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Après l’arrestation inexpliquée de Louisa Hanoune

Avis de tempête sur la classe politique

“Tournant dangereux”, “dérive gravissime”, “alibi pour faire taire les voix discordantes” : les acteurs politiques et de la société civile n’ont pas lésiné sur les mots pour qualifier l’arrestation pour le moins inattendue et incongrue de la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune. Militante politique depuis plus d’une quarantaine d’années, ancienne candidate à l’élection présidentielle, figure très connue du féminisme et de la lutte pour les droits des travailleurs, y compris au niveau international, Louisa Hanoune est incarcérée depuis jeudi à la prison civile de Blida, sans que son parti, ses proches et encore moins ses avocats en connaissent les raisons. Ce samedi encore, ses principaux lieutenants, en l’occurrence Djelloul Djoudi qui a tenté vainement d’obtenir dans la matinée des informations auprès du tribunal militaire de Blida, et Ramdane Taâzibt ne disposent d’aucun élément d’information pouvant justifier cette mise aux arrêts. Ce black-out du parquet, conjugué à quelques faisceaux d’indices trahissant des tentations bonapartistes de la part du régime — comme cette traque pendant les marches des personnes brandissant des slogans particulièrement gênants ou encore les pressions sur les médias publics et certaines interdictions opposées à des rencontres publiques — laissent planer des risques de durcissement et d’entraves à l’exercice et à la pratique politique.

Arrêter une femme politique, sans aucun motif pour l’heure, est, au mieux, un acte arbitraire, au pire, annonciateur d’une série d’autres arrestations qui pourraient toucher d’autres acteurs politiques. Si l’on peut lui accorder quelque crédit, le quotidien gouvernemental, El Moudjahid, au demeurant porte-parole et voix de son maître du moment, la mise “hors d’état de nuire” (appréciez le vocabulaire !) de “ceux qui entravent le processus” légal figure dans l’agenda de l’Exécutif. “À l’heure actuelle, figure aussi, dans l’agenda du gouvernement, un certain nombre de dossiers susceptibles de moraliser la vie politique. C’est le cas pour la poursuite de la lutte contre la corruption et la dilapidation de deniers publics ou encore la quête de mettre hors d’état de nuire tous ceux et toutes celles qui entravent l’aboutissement du processus légal, passant nécessairement par la tenue d’une présidentielle”, écrit le quotidien. En décodé, tous ceux qui s’opposent à l’agenda du pouvoir risquent de connaître le même sort que Louisa Hanoune. Probablement pas ceux qui le soutiennent, même en catimini. Ce n’est pas sans raison que beaucoup d’acteurs n’ont pas hésité à exprimer leurs inquiétudes. “Cette affaire ‘de conspiration contre l’armée’ ne sera-t-elle pas un bon alibi pour faire taire toutes les voix discordantes contre la feuille de route politique que le général Gaïd Salah veut imposer au peuple ?”, s’est interrogé le vice-président de la Laddh, Saïd Salhi. “Un nouveau forcing du pouvoir réel algérien qui vise à faire aboutir son agenda politique en laminant toute voix discordante et en torpillant la révolution populaire”, met en garde le FFS, tandis que Khalida Toumi espérait hier que “Louisa Hanoune serait libérée et qu’ils (ceux qui ont ordonné son incarcération) ne referaient pas d’erreurs à l’égard d’autres”.

Une crainte à peine contenue de voir d’autres responsables politiques ciblés. Si l’avis de tempête semble concerner en premier chef les partis, la question est de savoir comment “mettre hors d’état de nuire” les millions d’Algériens qui rejettent l’élection, qui réclament le départ des “trois B” et un changement radical du système. El Moudjahid ne le dit pas. Ou feint de ne pas le voir. Comme lorsqu’il avait annoncé, en une, la mort d’Abane Ramdane au champ d’honneur… alors qu’il a été exécuté par ses frères de combat à Tétouan. 
 

Karim Kebir


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