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A la une / Actualité

une vidéo dénonce et bouscule les élus d’oran

Batimet Sardina, les oubliés d’Ekmuhl

Façade de Batimet Sardina. ©D. Loukil/Liberté

Il faut être un ancien d'Oran pour connaître et avoir une idée exacte de l'endroit où se trouve Batimet Sardina, à Ekmuhl, en descendant vers Cholet, deux quartiers emblématiques de la ville.

L’appellation de Batimet Sardina remonte aux dernières années de la colonisation et trouve son origine dans l'implantation d'une ancienne fabrique de conserve de sardines au rez-de-chaussée d'un ensemble de blocs d'immeubles, érigés en U en 1954.
Ces immeubles comprennent 129 appartements occupés par des familles, pour certaines, installées là dès les premières années de l'indépendance. Comme khalti Kheira, la grand-mère de Batimet Sardina, qui réside en ces lieux depuis 1964, à l'époque jeune mariée. “Ma fille avait trois mois quand je suis venue vivre ici. C'était chez ma belle-mère, elle est morte depuis, et moi je suis restée dans l'appartement. Je suis maintenant la plus ancienne, la plus vieille !” nous lance-t-elle avec un grand sourire. Plus de 70 ans, et veuve, khalti Kheira a élevé à Batimet Sardina 12 enfants. Et maintenant grand-mère, elle fait la nounou pour ses petits-enfants, mais avec un plaisir immense, dit-elle.
Son appartement, simple, est parfaitement entretenu, des aménagements y ont été faits au fil des années pour réaliser une cuisine légèrement plus grande et plus fonctionnelle, et refaire la douche. Mais si, dans l'ensemble, les locataires sont, soit propriétaires, soit de simples locataires ou ont un désistement, la cité appartenait par le passé à l'OPGI, nous dit-on. Et depuis 54, les effets du temps, conjugué à l'absence de travaux d'entretien de la structure, ont particulièrement entamé et dégradé les façades, les balcons et les corridors de la cité. Aujourd'hui, par endroits, les lieux sont risqués pour les enfants et les personnes âgées, avec une partie d'un balcon d'un palier effondré, d'autres fissurés laissant apparaître les armatures de fer. L'état des façades, avec les travaux d'aménagement, les installations de paraboles, les problèmes d'humidité dus probablement à une mauvaise étanchéité donnent à Batimet Sardina un aspect des plus misérables. En plus, la cité doit faire face à l'absence totale des pouvoirs publics, plus exactement des élus, des services de la commune, qui ont transformé sa population en une sorte de groupe de parias oubliés.

La grâce des réseaux sociaux
Les voisines de khalti Kheira et bien d'autres locataires nous ont raconté leur calvaire, et celui de leurs enfants, obligés de grandir et de jouer dans une immense cour jonchée d'ordures et de folles herbes. L'absence d'hygiène, d'entretien et de collecte des ordures durant des mois, que ce soit au cœur de Batimet Sardina ou dans le quartier, ont poussé des citoyens à se “révolter” pacifiquement, à coups de vidéos postées sur les réseaux sociaux. Et cela a payé bien plus vite qu'une vraie et bonne vieille manifestation de rue, bien plus vite que les doléances transmises aux élus du secteur urbain. Une vidéo, de 4 min 35, où l'on découvre les lieux dans un état des plus déplorables, avec des citoyens interpellant directement le wali, dénonçant l'inaction des services communaux, images à l'appui. Et la réaction ne s’est pas fait attendre, la vidéo ayant fait le buzz en 48 heures, avec des partages et des indignations en commentaires, a poussé les responsables à se manifester en venant séance tenante nettoyer, désherber, ramasser les ordures et les décharges, le long du trottoir. Honteux, dirions-nous, d'attendre d'être ainsi dévoilés sur les réseaux sociaux pour enfin agir, et le mot est bien faible pour les résidents de Batimet Sardina qui ne s'en laissent pas compter. “Les élus, ils se moquent de nous (...),  ils ne viennent que d'élection en élection pour le vote.” Et de citer  par leurs noms ces élus coupables de ne jamais ou presque assumer leurs responsabilités vis-à-vis des habitants de la cité. Pour les mères de famille que nous avons rencontrées sur place et qui saluent l'initiative des auteurs de la vidéo, d'autres problèmes subsistent, empoisonnant leur vie.
Notamment celui de l'eau potable qui n'est disponible que de temps en temps. “L'eau nous arrive au compte-goutte, et aux 6e et 7e étage, c'est carrément les robinets à sec”, déplorent plusieurs de nos interlocutrices. Depuis ce samedi, si les résidents de Batimet Sardina se sont réveillés avec ce sentiment d'être à nouveau une composante de la caste des citoyens, ils ne se font pas plus d'illusions. L'autre défi, qui est aussi soulevé dans la vidéo, est de voir les élus aménager un petit stade de sport, une aire de jeux et des jardins, totalement inexistants dans le quartier, au profit des enfants nombreux qui n'ont que la rue pour jouer. Et notre dernier contact sur place sera avec un homme dont le pessimisme sera plus fort : “Batimet Sardina, ce n’est pas Akid lotfi, ce n'est pas le passage pour les ministres”, en référence au quartier chic et animé à proximité du Centre des conventions.

D. LOUKIL


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