de handicap. “Je ne crois pas aux associations qui œuvrent pour le droit des personnes en situation de handicap, elles existent depuis des années mais il n’y a pas eu d’avancées”, commente-t-il. “La marginalisation est admise de tous, les pensions sont données et retirées de manière arbitraire, elles sont versées avec des mois de retard, 80% des enfants en situation de handicap ne sont pas scolarisés en Algérie. Le droit au travail n’est pas assuré car les lieux publics, les entreprises et les administrations n’assurent pas l’accessibilité”, énumère Younes, dépité. Il parle d’injustice et de discrimination sans emphase.  
 
Peut-on vivre avec 4 000 DA par mois ?
 “Je trouve terrible et injuste que lorsque une personne handicapée accède à un poste de travail avec un petit salaire, que la pension mensuelle qui lui est allouée lui soit retirée”, insiste Younes. “C’est d’ailleurs mon cas”, confie-t-il, enfin. Il a perçu, pendant dix ans, l’allocation financière d’un montant de 4 000 DA/mois destinée aux personnes handicapées invalides, âgées de 18 ans et plus, et ne disposant d’aucun revenu, mais elle lui a été retirée depuis. “Quand j’ai entamé des procédures pour trouver du travail, je pensais pouvoir avoir un salaire décent, sachant que l’allocation est tout à fait dérisoire face à la cherté de la vie.” En 2012, il a obtenu un poste de travail dans le cadre du dispositif d'aide à l'insertion professionnelle (DAIP), via l’Agence nationale de l’emploi (Anem). “J’ai été recruté en tant qu’agent administratif à la direction de la jeunesse et des sports de la wilaya de Skikda et je perçois depuis un salaire de 8 000 dinars par mois, j’ai donc perdu mon droit à percevoir l’allocation destinée aux personnes en situation de handicap malgré un salaire qui n’atteint même pas la moitié du SNMG”, déplore le jeune homme. “J’ai perçu pendant des années la pension et très souvent je la recevais avec des mois de retard”, dénonce-t-il. Younes sait bien qu’il est loin d’être le seul à être en proie à cette précarité. “J’ai pu manger et vivre décemment grâce à ma famille et à la retraite de mon père, mais comment peut-on être autonome et vivre décemment en percevant 4 000 dinars par mois avec des retards de versement de l’allocation qui peuvent aller jusqu’à 9 mois parfois ?”, se demande-t-il. Son indignation ne s’arrête pas là.“Beaucoup de personnes en situation de handicap moteur ont des compétences à faire valoir. Elles peuvent travailler, apporter quelque chose à la vie sociale et créer de la richesse, mais de par l’absence de dispositifs leur permettant de se déplacer et d’accéder librement et en sécurité à tous les lieux, ils sont condamnés à l’exclusion”, défend-il. “En définitive, on nous condamne à la misère avec une allocation dérisoire et un cadre complètement défavorable pour avoir la chance de travailler et gagner sa vie”, ajoute-t-il encore. Ces arguments, Younes les ressassent depuis qu’il est en âge de comprendre son handicap. “J’ai vécu des situations de discrimination très dures à l’école quand j’étais enfant, cela m’a permis de comprendre la situation de différence dans laquelle j’étais très tôt et je me suis très jeune intéressé à mes droits.”

Discrimination à l’école !
Younes se remémore les pressions qu’il a subies à l’école. “J’ai eu une enseignante au collège qui en arrivait à me punir parce que je n’arrivais pas à écrire correctement, faisant le déni total de mon handicap. À l’école primaire, je n’avais pas le droit de me mêler aux autres enfants en récréation, l’administration de l’école a jugé qu’au vu des risques de sécurité dus à mon handicap que je devais tous les jours attendre et rester seul en classe pendant que les enfants jouaient dans la cour d’école.” Ces blessures semblent bien encaissées depuis. Loin de tout idéalisme Younes rêve tout de même d’une prise de conscience salvatrice. Il aimerait que les mentalités évoluent, que les lois soient revues et que tous les espaces publics soient ouverts aux personnes en situation de handicap. “Pour que les choses changent, on doit s’engager et se battre pour nos droits.” Pour mieux toucher les gens et les sensibiliser, le jeune homme a pensé très jeune à intervenir sur les réseaux sociaux. Le 25 novembre 2010, il crée sur Facebook une page de sensibilisation et d’entraide, “Les handicapés algériens et leurs amis”. Il est très vite entré en contact avec des centaines de personnes vivant les mêmes difficultés que lui et qui souvent se heurtent à encore plus d’injustices. “Le but de cette page est de se rassembler, d’échanger des expériences, s’informer et s’entraider.” Huit ans plus tard, la page rassemble plus de 100 000 adhérents. Chaque jour, Younes poste des photos, des vidéos et des informations pour rassembler et faire prendre conscience de la dure réalité des personnes en situation de handicap en Algérie. Il aime à penser que ces statuts et commentaires ne se noient pas dans l’indifférence…


F. B.


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