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Il y a quatre ans disparaissait le dernier “fils de la Toussaint”

Aït Ahmed, l’homme qui a prédit le sursaut révolutionnaire de la jeunesse

© D. R.

Ses funérailles, sans pareilles, dans l’histoire de l’Algérie, furent à la mesure du personnage et de son parcours : grandioses. Hocine Aït Ahmed, dont nous célébrons aujourd’hui la quatrième année de la disparition, aurait, à n’en pas douter, rêvé, lui, l’opposant historique à l’ordre instauré par l’armée des frontières à l’été 1962, et dont nous subissons encore les contrecoups, d’assister aujourd’hui à cette formidable séquence historique qu’est en train de vivre le pays depuis l’émergence du mouvement révolutionnaire en février 2019.

Pour ce combattant au long cours, entamé à l’âge de 16 ans et durant 70 ans, que  le  régime a toujours classé en tête  de ses ennemis, le contrat  passé entre le peuple algérien et la direction politique ayant mené à l’indépendance “a été rompu par la force de manière unilatérale par les militaires” et devait être “ renégocié par la réhabilitation du politique” , rappelait encore, il y a quelques années, le journal Le Monde. Le temps a-t-il sonné pour cette renégociation ? 

En tout cas, dès l’éclatement du Printemps arabe, en 2011, Hocine Aït Ahmed, qui n’a pas cessé durant toutes ses années d’exil et ses séjours en Algérie de plaider la cause de la carte démocratique face à un régime irrémédiablement sourd et réfractaire à toute idée d’ouverture, avant de devoir, cette année 2019, affronter un tsunami populaire réclamant un  changement radical du système et un recouvrement de la liberté, pressentait la résurrection du  peuple,  particulièrement la jeunesse,  en  faveur d’un changement pacifique. 

“Il y  a des  moments  de  l’Histoire que  l’on regrette d’avoir eu à vivre, les dérives sanglantes des années 1990 et  2000  font  partie  de ces moments douloureux. Mais il y a des moments qui peuvent être formidables à vivre. Aujourd’hui, qui a commencé avec le Printemps de Tunis, fait partie de ces moments où les femmes et les hommes d’un pays sont appelés à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Notre pays ne fait pas exception”, disait-il dans une lettre adressée au conseil national de son parti. “(…) faire partie du mouvement de l’Histoire ne signifie pas copier mécaniquement ce qui se passe chez les voisins. 

On ne peut faire l’Histoire en négligeant son histoire. Et notre histoire récente a montré les limites sanglantes des aventures que l’on engage la fleur au fusil et que l’on   termine sur un champ de ruines.  Ce  moment  est  un moment important. Important pour la construction d’une alternative démocratique à l’échec autoritaire”, ajoutait-il. 

Dans une lecture, sans doute prémonitoire des événements, il souligne encore : “À cet effet, je ne soulignerai jamais assez que le génie populaire algérien, inspiré, non par la peur comme veulent le faire croire certains, mais par la sagesse et l’éternel esprit de résistance, saura inventer les voies et moyens d’un changement pacifique. Ce fameux fighting spirit a illuminé le mouvement national et nous tient toujours debout.” 

Même si l’Algérie est aujourd’hui orpheline d’un homme de son envergure, il reste que les idées qu’il a semées, les combats qu’il a menés ont balisé le chemin de la liberté à des générations qu’incarne, par certains égards, la maturité de la jeunesse qui s’est soulevée dès février contre un système qui a spolié cette liberté.

Une jeunesse pour laquelle, il a constamment plaidé de faire confiance, car capable à ses yeux de relever les défis et de construire, non seulement l’Algérie, mais tout le Maghreb, un autre idéal pour lequel il a milité. “Laissons à notre jeunesse les moyens de s’accomplir. C’est à elle qu’il revient de bâtir le Maghreb du troisième millénaire”, disait-il en 1998 à Paris.
 

Karim Kebir

 


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