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ÉPUISÉ ET STRESSÉ, LE PERSONNEL MÉDICAL CRAQUE

Au bord de la dépression

Le personnel soignant débordé par l’ampleur de la tâche. © Louiza Ammi/Archives Liberté

Malgré  la fatigue  physique  et  mentale, le  stress, l’angoisse, ils tiennent encore bon, mais jusqu’à quand ? La situation devient intenable. 

Les premiers signes d’épuisement  professionnel  commencent  à être visibles chez le personnel soignant mobilisés depuis près de quatre mois sur le front de lutte contre la Covid-19. Il y a parmi eux des médecins, des paramédicaux, des chauffeurs-ambulanciers, des agents de soutien et de nettoyage, qui continuent à se présenter à l’hôpital chaque matin au péril de leur vie. Ils affrontent la crise sanitaire jusqu’à l’épuisement. Leurs témoignages révèlent un état accablant, même s’ils étaient préparés  à vivre des moments de stress extrême aussi intenses.

Une simple discussion avec ces soldats en blouse blanche suffit à s’imprégner de leur état d’esprit après quatre mois de bataille. Et ce n’est pas fini. Les témoignages recueillis hier convergent vers un constat sans appel : “la saturation des hôpitaux va aggraver encore notre épuisement”. Ils sont comme hantés par la psychose et la crainte de commettre des erreurs durant l’accomplissement de leur mission.

“Ce qui se passe ces derniers jours dans les structures hospitalières fait craindre une situation de non-retour”, nous confie un médecin assistant, qui affiche une mine épuisée après une garde de 24 heures non-stop dans un CHU d’Alger. La situation est extrêmement difficile, voire insoutenable ces derniers jours après le flux observé. Pour le personnel soignant qu’on a pu interroger hier, il est extrêmement pénible de continuer à s’acquitter de sa tâche au même rythme et à la même cadence, après quatre mois de lutte au quotidien contre cette maladie mortelle.

“L’angoisse d’attraper le virus est devenue plus intense que lors des premières semaines après l’apparition de l’épidémie. Le repos accordé en guise de récupération après 24 heures de service ne permet pas au personnel mobilisé de récupérer réellement. Même le médecin qui parvient à récupérer physiquement, demeurera fatigué mais sur le plan mental. En un mot, nous sommes constamment angoissés. Rien que de penser à la prochaine garde, nous sommes stressés à l’extrême. Les autorités doivent s’impliquer”, témoignera un autre pneumologue exerçant dans un grand CHU de la capitale. 

Burn-out
Ces personnels soignants qui travaillent en continu, risquent le burn-out en raison de la surcharge et de la désorganisation du travail. En somme, le dévouement des équipes médicales mobilisées ne semble pas, à lui seul, suffire pour continuer à prodiguer, au péril de leur vie, des soins d’un autre genre.

Le témoignage d’un autre médecin, interniste, sur le front est bouleversant, puisqu’il n’a pu vraiment reprendre son souffle après quatre mois de lutte contre le coronavirus. Ce guerrier à la blouse blanche est en repos médical après avoir été infecté. “En réalité, je ne me suis reposé que durant ces jours de repos forcé. En étant asymptomatique et avec une forme légère, j’ai pu souffler un peu”.

De tels propos renseignent sur la psychose et le burn-out du personnel soignant. “En réalité, nous étions juste préparés pour une période de deux mois. Quatre mois après nous sommes toujours sur le front. L’été arrive et la situation épidémiologique s’aggrave, les citoyens continuent impunément à circuler sans protection dans la rue. Nous lançons un SOS aux autorités parce que nous sommes en train d’assister à un retour à la case départ.

Pour nous, professionnels de santé, l’État et les citoyens sont les seuls responsables”, avertira cet interniste abasourdi par les situations épidémiologiques communiquées ces derniers jours par l’instance de veille sanitaire. Un autre exemple édifiant de l’épuisement nous vient de la wilaya Sétif qui est, en termes du nombre de contamination, en train de talonner les wilayas de Blida et d’Alger.

Notre interlocuteur, un médecin résident en pneumologie a avoué qu’il est vraiment pénible de continuer à assurer la tâche sur le front de la lutte. Tellement impressionné par le nombre de patients qui se présentent à l’hôpital, il espère carrément une infection au Covid-19 car au vu de la charge de travail et du manque de moyens, “je prie Dieu de tomber malade et d’être infecté pour échapper aux gardes qui sont devenues une corvée insupportable. Je suis au bout du rouleau”.

“Le travail dans les hôpitaux algériens est déjà difficile en dehors de la crise sanitaire, mais en ce moment il est beaucoup plus stressant. Et l’effort et le sacrifice consentis ne sont toujours pas reconnus”. Et d’enchaîner : “Le pire pour moi n’est pas la peur d’attraper ce virus mais celle de mal faire son travail en raison de l’épuisement.”

La réalité du terrain bat en brèche le discours vantant l’organisation et la stratégie mises en place par le ministère de tutelle qui se dit que toutes les mesures nécessaires ont été prises pour gérer ces situations inédites dans les hôpitaux. L’épuisement se fait sentir encore plus chez le personnel paramédical.

Un interniste d’Alger nous prenant à témoin indique que des infirmiers dans des CHU de la capitale sont au bout du rouleau et n’hésitent pas à verser dans l’illégal “médical” pour s’offrir 14 jours de repos. “Il y a des infirmiers à qui on a refusé des congés de maladie qui s’approprient des résultats positifs de prélèvements effectués sur des patients. Ils mettent carrément leur nom sur les prélèvements avérés positifs, et ce, pour être éligibles au repos médical”. 

Contacté par nos soins, le technicien supérieur de la santé au niveau du CHU de Sidi Bel-Abbès nous a fait savoir que “les infirmiers mobilisés sont fatigués physiquement et mentalement au même titre que les médecins. Le nombre de jours de récupération accordés aux paramédicaux reste insignifiant par rapport à l’ampleur de la mission accomplie. Un infirmier qui fait une garde durant 24 heures d’affilée, ouvre droit à une récupération de quatre jours. Cela reste insuffisant et d’ailleurs tout le personnel commence à être épuisé”.

Du côté du plus grand CHU du pays, Mustapha-Pacha, les choses s’annoncent un peu mieux par rapport aux établissements sanitaires où le personnel soignant n’est pas nombreux. Selon le directeur des activités pédagogiques médicales et paramédicales (DAPMP), le Pr Belhadj qui est également chef de service de médecine légale, le système de roulement et de récupération instauré semble plus ou moins en harmonie avec la demande des soins, qui fait face à grand nombre de malades. “Pour le moment, toutes les activités se déroulent bien. On dispose de personnel et des moyens.

L’hôpital compte 5 000 employés tous corps confondus. Un médecin au niveau du CHU Mustapha-Pacha fait au maximum 6 gardes par mois. il faut savoir que pas moins de 332 employés souffrant de maladies chroniques ont bénéficié de postes de travail aménagés. Et 300 autres ont déposé des congés de maladie. 34 personnes ont été contrôlées positives depuis l’apparition de l’épidémie”. Néanmoins, le DAPMP a rappelé plus loin que “le CHU Mustapha a mobilisé pas moins de 11 services pour assurer la prise en charge des patients Covid-19”.

Ce dernier n’a pas manqué d’ajouter : “Nous sommes des êtres humains. Prions Dieu pour que la pandémie s’estompe rapidement, surtout avec l’approche de l’été et la période des départs en congé.” Outre la fatigue et l’angoisse, auxquelles fait face le personnel soignant ces derniers jours, il s’efforce aussi à gérer la colère des patients et de leurs accompagnateurs devenus de plus en plus menaçants et agressifs. Ces derniers n’hésitent pas à les tabasser au vu et au su de tout le monde.

 

Hanafi H.

 


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