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Ahmed Francis, le pionnier du système bancaire algérien

Peu de gens des jeunes générations connaissent Ahmed Francis, cet homme qui a fait partie des deux premiers gouvernements provisoires de l’Algérie de 1958 à 1961. Le Forum de la mémoire d’El Moudjahid, en collaboration avec l’association Machaâl Echahid, est revenu sur le parcours de cet inlassable militant dont on n’aura pas assez honoré la mémoire, ne serait-ce que par rapport à son engagement patriotique rarement égalé.
Dans une brève intervention, Mohamed Abbas, historien et chercheur, retracera la vie de celui qui a géré les finances du GPRA quand la Révolution battait son plein et que la guerre faisait rage. Le médecin qu’il était avait pourtant tout pour réussir. Mais il a préféré, mû par une inébranlable conviction, se mettre du côté de son peuple opprimé et épouser la cause noble en s’engageant pleinement dans la lutte contre l’administration coloniale. Natif de Relizane d’une famille arrivée de Miliana à la fin du XIXe siècle, Ahmed Francis, parallèlement à de brillantes études de médecine, s’adonnait inlassablement au militantisme dans les partis et associations de l’époque. Il fera la connaissance de Ferhat Abbas, l’icône d’alors, et finira par se lier d’une grande amitié avec lui. C’est au mois d’avril 1956 qu’il rencontrera l’une des têtes pensantes de la Révolution, en l’occurrence Ramdane Abane, rencontre dont on dira qu’elle fut le tournant décisif pour le médecin de rejoindre les rangs du FLN. Cela fut écrit et accompli.
À l’étranger, il se lancera dans une campagne de propagande au service de la cause algérienne. Dans les pays musulmans et les pays scandinaves tels le Danemark ou la Suède. À la création du GPRA, il sera ministre des Finances comme il fera partie de la délégation qui a mené les négociations dites d’Évian ayant entériné le cessez-le-feu et consacré l’Indépendance après un référendum sans appel.
Très attaché à la personne de Ferhat Abbas dont il partageait les convictions politiques, Ahmed Francis se voyait obligé de se retirer par solidarité avec lui à chaque fois que son aîné se retirait. La responsabilité qui lui fut confiée en 1963, celle de diriger la première institution financière de l’Algérie indépendante, sera, selon les témoins encore vivants, menée d’une main de fer. Ferhat Abbas avait dit, à ce propos, que Francis était très sévère en matière de gestion des deniers publics, à la limite même de la cupidité. “Il nous faut travailler davantage et dépenser moins”, telle était sa devise dans ce sens. Ce n’est donc pas le fait du hasard si la responsabilité de gérer les finances lui a été confiée. Il savait en toute conscience que l’argent qui alimentait les caisses du FLN provenait des cotisations du peuple. Un peuple qui souffrait le martyre au quotidien.
Ce dernier, dans sa majorité, n’avait comme ressource que la pauvreté, car on lui a tout ôté y compris sa dignité. Malgré cela, l’administration coloniale n’a jamais réussi à lui usurper sa volonté au sacrifice pour recouvrer sa souveraineté. En revanche, la France coloniale disposait d’un budget de guerre colossal. En 1956, les dépenses pour entretenir sa présence militaire s’élevaient à plus d’un milliard de francs par jour. Un chiffre excessif qui a contraint ce pays à recourir au FMI pour renflouer ses caisses dans ce domaine. Pendant ce temps, le FLN n’avait d’autres ressources que les cotisations du peuple algérien soutenu notamment par l’émigration. Bien sûr, beaucoup de pays de la Ligue arabe ont contribué aux finances et à l’armement, mais le gros des ressources provenait du peuple. C’est en tenant compte de cette situation qu’Ahmed Francis gérait la question de manière rigoureuse. Son projet de société était basé sur la rationalité des dépenses et la liberté. “C’était un bulldozer du mouvement réformateur”, dira le Dr  Abbas à ce sujet. Écœuré par les péripéties qu’a traversées l’Algérie durant les deux premières années de son Indépendance, Ahmed Francis quitte le pays pour la Suisse. Pour des raisons de santé, disait-on. Maladie diplomatique, rétorquent certains. Il décède en août 1968 à l’âge de 58 ans et sera enterré à Relizane en présence de plusieurs amis du GPRA, notamment Ferhat Abbas.