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Il invite le régime à répondre favorablement aux demandes de changement

Ali Ghediri : “Le peuple a donné une leçon aux dirigeants”

© yahia magha/Liberté

S’il refuse de tirer la couverture à soi, il soutient, en revanche, que ses prédictions étaient fondées : le postulant à la candidature, Ali Ghediri, a estimé hier que le peuple algérien, en manifestant massivement contre la candidature du Président sortant pour un cinquième mandat, a administré “une véritable leçon aux dirigeants algériens” qu’il “invite à avoir suffisamment d’intelligence pour lui répondre de façon civilisée”. “Je salue les jeunes et le peuple qui ont donné une leçon aux dirigeants et au monde entier. À ceux qui ont parié sur le chaos, le peuple leur répond : ‘révisez vos calculs !’”, a affirmé hier Ali Ghediri, invité du forum de l’association RAJ. Selon lui, le peuple, qui a marché pacifiquement, a fait preuve d’une grande maturité. “Je lance un appel au régime pour qu’il se hisse au niveau politique dont a fait preuve le peuple”. “Le peuple a montré qu’il veut le changement, sans casse et sans que le sang soit versé ; qu’on tourne la page. Il veut la rupture avec la caste qui a érigé la corruption, la bureaucratie, le passe-droit et tout ce qui touche à la dignité, comme mode de gouvernance”, soutient-il. “Il est temps de tourner la page, de se parler entre frères et de construire une Algérie sans exclure personne, une Algérie où s’exprimeront toutes les sensibilités dans un cadre démocratique où la force est à la loi”, plaide-t-il encore. Ali Ghediri n’a pas manqué de lancer au passage une torpille à Ahmed Ouyahia qu’il ne cite pas au demeurant. “L’autre fois un responsable a dit que le pouvoir maîtrise la rue. La France n’a pas pu faire marcher le peuple par la force et vous, vous pensez le faire marcher par la force : vous ne le ferez pas !” Maintenant que le pouvoir a été ébranlé par cette mobilisation de rue, va-t-il concéder à y répondre ? “Je souhaite qu’il ait suffisamment d’intelligence pour lui répondre. On souhaitait qu’il (Bouteflika, ndlr) parte avec les honneurs. Ce qu’on a vu hier (vendredi, ndlr), on l’a vu dans d’autres pays. On n’a jamais pensé qu’on en arriverait à arracher un poster. Ce sont ceux qui ont imposé sa candidature qui sont responsables de cette situation”. Selon lui, le quatrième mandat ne devait pas avoir lieu, mais le peuple a laissé passer. “Aujourd’hui, il dit : ‘laissez-nous le libre choix et basta pour cette poignée qui considère l’Algérie comme un legs’”. “Nous espérons que le pouvoir et le régime vont se hisser au niveau politique du peuple”, dit-il. À ceux qui tentent de le complexer sur son passé militaire, Ali Ghediri ne se laisse pas démonter et dit assumer l’étiquette de “militaire car nul n’a le monopole du nationalisme, l’armée étant issue du peuple”. “J’ai servi pendant 42 ans dans une institution, pas un régime.” Selon lui, l’armée est “muette” et l’institution “est noble et régie par des valeurs”. “S’il y a des comportements, c’est le fait d’individus”, minimise-t-il. S’il concède que l’armée a toujours eu un rôle, pour des raisons historiques, — beaucoup de dirigeants en sont issus —, il soutient, en revanche, que le problème est “d’ordre générationnel”. “Ce n’est pas un problème entre civil et militaire. L’armée a fait son devoir dans des moments cruciaux. Maintenant si vous parlez des individus, ça c’est autre chose. Je vous répète que l’armée est muette”, insiste-t-il, comme pour suggérer que la sortie de Gaïd Salah, perçue par certains comme un soutien à Bouteflika, n’engage pas toute l’institution. “Quel est le civil qui peut faire sortir la politique des casernes ? Moi je le ferai. Je défie les politiques de la sortir. Tous sont au garde-à-vous.” Alors qu’il promet, au cas où il serait élu, de “réviser la Constitution par le peuple”, Ali Ghediri s’engage également à mette en place “un gouvernement de jeunes”. Mais il exclut, lui qui dit “qu’on a mis le paquet concernant les signatures, malgré les entraves”, un éventuel retrait si, d’aventure, la candidature de Bouteflika venait à être maintenue. “Qu’il soit candidat ou non, je pars pour gagner. Sa personne ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est le programme de la rupture au profit de l’Algérie.” Aussi considère-t-il que le “boycott ne va pas gêner le pouvoir”. Réitérant “qu’il n’est pas soutenu que par le peuple”, en ce sens qu’il a vu venir sa colère de vendredi, Ali Ghediri persiste à croire que le sort de la nation se jouera dans l’urne. “Si vous vous abstenez et ne faites pas votre devoir, ils vont continuer à frauder. Soyez conscients. Si vous décidez le changement, il aura lieu”, lance-t-il à l’adresse des nombreux jeunes présents dans la salle.

“Si Rebrab était avec eux, parleraient-ils ?”
À la question de savoir s’il était financé par le patron de Cevital, Issad Rebrab, Ali Ghediri a soutenu que ceux qui le “financent sont des Algériens”. “Rebrab ne vole pas. Interrogez ceux qui organisent des meetings, payent les hôtels, voyagent en avion. Et avec quel argent payent-ils. Si Rebrab était avec eux,  parleraient-ils ?”, se demande-t-il.
“Ne tombez pas dans le piège, soyez conscients.”