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Le chef d’état-major de l’anp a succombé hier à une crise cardiaque

Ahmed Gaïd Salah est mort

Ahmed Gaïd Salah à l’investiture du président Abdelmadjid Tebboune jeudi dernier. © Louiza Ammi/Liberté

La présidence de la République a annoncé le décès du chef de l’armée “à 6 heures du matin”, tandis que le ministère de la Défense a précisé que la disparition du général était “brutale”. Il avait 79 ans.

Ce qui n’était qu’une rumeur tôt dans la matinée d’hier — par le biais notamment de journalistes et activistes établis à l’étranger — a vite été confirmé de manière officielle. D’abord par la télévision publique, puis de manière solennelle, par le biais d’un communiqué de la présidence de la République qui annonce, dans la foulée, la désignation de Saïd Chengriha, comme chef d’état-major par intérim. Fait exceptionnel pour le décès d’un chef militaire, le chef de l’État décrète un deuil national de trois jours.

La durée est de sept jours pour les militaires qui perdent ainsi leur chef. “C'est là une douloureuse et tragique épreuve pour l’Algérie qui fait ses adieux en cette période — et subitement —, à un commandant militaire aux qualités de Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, Chef d'état-major de l'Armée nationale populaire, le moudjahid qui s'est montré fidèle au serment dans une conjoncture des plus difficiles que le pays a eu à traverser”, écrit le président Abdelmadjid Tebboune. “L'Algérie perd, en cette douloureuse circonstance, l'un de ses vaillants  héros qui est resté jusqu'à sa dernière heure fidèle à son parcours riche en grands sacrifices qu'il n'a eu de cesse de consentir depuis son adhésion, dès son jeune âge, aux rangs de l'Armée de libération nationale (ALN) au sein de laquelle il a gravi les échelons en tant que soldat, officier puis commandant moudjahid, loyal à sa patrie et à son peuple”, note, de son côté, le ministère de la Défense nationale dans un communiqué de condoléances.

Ironie de l’Histoire, Ahmed Gaïd Salah est parti trois jours seulement après avoir assisté, en maître de cérémonie, à l’installation d’Abdelmadjid Tebboune comme président de la République, élu lors de la dernière élection  présidentielle, le 12 décembre dernier. Ses partisans évoquent “un départ après le devoir accompli”. Mais sa disparition va certainement marquer l’histoire de l’Algérie.

Binôme de Bouteflika
En plus d’être le chef de l’armée qui a occupé le poste de chef d’état-major durant 15 ans, Ahmed Gaïd Salah n’était pas qu’un chef de l’armée. Relativement effacé durant le deuxième et troisième mandats d’Abdelaziz Bouteflika, il a occupé le terrain politique durant la dernière moitié du mandat de l’ancien chef de l’État. Depuis février dernier, le vieux général, l’un des derniers chefs de l’armée issus de l’Armée de libération nationale (ALN), est même devenu le personnage central de la vie politique du pays. L’homme a longuement soutenu l’ancien président de la République dans sa quête d’un cinquième mandat avant de se retourner contre lui lorsque Saïd Bouteflika avait tenté de l’évincer du poste de chef d’état-major. 

Depuis la démission forcée d’Abdelaziz Bouteflika en avril dernier, Ahmed Gaïd Salah s’est imposé comme le maître de jeu et gardien du système. Tout en évitant d’utiliser la force militaire contre les manifestants, il s’est employé à neutraliser les opposants du système et à accompagner le régime dans un processus électoral laborieux. Tout en se montrant comme “accompagnateur” du “peuple”, Ahmed Gaïd a protégé les autorités en place jusqu’à l’organisation de l’élection présidentielle du début décembre. 

Pour garder une présence médiatique sans se départir de sa tenue de combat, Ahmed Gaïd Salah sillonnait le pays en visitant, parfois plusieurs fois par mois, les régions militaires où il prononçait des discours où il alternait les menaces contre les opposants et des ennemis qualifiés de “bande” et des mots plus avenants à l’endroit du mouvement citoyen. Il décochait des flèches contre “une bande” et donnait des instructions à des forces de sécurité, y compris celles qui ne dépendaient pas de ses compétences. 
Cette débauche d’énergie a fini par avoir raison du général. Ses ennuis de santé sont devenus légion.

Il a été victime d’un malaise cardiaque lors d’un déplacement à Oran, en octobre dernier. Après quelques jours de convalescence, l’homme a repris son bâton de pèlerin. Ahmed Gaïd Salah, natif d’Aïn Yagout en 1940, a passé l’essentiel de sa vie dans les forces armées. Après avoir intégré l’ALN en 1958, il a poursuivi sa carrière dans l’armée en gravissant les échelons. En 1993, il a été nommé chef de la 3e Région militaire avant d’être désigné, une année plus tard, au poste prestigieux de chef des Forces terrestres. En 2004, Ahmed Gaïd Salah échappe de peu à la retraite pour lequel le destinait son chef de l’époque, le général-major Mohamed Lamari.

En pleine bataille politique pour s’adjuger un deuxième mandat, Abdelaziz Bouteflika le nomme chef d’état-major de l’ANP. Les deux hommes se font alors le serment de se protéger mutuellement. Le général s’occupe de l’institution militaire et le chef de l’État s’occupe du reste. Fait inédit : il est nommé, en mai 2013, “vice-ministre de la Défense nationale” tout en gardant son poste de chef d’état-major. Le pacte n’a été rompu qu’en avril dernier, lorsque Saïd Bouteflika avait tenté d’évincer le chef de l’armée. Profitant de la mobilisation populaire, Ahmed Gaïd Salah pousse Abdelaziz Bouteflika à la démission et fait arrêter, quelques semaines plus tard, son frère. 

Le décès de l’homme, qui a notamment éclipsé l’ancien chef de l’État par intérim Abdelkader Bensalah, ouvre certainement une nouvelle page pour l’histoire du pays. Il reste, désormais, à savoir comment les nouveaux chefs de l’armée vont se comporter avec le nouveau président de la République. 

 

 

 


Ali Boukhlef


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